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A M. PAUL LEON

CHEF DES SERVICES d'aRCHITECTURE

Au Sous-Secrétciriat d'État des Beaux- Arts

TRÈS CORDIAL HOMMAGE

MANUEL

D'ARCHÉOLOGIE

FRANÇAISE III

MAÇON. l'nOTAT KUKRES, IMPRIMEUnS

MANUEL

D'ARCHÉOLOGIE

FRANÇAISE

DEPUIS LES TEMPS MÉROVINGIENS JUSQU A LA RENAISSANCE

Tome III

LE COSTUME

PAK

Camille ENLART

Ancien lueinhre de l'École française de Koiue, Membre résiclaiil

de la Société des Antiquaires de France,

Direcleur du Musée de sculpture comparée du Trocadéro.

PARIS AUGUSTE PICARD, ÉDITEUR

Libraire des Archives Nationales et de la Société de l'École des Chartes 82, RUB Bonaparte, 82

1916

PREFACE

Ce volume, continuation d une étude d'ensemble sur l'art du Moyen Age, marquera, je l'espère, une nouvelle étape dans l'étude du costume, mais pas plus que les précédents, il ne prétend supplanter ses devanciers ou faire œuvre définitive.

Ce livre ne dispensera de recourir ni à Quicherat et à Raci- net, qui ont embrassé une période beaucoup plus étendue, ni à Viollet-le-Duc, qui a traité la même période, et abonde en détails techniques et en restitutions ingénieuses, ni au glossaire Victor Gay a recueilli et confronté tant de textes précieux, dont je me suis borné ici à commenter un grand nombre.

J'ai quelquefois rectifié mes prédécesseurs comme je me rectifierai moi-même s'il m'est donné de faire une seconde édition de ce livre, mais je manquerais à un devoir si je méconnaissais leur valeur et l'aide qu'ils m'ont fournie.

J'ai suivi l'exemple de Quicherat en donnant un exposé historique divisé en périodes chronologiques, mais j'ai cru devoir m'écarter de sa manière en citant mes sources et en multipliant les divisions.

Pour plus de clarté, j'ai traité dans des chapitres séparés le vêtement proprement dit, la coiffure, la chaussure et autres accessoires, puis les costum es spéciaux, liturgiques ou civils, et l'équipement militaire. Ces divisions et des subdivisions en paragraphes m'ont paru ajouter à la clarté et m'ont permis de traiter chaque matière avec le détail qu'elle comporte.

Mais ce plan méthodique avait cependant l'inconvénient de couper en tranches chronologiques l'histoire de beaucoup de

pièces de costume ou d'armure. Pour y remédier, j'ai terminé et résumé l'ouvrage par un répertoire donnant, avec les dates des personnages et monuments cités, la définition des pièces du costume, et soit un précis de leur histoire, soit un renvoi aux pages qui la contiennent. Ce répertoire renferme aussi des détails et considérations qui ne se trouvent pas dans le corps du livre. Il ne fait donc pas double emploi avec les pages qui le précèdent; ils les éclairera parfois.

Cette exposition en partie double a pour raison de répondre aux préférences et même aux besoins divers des lecteurs, selon qu'ils s'intéressent à l'ensemble du costume d'une époque ou à l'évolution d'un détail de costume à travers les époques successives.

Pour obtenir une moyenne d'information approchant le plus possible de la vérité générale, il convient d'interroger des textes et des figures de différentes catégories et aussi d'ori- gines diverses.

J'ai fait, on le verra, grand usage de manuscrits du Nord de la France, aussi ai-je tenu à dépouiller d'importants manu- scrits du Midi, tels que .les mss. français de la Bibliothèque Nationale, n«« 840, 844-856, 864, 12473 et autres des mêmes séries.

De même, j'ai consulté dans une égale mesure, deux recueils capitaux de documents du xiv® siècle, l'un du Nord, l'autre du Midi ; les livres des frères Bonis de Montauban, et l'étude de M. J.-M. Richard sur Mahaut d'Artois.

J'ai utilisé des tombeaux et des sceaux de toutes régions, également.

Un homme ne saurait suffire au dépouillement intégral des documents qui concernent le costume pour une période de mille années. J'ai donc utilisé et étudié à la fois les docu- ments figurés, généralement dans leurs originaux, et les textes, le plus souvent dans des publications.

Parmi celles-ci, figurent de précieux recueils de documents

déjà groupés par objets et même plus ou moins commentés : Glossaires de Du Gange, du comte Fr. de Laborde, de Victor Gay ; les Ducs de Bourgogne du comte de Laborde ; les études de M. Ch.-V. Langlois sur la société au xui" siècle d'après des œuvres littéraires ; de M. J.-M. Richard sur Mahaut d'Artois ; de M. T. Forestié sur les livres des frères Bonis. Même pour les documents figurés, j'ai fait profit de divers recueils excellents, dont on trouvera l'énumération dans la bibliographie qui suit cette préface. J'ai toutefois étudié sur les originaux la plupart des miniatures utilisées dans cet ouvrage, même lorsqu'elles avaient été publiées en fac-similé.

En tête de cette belle Histoire générale des Arts appliqués H r Industrie ', qu'une mort prématurée ne lui a pas permis d'achever, le regretté Emile Molinier déclarait renoncer à restituer d'après les monuments figurés la partie disparue du mobilier du Moyen Age. Il en donne pour raison que « quelques archéologues, Viollet-le-Duc surtout, l'ont tenté » et ont '< complètement échoué ».

Sentant lui-même l'u excessive sévérité » de cette appré- ciation, il croyait la justifier en invitant le lecteur à comparer ce qui nous reste du mobilier du xv*" siècle avec les peintures, pourtant précises, de la même époque. Cette comparaison, je l'avoue, me paraît alioutir à l'opposé de sa conclusion, et M. Georges Durand a pu tirer des sculptures des stalles d'Amiens des documents très sûrs concernant le mobilier ^ de cette période. Viollet-le-Duc avait en sa qualité d'artiste, une imagination qui l'a souvent mal servi dans le Diction- naire du Mobilier \ et sa volonté de tout restituer l'a conduit

1. Les meubles, t. I, p. 2.

2. Mém. de laSoc. des Antiquaires de Picardie, 1889. V ameublement civil dans les stalles de la Cathédrale d'Amiens.

3. C'est surtout dans les deux premiers volumes que nous trouvons des res- titutions ou interprétations tout à fait éloignées du style du Moyen Age et de la Uenaissance, ainsi qu'il apparaît au tome !"% p. 42, fig. 2 ; p. 206, fig. 1 ; p. 250, fig. 6 ; p. 287, fig. 5 ; p. 288, fig. 6,. et pi. XIV, XV, XXIII, XXV ; au tome II, p. 25, fig. 2 ; p. 28, fig. 1 ; p. 90, fig. 1 ; p. 93, fig. 1 ; pi. XXXI et XLV. Dans cette dernière, un émail plat est transformé en une pièce en relief qui n'eût pas été exécutable.

à mainte hypothèse invraisemblable, mais le parti pris de mon regretté confrère est une autre exagération, et son adoption rendrait notamment impossible d'écrire l'histoire du costume. Depuis l'Antiquité jusqu'aux temps modernes, en effet, la presque totalité des vêtements a disparu : il n'en est pas moins vrai que la j)einture, la tapisserie, la sculpture nous fournissent sur ces vêtements des renseignements souvent clairs, précis et corroborés par les textes. Il est paradoxal de prétendre, avec M. E. Molinier, que « les documents. . . sont... la plupart du temps très mal dessinés; les textes... peu clairs ». Il convient simplement de n'utiliser les uns et les autres qu'avec critique.

Cette critique fera la part des fautes de dessin et des con- ventions de chaque époque : il est évident, par exemple, que les miniatures carolingiennes montrent des casques triangu- laires qui n'eussent pu tenir sur la tête ; comparons-les à cer- tains casques antiques ; nous comprendrons que le rebord seul affectait le tracé que l'artiste a étendu à la calotte.

Il est clair aussi que la statuaire du xii^ siècle (iig. 17 à 2o) est fort éloignée de la nature, il n'en est pas moins vrai qu'elle reproduit avec exactitude et en détail les costumes et (juil suffit de ramener à la réalité les proportions des corps qu'ils habillent pour en faire une restitution qui a toutes les chances d'être exacte.

Quant à connaître tous les détails de la coupe et la fa^on dont chaque vêtement se boutonnait ou se laçait, on ne le peut sans laisser une part à l'hypothèse, car les monuments ne nous apprennent pas tout, ils apprennent toutefois beaucoup H qui sait les regarder.

Je n'entends rejeter a priori aucun témoignage : tous les textes, historiques, littéraires, administratifs et comptables, peuvent concourir à nous renseigner : les comptes et inven- taires sont secs, mais offrent de précieuses garanties d'exac- titude ; les textes littéraires sont vagues et fantaisistes, mais

complètent les précédents en nous fournissant l'image de la vie : comptes et inventaires décrivent et évaluent les meubles; un roman, un poème, un sermon nous renseignent sur leur usage et sur l'opinion qu'on en avait.

Il convient d'accueillir de même toutes les variétés de docu- ments graphiques : ce serait un tort grave de s'interdire l'usage d'un genre quelconque de sources, car ces genres divers se complètent et s'éclairent souvent réciproquement, et tout tra- vail ayant pour base une seule variété de sources risque d'être incomplet. L'excellent livre de G. Demay, Lo costume d'après les sceaux, nous le démontre.

La statuaire précise la forme plus que la peinture, mais celle-ci donne les couleurs, et quand elle a des fonds, elle otîre des détails que la sculpture néglige souvent.

Les sceaux et les tombeaux ont l'avantage d'être le plus souvent dessinés et datés avec précision, mais, en revanche, ils se bornent en général à nous donner, sous un nombre restreint d'aspects, des costumes officiels et traditionnels.

La tapisserie, la mosaïque et le vitrail ont une technique qui ne se prèle pas autant que la peinture et la statuaire au rendu précis des détails. Elles n'en contiennent pas moins d'inestimables documents.

L'illustration de l'histoire et du roman est la meilleure source d'information, par la variété des scènes qu'elle évoque, mais il y a lieu d'y faire le départ de la réalité constatée et des visions de l'imagination créatrice. La date d'un tableau ne donne pas nécessairement celle de tous les objets qu'il repré- sente; très souvent, quand la scène se place dans un pays ou dans un temps lointain, il faut dégager ce que l'artiste a vu autour de lui de ce qu'il a tiré de son érudition. Les deux éléments se combinent souvent, pour donner à la fois la couleur locale et limpression de la réalité. La couleur locale est atténuée, comme dans notre théâtre : c'est celle qui plaît au public

parce qu'elle ne le déroule pas et parce que le tableau s'harmo- nise avec son entourage.

Une autre remarque à noter, c'est que beaucoup d'œuvres sont copiées sur des œuvres antérieures. Ce fut quelquefois paresse, mais plus souvent souci de garder le caractère d'un modèle admiré ou considéré comme une reproduction authen- tique. 11 en est des copies d'images comme des restaurations de monuments : l'arement l'artiste s'est privé d'ajouter son inspiration et la mode de son temps au modèle reproduit, mais il est non moins rare qu'il n'ait pas respecté qvielques témoins dans l'œuvre qu'il transformait.

La documentation des artistes était sobre et claire comme leur j)ensée : un bourreau nègre indiquera que nous sommes chez les païens d'outre-mer ; tous les juifs anciens et modernes auront des coiffures en pointe, et l'imagier gothique qui représente des scènes d'avant l'ère chrétienne donnera aux civils la toge, aux militaires la brogne clavaine. La vision historique, comme beaucoup de peintures et de tapisseries, est ramenée à deux plans.

Cette manière de représenter les personnages dans l'art religieux, se propose un but moral : les saints de l'Ancien Tes- tament sont volontairement distants, mais l'artiste les rap- proche quand il veut qu'ils nous parlent : non loin de prophètes en toge et à côté d'une figure de guerrier romain à casque sarrasin, un imagier du xiii*' siècle transforme à Reims Abra- ham et Melchisédech en chevalier et en prêtre chrétiens, tant ils lui paraissent annoncer le Nouveau Testament.

, Il faut donc comprendre la pensée de l'artiste pour tirer un enseignement sûr de son œuvre. Quicherat a reproduit p. 216 un soldat du xiii" siècle portant en guise de cotte d'armes une broigne clavaine, que l'artiste de cette époque a probablement peinte dans une intention archéologique. De telles méprises s'éviteront facilement, car l'imagier du Moyen Age est sim- pliste et logique; il simplifie, mais ne ment pas comme ceux

qui, depuis la Renaissance, ont affublé à l'antique leurs con- temporains '.

Evitons que nos restitutions aient ce caractère hybride. Il se perçoit nettement dans les imitations du style gothique de la première moitié du xix'' siècle et même dans certaines pages du Dictionnaire du Mobilier.

Je ne suis pas entré dans l'explication technique des coupes de vêtements, car, d'une part, VioUet-le-Duc l'a fait mieux (jue je ne saurais le faire, et, d'autre part, je ne voudrais pas me porter garant de toutes ses explications. L'examen de la statue funéraire d'Anne d'Auvergne, à Souvignv, montre qu'il s'est trompé au moins dans celle d'une coiffure.

L'archéologue qui ne veut que des renseignements sûrs devra se résigner à ne pas tout savoir. Par contre, le costu- mier, comme l'architecte, doivent exécuter des restitutions qui les obligent à prendre parti. Leur savoir professionnel sera pour eux le meilleur guide s'ils sont dans la nécessité de com- pléter un document peu explicite.

Lorsque ce livre paraîtra, j'ai tout lieu d'espérer que le charlatanisme des pédants d'Allemagne ne s'imposera plus au monde. Je n'ai donc pas à m'excuser d'avoir fait fi de ses recettes.

On sait que la méthode germanique veut que l'on procède au dépouillement intégral des documents conservés, que l'on établisse une statistique des renseignements qu'ils fournissent, et que les conclusions sortent mécaniquement de cette opéra- tion.

Il n'est pas de système plus absurde, car beaucoup de docu- ments se répètent, leur nombre est sans rapport avec leur

1. Habiller simplement en rois David et Salomon, de qui nous ignorons le costume ; donner à leurs soldats l'équipement romain pour les différencier des modernes, ce n'est pas mentir, mais travestir en légionnaires romains les soldats de Marignan et faire de Louis XIV un César à perruque, est une mascarade aussi niaise que pédante et peu sincère. Le pédantisme de telles œuvres impatiente trop pour que leur bouffonnerie soit risible.

l'KEFAGE

intérêt ; leur nombre actuel sans rapport avec leur nombre initial, la perte ou la préservation des documents étant l'effet de hasards qui échappent à toute règle.

En réalité, il faut voir beaucoup de documents variés et surtout les choisir avec discernement et les étudier avec cri- tique. Essayer de réduire l'histoire en science exacte est un monstrueux contresens, et pour le malheur des Allemands de tous les temps, aucune recette ne supplée au jugement, ne remplace le tact . La statistique fournie par un dépouillement intégral ne représente pas plus la vérité historique que le suffrage universel n'exprime l'opinion d'un peuple.

Le dépouillement intégral qui s'impose, il est vrai, dans les sujets limités, n'était pas à envisager ici. L'abondance des matières le rendrait impraticable, tout au moins sans le secours de nombreux secrétaires. Je me consolerai toujours de n'en avoir pas en songeant aux inconvénients qu'a eus, pour un homme de la valeur de VioUet-le-Duc ou pour un érudit aussi appliqué qu'Eugène Muntz, la mise en œuvre des notes prises par d'autres.

Si j'ai pu, comme c'était mon devoir, apporter quelques précisions de plus que mes prédécesseurs, j'avoue qu'en revanche, j'en ai donné beaucoup moins sur certains points. La prudence l'ordonnait. Quant à fournir le tableau complet de toutes les variantes de la mode, c'est une tache que j'estime irréalisable. En effet, le Moyen Age fut bien plus imaginatif que les époques qui l'ont précédé et suivi. Il n'a cessé de créer, surtout depuis le milieu du xiv" siècle, une infinité d'ingé- nieuses fantaisies, d'autant plus multiples que les centres de création étaient plus nombreux. Celui qui voudrait tenter de recueillir et de classer tous ces caprices d'un jour, rencontre- rait deux difficultés presque insurmontables.

S'il est vrai, en effet, que les représentations soient nom- breuses et précises, et que les descriptions ne manquent pas, encore moins les simples mentions, nous ne trouvons^ presque

jamais, hélas, le nom rapproché de l'image comme dans nos actuels catalogues de « confections ».

Il est vrai que le nombre des vocables correspond sensi- blement à celui des objets, mais l'application du nom à la chose présente, en pratique, un flottement déplorable. On a déjà pu remarquer combien au Moyen Age la termi- nologie de l'architecture manque de précision. Pour étudier les monuments, force nous est de compléter, de modifier et sur- tout de préciser le vocabulaire de ceux qui les ont construits. En ell'et, il faut renoncer à appliquer à leurs comptes et devis les distinctions admises aujourd'hui entre des termes tels que colonne, pilier, pilastre, contrefort, chapiteau, corniche, imposte, tailloir, entablement, base, socle, soubassement, arcade, voussure, voûte, etc.

Toutefois, la terminologie architecturale vaut encore mieux que celle du costume, car les termes, pour vagues qu'ils soient, s'y rattachent chacun à une même idée générale précise dont ils ne s'écartent guère. Dans le costume, un même mot peut non seulement désigner des formes variées, mais changer nota- blement de sens au cours des âges. L'éloignement pour la précision, que Bulfon recommande comme une beauté litté- raire, est une éternelle maladie de l'esprit humain et nous nous illusionnerions en croyant être, sous ce rapport, beaucoup supérieurs à nos pères. Alors même que nous connaissons les nuances d'acception des termes, nous ne pouvons nous résoudre à ne pas employer l'un pour l'auti'e, et l'on dit indifféremment aujourd'hui : vaisseau, navire et bateau, barque, chaloupe et canot, second et deuxième, chouette, hibou et chat- huant, etc.

Quand il s'agit du costume, spécialement, combien de fois nos contemporains ne confondent-ils pas soulier et bottine, culotte et pantalon, corsage, chemisette et camisole, jupe et jupon, coiffe et bonnet, bonnet, toque et calotte, manteau, par- dessus et paletot. Beaucoup d'entre nous seraient embarrassés

s'il fallait tracer les limites de l'acception légitime de ces mots, et lors même que nous les connaissons, si nous trouvons des termes de ce g-enre dans le lang-age courant, nous nous tromperions souvent en les entendant dans leur sens propre et légitime.

N'exigeons donc pas une interprétation certaine et constante de mots anciens tels que robe, surcot, cote, corset etcotardie; housse et tabard, tabard et cotte d'armes ; camail, aumusse, chaperon, coitFe, barette ; capeline ; hennin. Le mot chapel ou chapeau s'est appliqué à presque tout ce que l'on peut mettre sur la tête; les extensions successives du sens des mots amigaut et cornette les ont amenés à désigner des objets tout à fait dissemblables ; chausse commence par ne vouloir dire que bas de chausses et finit par ne plus signi- fier que haut de chausses ; jupon qui signifiait un vêtement du torse, désigne maintenant celui des jambes féminines. Les mots qui ont la vie longue sont plus exposés que d'autres à de telles vicissitudes : capeline, corset, huque, jaquette et paletot en sont des exemples remarquables.

Le mal ne serait pas grand si les différences de sens répon- daient toujours à des différences de date, comme pour chausse, chaperon, huque, corset et jupon, mais il n'en va pas toujours ainsi, à beaucoup près, aussi l'historien du costume est-il forcé souvent de choisir entre deux partis également fâcheux : rester dans le vague ou donner aux termes une précision qu'ils n'avaient pas.

C'est évidemment le second parti qui s'impose lorsqu'on peut associer une forme de vêtement nettement définie et un nom qui s'y est sûrement appliqué. En dehors de ces cas limi- tés où l'opération est réalisable, la prudence et la critique exigent que nous restions dans le vague.

Un troisième cas, heureusement plus rare, est celui des mots que les modernes ont mal interprétés.

Enfin, plus rares encore sont les mots inexpliqués. J'ai renoncé à expliquer le seul mot gaudichet.

J'ai rétabli le sens véritable du mot ventaille, sur lequel Quicherat avait pris le changée ; j'emploie dans son sens pri- mitif amigaut, dont il n a connu qu'un sens dérivé et loin- tain; j'ai fait justice du barbarisme /a «cre, d'une mauvaise lecture. J'ai cru devoir restreindre, pour j)lus de clarté, l'acception trop vague d'une série de mots tels que aumusse, barette, capeline, coifl'e, hennin, chapel ou chapeau. Ce dernier mot a eu des variétés d'acception telles qu'il est impossible de ne pas les resteindre. J'ai donc gardé à la forme chapel son acception ancienne et diverse, mais j'ai pris la forme chapeau dans le sens restreint qui a cours aujourd'hui. Préciser ou limiter d'autres mots eût été par trop arbitraire : ainsi ne pas laisser à cornette ses acceptions si variées serait fausser l'histoire du costume et ciéer une source d'erreurs dans l'interprétation des textes.

Le lecteur qui veut s'enquérir rapidement des diverses acceptions successives d'un mot ou des formes successives d'un objet devra s'adresser d'abord au répertoire. Les défini- tions et éclaircissements du répertoire pourront, en cer- tains cas, fournir plus de précisions que les explications plus développées et souvent fragmentées du corps de l'ou- A'rage.

Je ne me dissimule pas et je n'essaierai pas de cacher au lecteur que l'on pourrait aboutir et que mes successeurs abou- tiront sans doute à donner plus de précision à divers termes; mais mieux valait y l'enoncer que de le faire prématurément. Seul un long et patient dépouillement de textes peut amener ce résultat. Beaucoup de termes de l'archéologie du Moyen Age ont été adoptés sans information sulïisante et quelquefois discutés non moins prématurément. Le malheur est qu'il faut employer les mots avant d'avoir pu faire une enquête suffisante sur leur passé, enquête qui pourrait réclamer des années de

labeur. Ceux qui auront le courage d'entreprendre encore de telles recherches rendront à la science un réel service.

Pour éviter de fausser le caractère ancien, ou d'interpréter certains détails à contresens, le moyen le plus sûr est, évi- demment, de s'interdire, comme l'ont fait Quicherat et Gay, tout essai de restitution graphique. Ce n'est pas, à mon avis, remplir le programme d'un livre d'enseignement, qui doit tout expliquer. Au reste, l'objectivité absolue n'est pas réali- sable : la photographie modifie plus ou moins l'aspect des documents, et toute copie faite de main d'homme, même cal- quée, risque d'être une interprétation plus ou moins tendan- cieuse, plus ou moins inconsciente. Chaque époque et chaque artiste ont leur manière de comprendre et de rendre un même modèle : cela est si vrai que les représentations exactes du corps humain, même sans un vêtement, peuvent généralement se dater avec assez de précision. Il n'en va pas autrement dans la reproduction des monuments figurés. Il existe dans l'œuvre de Gaignières et dans celle de Viollet-le-Duc des copies parfois tout à fait fidèles d'œuvres gothiques ; elles diffèrent pourtant assez notablement entre elles, car si cha- cune s'écarte peu du modèle, elles s'en écartent en des sens différents.

Pour concilier dans l'illustration comme dans le texte deux procédés d'exposition qui ont chacun leurs avantages, j'ai donné pour chaque période et pour la plupart des objets des photographies directes de documents et des dessins. Ces der- niers sont en partie des interprétations les documents m'ont semblé n'être pas absolument clairs pour tout le monde. Donc, mes photographies alternent avec des croquis à main levée qui peuvent être moins rigoureusement fidèles que la photographie, mais sont plus clairs dans certains cas.

Lorsque le document m'a paru trop peu explicite ou lorsque j'ai voulu résumer plusieurs figures en une seule, j'ai recouru

à quelques interprétations ^ J'espère en avoir été suffisamment sobre. J'ai indiqué par des numéros bis leur corrélation avec les reproductions directes qui les justifient, et la formule d'après distingue toutes les fig-ures qui contiennent une part d'interprétation volontaire. Pour éviter des aspects désa- gréables j'ai supprimé la mutilation du nez de deux figures (115 et 216). Je me suis abstenu de signer ceux de mes dessins qui ne sont que la reproduction au trait de détails de miniatures.

Les matériaux de cet ouvrage avaient été recueillis depuis longtemps et la rédaction était terminée quand la guerre , éclata. L'impression venait alors de commencer ; c'est avec l'aide précaire d'un personnel réduit, parfois inexpérimenté, souvent changé, que M. Protat a réussi à la mener à bonne fin. Quoique frappé du plus cruel des deuils, il a apporté à cette tâche un soin qui mérite de sincères remerciements.

Le lecteur saura gré aussi, j'en suis certain, à mon éditeur M. Auguste Picard, d'avoir poursuivi pendant vingt-deux mois de guerre l'œuvre commencée et de ne pas attendre la paix pour l'oiVrir au public.

L'ouvrage n'étant pas un livre d'actualité, les circonstances n'ont exigé aucun changement dans sa rédaction. Les quelques réflexions que je me suis permis d'y formuler ont toutes été écrites avant la guerre, sauf une seule, page 434.

Les documents recueillis en Allemagne et en Autriche l'avaient été dix ans auparavant, au temps chacun de nous prenait ces pays pour des nations civilisées et loyales. Le bon accueil qui m'y fut fait mérite des remerciements que je regrette d'avoir à faire, mais dont je ne songe pas à me dis- penser.

Ce m'est un devoir de reconnaissance de remercier cordia-

i. Mes essais de restitution ont été faits d'après le modèle. Un ami, et, poul- ies figures féminines, trois modèles professionnels ont bien voulu se laisser vieillir de quelques siècles.

lement ici les confrères et les amis qui ont obligeamment faci- lité ma tâche et aux collectionneurs qui m'ont libéralement ouvert leurs trésors. ,1 ai des obligations toutes spéciales à M. Figtlor, de Vienne; à MM. Beurdeley et Pauilhac, de Paris; à M. Emile Buttin ; à MM. Le Glav et Groult, de Douai ; Emile Théodore et Joseph DubruUe, de Lille ; le D' Duteitre, de Boulogne ; à ceux qui mont assisté de conseils ou de renseignements précieux : MM. Emile Buttin, Max Pri- net, A. Boinet, ,1. van Driesten.

Je garde une sincère gratitude aux conservateurs de musées et de bibliothèques qui m'ont accueilli et secondé avec une confraternelle bienveillance : à Paris, MM. Omont, Babelon, Couderc, Lauer, J.-J. Marquet de Vasselot, Paul Vitry ; à la Commission des Monuments Historiques, P. Frantz Marcou et Georges Daudet; à Florence et à Bologne, le Prof. J.-B. Supino; à Cividale, M. le comte délia Torre ; à Turin et à Milan, MM. les conservateurs des Musées civiques ; à Gênes, M. Orlando Grosso; à Lisbonne, Don José de Figuereido ; H Coimbra, D. Augusto Gonçalves; au Musée Britannique; MM. Gh.-H. Read et R. Smith; au Mu.sée Victoria et Albert, sir Purdon Glarke, MM. A.-B. Skinner, P. Michell, et G. H.Palmer ; au Métropolitain de New- York, M. A. Robinson ; au Musée Bavarois de Munich, le D'H. Graf ; au Musée Ger- manique de Nuremberg, MM. Gustav von Bezold et Hans Bosch ; k Stockholm, le D"" Hans Hildebrand; à Christiania, le D^'Rygh ; à Bergen, le D'" Bendixen ; à Bruxelles, MM. Désirée et Rousseau ; à Gand, M. le Conservateur du Musée archéologique à Marseille, M. Clerc, conservateur du Musée Borély ; à Saint- Omer, M\L Jules et Justin de Pas ; à Boulogne, le D'' Sauvage et M. Cresson; à Douai, M. Benjamin Rivière ; à Rouen, MM. Gaston le Breton et de Vesly; à Strasbourg, à Orléans, à Douai et à Angers, les regrettés Ad. Seyboth, A. Dumuys, Gosselin et Michel.

Mais si je voulais énumérer ici toutes les amitiés (jui ont

secondé ma tâche, je risquerais d'omettre injustement quelques noms et de froisser certaines modesties.

Ma meilleure récompense serait que les amis qui ont bien voulu s'intéresser à mon livre en cours d'exécution ne trouvent pas le travail, maintenant achevé, trop indio^ne de leur bien- veillance.

C. Enlaut.

Mai 1916.

Fiii

Marguerite de Chaubrant, f 1338. Châlons.

La lignre~'Je la page 208 est exécutée d'après Gaignières : celle-ci est dessinée d'après; le monument original. Marguerite de Chaubrant était religieuse. Elle porte la barbette et le chaperon ou cornette.

BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE

Dès la Renaissance, quelques livres ont été consacrés à l'histoire du Cos- tume, mais la curiosité des xvi°, xvii" et xviii' siècles se limitait à l'Antiquité ou aux pays exotiques ; tous ces ouvrages sont donc des recueils ethnogra- phiques ou des études d'archéologie antique.

Toutefois, Peirescet Gaignièresont recueilli et Montfaucon a publié des por- traits historiques qui étaient en fait des recueils de costumes du Moyen Age.

Le costume médiéval en lui-même n'a guère intéressé les érudits que depuis un siècle environ. Il a été dès lors l'objet d'assez nombreuses publications. On signalera ici les principales, par ordre chronologique. Tous les ouvrages qui figurent dans cette liste pourront être consultés avec fruit, mais on aura soin de ne consulter qu'avec précaution les plus anciens, car le Moyen Age était fort mal connu et fort mal compris jusqu'il y a quarante ans, et depuis lors, cette connaissance s'est encore beaucoup précisée.

Spallart (Robert de). Tableau historique des costumes, des mœurs et des usages des principaux peuples de l'Antiquité et du Moyen Age [Irad. de l'allemand par M. de Jaubert et L. Breton). Metz, 1804-1809, 7 vol. in-8° et atlas de 7 fascicules in-fol. obi. (édition allemande, Vienne, 1804-1811).

Bel ouvrage, remarquable pour son temps, resté incomplet, car 10 volumes avaient été annoncés.

Hamilto.n Smith. Costume of England from the vu"" to the xvi"* century. Londres, 1811, in-4. Costume of great Brilain. Londres, 1808, in-4». Manuels assez bons pour leur époque.

Viel-Castel (Horace de). Collection de costumes, armes et meubles pour servir à l'histoire de France. Paris, 1828-1833, 3 vol. in-4°.

Vigne (Félix de). Le v&de-mecum du peintre, ou recueil de costumes du Moyen Age. Gand, 1835-1840, 2 vol. in-4''.

Clugny (M. de). Costumes français depuis Clovis jusqu'à nos jours, extraits des monuments les plus authentiques de sculpture et de peinture, avec un texte historique et descriptif. Paris, 1836-1839, 4 vol. gr. in-S".

WiLLEMiN (N. X.). Monuments français inédits pour servir à Vhistoire des arts depuis le VI' siècle jusqu'au commencement du XVII'. Paris, 1839, in-fol.

Bel ouvrage, exécuté avec luxe et avec soin, et contenant, avec des repro- ductions de bibelots de tous genres, celles de costumes extraits de miniatures, vitraux, etc.

DtivERNiEH (von) et Pr«EssoiR (du). Le Costume au Moyen Age... précédé d'une dissertation sur les mœurs et usages. Bruxelles, 1847, 2 vol.

Hefxer-Alteneck (J. H. von). Trachten des Christlichen Mitlelalters. Franc- fort, 1840-1854, 4 vol. in-4''. Costumes chrétiens du Moyen Age. Mannheim, 1850-1854.

XXII BIBLIOGHAPIIIE CRITIQUE

Abondant recueil de documents relatifs au costume et à ses accessoires, principalement en Allemagne. Les attributions de dates demandent à être con- trôlées .

J.vcQiJEMiN (A.). Iconoçjraphie (fénërale et méthodique du Costume du IV' RU X[X' siècle ,316-1814 . Collection gravée à l'eau-forte, bonnes reproduc- tions de documents originaux. Histoire générale du costume civil, religieux et militaire. Pai-is, s. d., in-i°.

Ouvrage également estimable.

Labautb (Jules). Histoire des Arts industriels au Moyen Age et k l'époque de la Renaissance. Paris, 1864-66, i vol. gr. in-S" et deux albums in-4''.

Livre consciencieux et d'une belle exécution, embrassant toute l'hisloire des arts industriels de ces périodes.

LouANDRE (Cil.). Les Arts somptuaires. Histoire du costume et de rameu- blement. Paris, 1852-58, i vol. in-i". liitéressant encore, quoique vieilli.

Lacroix (P.) (Bibliophile Jacob). Costumes historiques de la France, d'après les monuments les plus authentiques, statues, bas-reliefs, tombeaux, sceaux, monnaies, etc. Avec un texte descriptif, précédé de l'histoire de la vie privée des Français, depuis l'origine de la Monarchie jusqu'à nos jours et suivi d'un recueil curieux de pièces originales rares ou inédites. Paris, 1852, 10 vol. in-8'', 640 gravures.

Le texte et l'illustration de ce bel ouvrage sont nettement romantiques. Malgré ses prétentions à l'exactitude historique et les documents sérieux recueillis, il donne du Moyen Age et de la Renaissance une vision truculente et fantaisiste, analogue à celles que nous ont forgées Hugo et Dumas père.

Lacroix (P.) et Séré (Fard.). Le Moyen Age et la Renaissance. Paris, 1818- 1851, 5 vol. in- 4°.

Bon ouvrage, plus sérieux que le précédent et accompagné de planches en noir ou en couleurs, très soignées, rendant les monuments avec assez d'exac- titude.

LAt:Roix (P.). Mœurs, usages et costumes au Moyen Age et à la Renaissance . Les .\rts. La vie militaire. Paris, Didot, 187.3, 3 vol. in-l". Bons livres de vulgarisation.

IlEn)iîi,OFF. Costumes of various epochs [Art journal, \S'y2).

BoMNARi). Costumes historiques des XII', XIII', XIV' et XV' siècles, tirés des monuments les plus authentiques de peinture et de sculpture. Planches par Mercuri ; introduction par Charles Blanc. Paris, 1860-1863, 3 vol. in-4".

Bel ouvrage formant une suite de planches bien dessinées mais très inter- prétées, coloriées, dont le texte est le commentaire. Le Chevalier Chevignard a donné à ce livre une suite comprenant les xvi'^, xvii" et xvm' siècles.

VioLLET-LE-DiJc (K.). Dictionnairc raisonné du mobilier français du XI' au XVI" s. Paris, 1872-1875, 6 vol. gr. in-8°.

Cet ouvrage, justement célèbre, comprend l'histoire de tout le mobilier, celle des arts mineurs et celle des mœurs. Le texte est assez abondamment documente ; les dessins, dont plusieurs sont des chefs-d'ceuvre, sont admira- blement clairs. Ce sont prescjue tous des interprétations et des restitutions l'artiste a déployé sa pénétration et son ingéniosité coutumières. Les articles consacrés au mobilier proprement dit sont fort inégaux ; ceux <jui concernent le costume et l'armement sont, de beaucoup, les meilleurs.

BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE XXIII

Weiss (Ilermanu;. Kostiimkiinde, Handbuch der Geschischte der Tracht iind der Gerlithes vont XIV Juhrunderts bis auf die Gegenwa,rl . Stuttgart, 1870 1873, gr. in-8^

Ouvrage estimable, le Moyen Age n'est représente que dans sa dernière période.

Anonyme. Old english costume. {Antiquary, 1873).

QuicHEHAT (Jules). Hisloire du Costume en France, depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du XVIII'' s. Paris, 1876, gr. in-8".

Le plus critique et le plus sûr des ouvrages écrits sur l'histoire du costume français. Il la présente presque en totalité dans un seul volume et sous une forme littéraire, aussi le vaste sujet y est-il traité d'une façon quelque peu sommaire. L'illustration ne contient aucune part d'interprétation. Les sources, malheureusement, ne sont pas citées, mais on peut faire foi à l'éminent cru- dit (ju'était Quiclierat.

BocTELL (C). Article daim Encyclopedia Britannica, 1877.

Raci.net (A.). Le Costume historique dans tous les temps et chez tous les peuples. Paris, 1876-1888, 6 vol. in-fol. et gr. in-^».

Ouvrage fait pour les peintres d'histoire et pour la mise en scène théâtrale. C'est un album colorié dont les dessins sont clairs mais manquent de carac- tère. Texte et figures sont de seconde main et n'ajoutent rien au.\ ouvrages antérieurs.

IIoTTENKOTTii Frlcdrich). Le costume, les armes, ustensiles, outils des peuples anciens et modernes dessinés et décrits. Traduit de l'allemand. Paris, 1888-1890, 2 vol. in-'r.

Ouvrage tout à fait analogue au précédent et que l'on peut apprécier de même. C'est, du reste, l'œuvre d'un peintre qui l'a destiné à ses confrères.

Dem.w (G.). Le costume au Moyen Age d'après les sceaux. Paris, 1880, gr. in-8°.

excellent livre, <fui a le mérite de mettre en œuvre des documents authen- tiques et bien datés beaucoup trop peu utilisés dans les ouvrages précédem- ment cités, et qui montre la quantité étonnante de renseignements qu'on en peut tirer. Cependant, quelque nombreux qu'ils soient, l'ouvrage ne peut prétendre à donner l'histoire absolument complète du costume, les sceaux ne représentant guère que le costume officiel ou d'apparat présenté dans un petit nombre d'attitudes et vu leur échelle réduite, sans beaucoup de détails.

Gay (Victor). Glossaire archéologique. Paris, 1882, in-î°.

L'ouvrage interrompu par la mort de l'auteur, s'arrête après la lettre G. Les matériaux destinés à son achèvement ont fini par arriver entre les mains d'excellents érudits qui se proposent de terminer le livre. Ils feront bien de rectifier en même temps certains articles de la partie publiée.

Le Glossaire de Gay est un des ouvrages les plus sûrs, les plus documentés et les meilleurs qui aient été consacrés aux arts du Moyen Age. C'est surtout, comme le titre l'indique, un recueil de textes groupés méthodiquement; ils sont précédés de commentaires très sobres et généralement justes et éclairés par une illustration, également sobre, qui reproduit avec fidélité des docu- ments originaux. L'ouvrage concerne la totalité du mobilier et des arts mineurs.

Renan (Ary;. Le Costume en France. Paris, J890, in-8° {Collection de V Enseignement des Beaux-Arts).

Bon petit manuel dont le texte et les dessins sont l'cvuvre d'un artiste de

XXIV - BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE

talent et de savoir, mort prématurément. L'auteur s'est beaucoup servi de Quicherat et s'est souvent borné à le résumer.

Piton (Camille). Le Costume civil en France du Xlll" au XIX' siècle. Paris, 1913, in-4''.

Bel album composé de nombreux et intéressants documents photogra- phiques, dont la provenance n'est pas toujours suffisamment indiquée. Malgré l'intitulé, l'auteur ne s'est pas limité à la date initiale du xni° siècle. Son livre trahit une exécution hâtive et quelque peu négligée; on y relève des erreurs comme la date du xi" siècle attribuée à un chapiteau historié du xii", ou le titre « jeune seigneur et jeune dame » sous deux figures également masculines. C'est un beau recueil de documents qu'on lira avec grand intérêt et que l'on consultera avec fruit à condition que ce soit avec contrôle et précaution.

Quelques livres ont été consacrés à la monographie de costumes spéciaux, comme ceux des ordres religieux et militaires dont on trouvera la monogra- phie, p. 402, note 1, ou de détails de costume ; dans cette dernière catégorie, on peut citer :

Lacroix (Paul) et Duchesxe (Alphonse). Histoire de la chaussure. Paris, 1862, gr, in-8°.

Livre intéressant, le Moyen Age est traité de façon beaucoup trop som- maire et superficielle.

Vii.LERMONT (la comtesse de). Histoire de la coiffure féminine. Paris, 1891, gr. in-8°.

HÊhYOT (P.). Histoire des ordres monastiques religieux et militaires, 171 i- 1721, en 8 volumes in-4°.

Ouvrage comprenant la description et la reproduction de leurs costumes.

Le costume liturgique a été aussi Tobjet de quelques traités spéciaux parmi lesquels on peut recommander :

LiNAS (Charles de). Anciens vêtements sacerdotaux et anciens tissus conser- vés en France. Paris, 1862, gr. in-8°.

Livre remarquablement érudit, rempli de renseignements sur le vêtement liturgique et ses origines.

Barraud (Mgr). Notice sur la mitre épiscopale. Beauvais, 1866, in-S". Des gants portés par les évêques. Caen, 1867, in-8".

Reusens (Chanoine). Éléments d'archéologie chrétienne. Paris, Thorin, 2 vol. in-8°, 3* édition.

Bock (Chanoine L.).Geschichte der Liturgischen Gewander des Miltelalters, 1860, In-4°.

Ouvrage d'une érudition très sûre et véritable encyclopédie du sujet.

Braun(S.J.). Handbuch der Paramentik, 1913.

Très bon manuel, résumé d'un ouvrage plus étendu du même auteur, « 200 Modèles de broderie religieuse genre Moyen Age » .

Les armures ont été l'objet d'une série de bonnes études, traités d'ensemble, monographies, et catalogues raisonnes de grandes collections. Voici ceux de ces livres qui peuvent être le plus utilement consultés.

BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE

A. Etudes d'ensemble.

Steyert (André). Aperçu sur les variations dn costume militaire dans V Antiquité et au Moyen Age. Lyon, 1857, gr. in-8'\

Hewitt (John). Ancient armonrs and weapons in Europe from the iron period of northern nations to the end of XVII'^^ century. Londres, 1859, 3 vol. in-8».

Lacombe (P.), traductions et additions par Boutell (Charles). Arms and Armour in Antiquity and the Middle Ages. Londres, 1869.

Hewitt (J.). Mediaeval armour and Arms [The Reliquary, 1870-1871).

Bei.levai. (Comte de). La Panoplie du XV' au XVIII' siècle. Paris, 1873. Excellent livre, l'un des meilleurs à consulter.

QuARRÉ de Vernriil. Lc costume militaire en France et les premiers uniformes. Paris, 1877, in-S°.

Dkmmin. Guide des Amateurs d'armes et armures, par ordre chronolo- gique depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, l' éd. Paris, 1839, in-12.

Manuel très conin^.ode et très complet, qui comprend à la fois un exposé clair de l'armement de chaque période et des répertoires accompagnés de nombreux croquis donnant la définition et l'histoire de chaque objet. C'est l'reuvre d'un professeur allemand de connaissances très encyclopédiques, puisqu'on lui doit un autre manuel consacré aux faïences et porcelaines. L'Allemagne y occupe naturellement une place d'honneur. L'ouvrage s'étend des temps préhisto- riques au.\ dernières créations de MM. Krupp et Chassepot.

Maindrox (Maurice). Les Armes. Paris, 1890, in-S" {Collection de l'Ensei- gnement des Beaux-Arts). Très bon petit manuel.

Wendelin Bcrheim. Handbuch der Waffenkunde, mit 662 Abbildungen. Leipzig, Seemann, 1890.

Le manuelle plus comjjlet qui existe sur l'archéologie des armes.

B. Études de détail.

AsHt>o\vN (Charles Henry). Brilish and Foreign Arms and Armour. London, Jack, 1909.

Très bon ouvrage divjsé, d'après une méthode nouvelle, non par variétés darmcs mais par époques, et abondamment illustré de photogravures d'armes et d'armures, et de reproductions au trait d'anciens documents, sceaux, minia- tures, pierres tombales, etc.

Giraijd (J.-B.). Documents pour servir à l'histoii^e de l'armure au Moyen Age et à la Renaissance . Lyon, 1895 à 1904, 11 fascicules in-4".

Excellents mémoires très documentés, concernant presque exclusivement la période de la Renaissance.

BuTTiN (Charles). Le Guet de Genève au XV' siècle. Genève, 1910, in-i".

En commentant les textes qui détaillent l'armement des hommes du guet de Genève au xV siècle, l'auteur les confronte avec d'autres documents et fait l'historique de chaque pièce d'armure. Ce mémoire est donc une véritable his-

XXVI . BIBLIOGKAFMIIE CRITIQUE

toire de rarmcnicnt de la période gothique, qu'il présente sous un jour tout nouveau, (rest un ouvrage capital.

La fausse armure de Jeanne (VArc {Mém. de la Soc. des Antiquaires de France)^ 1914.

Excellent mémoire sont définies à l'aide de documents sûrs les caracté- ristiques de l'armure des xv et xvi° siècles, si mal connues du grand public et des peintres d'histoire.

Pkngl'illy l'Hahdion (O.). Calalor/ne des coUeclions composant le Musée d'artillerie. Paris, 1862, in-12.

UoHEiiT (Le Colonel L... Catalogue des Collections composant le Musée d'artillerie. 5 vol. in-12. Paris, Imprim. \at., 1889-1890 Très bon ouvrage, qui fait autorité.

JuBiNAi, (Achille). La Armeria Real, ou collection des principales pièces de la galerie d'armes anciennes de Madrid. Dessins de Gaspard Sensi. Paris, s. d. (J839), in-fol.

Valencia de Don Juan (el Condc V''" de). Calalogo historico descriplivo de la Real Armeria de Madrid. Madrid, 1898, in-i". Très bon catalogue.

AxGKM CCI (Angelo). Calalogo delta .Armer/a re.i/e (di Torino). Turin, 1890, gr. in-8'.

Également très recommandable.

Sacken (Ed. Frhr. von). Die vorzûglichslen Rûstungen und Waffen der KK. Amhraser Sammlung in Original Photographien von And. Groll. Mit liis- torischen und beschreibendem Texten. Vienne, 1857-1862, gr. in-fol.

Cosso.N (Haron de). Le cabinet d'armes de Maurice de Talleijrand-Périgord, duc de Dinti. Paris, in-fol.

Excellent catalogue accompagné de très belles planches. La magnifique collection de Dino est aujourd'hui au Musée Métropolitain de New York.

Macoir (C). La salle des armures au Musée de la Porte de Hat. Bruxelles, 1910, gr. in-8°.

Outre les traités d'histoire du costume, on consultera avec fruit les recueils de textes et de figures qui sont les matériaux de cette histoire. Les recueils de textes les plus précieux sont les comptes et les inventaires '. Les inventaires civils comprennent en général des pièces de costume, des parures et des armes, et ceux des églises, des vêtements liturgiques.

Parmi les recueils de figures, il faut recommander spécialement ceux des sceaux - et des pierres tombales et les facsimile des manuscrits à miniatures •''. La date précise des manuscrits est parfois connue ; celle des sceaux et des effigies funéraires lest presque toujours.

Le plus important recueil d'effigies funéraires est celui de Gaignières.récem-

1. Voir la liihliographie générale des Inventaires imprimés, publiée sous les auspices du Ministère de l'Instruction publique, par MM. F. de Mély et Hishop. Les tomes 1" et II (en 2 fascicules) consacrés à la France et à l'An- gleterre, sont les seuls qui aient encore paru.

2. Les Inventaires des sceaux des Archives nationales ont été publiés par le regretté G. Demay. Les ouvrages de ce genre sont trop nombreux pour être énumérés ici. Voir Hlanchet (Adrien), Bibliographie de la Sigillographie, dans la Bibliothèque de bibliographie critique.

3. Voir à la fin de cette bibliographie.

BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE XXVII

menl publié ou fucsimile. La plupart des statistiques monumentales con- tiennent des reproductions de pierres tombales'. Je ne citerai ici que les ouvrages dont elles sont l'objet principal.

G.\ioNiÈnES Roger de). Soc. Hist. de l'arl français. 1913 (en course.

Stothard (Ch. Alf.). Monumental effigies of Greal Brituin selecled from our cathedrah and churches, for Ihe parpone of hringiny toyelher correct représentations of the best hislorical illustrations extant from the normaii conquest lo the reign of Henry VIII, irith histor. descriptions and introduc- tion hy Alf. John Kemp. Lundon, 1817 et 1821, in-8", 117 fig. au trait, noires et coloriées.

Beau recueil d'effigies funéraires rcmarqualilement dessinées et bien com- mentées. Ce livre, très remarquable pour i'épo((ue il fut i^ublié, abonde in renseignements excellents.

C.^UMONT (Arcisse de). Sur les tombeaux du Moyen Age, 1811 . BouTEM, (Rev. C.i. The monumental brasses of England. Londres, 1819, 1 vol.

Mus.vMT et B.\HTHKi,EMY ( Ed . . Lcs pierres tombales du Moyen Age en France., avec un texte descriptif par Barbât. Paris. 1852, in-fol.

BAUnELiÈni: (L. de la\ Estampages de jjierres tombales [Bull. île lu Soc. archéol. de la Mayenne, 1855).

Le Mi';TA\i;n Massei.in, Collection de dalles tumulaires de la .\ormandie reproduites par la photographie d'après les estampages. Paris et Caen, 1861.

Caixi>e Saint-Av.moih Amédée de). .\olice sur d'anciennes lombes {.\Iéni. du Comité archéol. de Sentis, 1875-1876 .

GuiLUERMY (F. de). Inscriptions de la France. .Vue. diocèse de Paris. Paris, 1876-1883. 5 vol. in-1".

Ponassé. Sur les tombes du XI \'' siècle i.Mém. de la Soc. archéol. de Bor- deaux, 1876).

Boui-ONGNE (A.). Inscriptions tumulaires de l'église Notre-Dame de Noyon. Noyon, 1876.

Farcy (L. de). Notices archéologiques sur les tombeaux des évèques rf'.l n,(/ers. Angers, 1877, 2 vol.

Cohue L.-T. . Les pierres tombales du déparlement de l'Eure. Kvreux,

1878.

Germain (Léon . Monuments funéraires de l'église Saint-Michel à Sainl- Mihiel. Bar-le-Duc, 1886.

MoMMEJA i^Julcsi. Les plates-tombes du Moyen .\ge, essai esthétique et archéologique (Bu/l. delà Soc. archéol. de Tarn-et-Garonne, 1890).

Bahtuéi.emv ! Anat<tle et Ed. de . Recueil des pierres loinhalcs des églises et couvents de (^hàlons-sur-Marne. Paris, 1888.

Les tombeaux de Véglise Saint-Dizier. Belfort, s. d.

1. On peut citer spécialement celles de Seine-et-Marne, par Aufauvre et l'it'hot, et de l'Aube, par Fichot.

XXVni BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE

Tankerville J. Chamberlayne (le Major). Lacrymae Nicossienses. Paris, 189],in-fol.

Société archéologique d"Euke-et-Loir. Dalles tumulaires et pierres loin- baies (hi département d'Eure-et-Loir. Chartres, J895, 2 vol. in-4°.

Martix (J.). Pierres tombales de Tour nus. Châlons, 1901, in-4°. L'ancien archiprélrè de Tournas, pierres tombales, inscriptions et docam. archèol. Chalon, 1905. Cathédrale Saint-Vincent de Chalon-sur-Saône, Pierres tom- bales, inscriptions et doc. d'hist.

Commission départementale des Mon. Hist. du Pas-de-Calais. Épigra- phie du Pas-de-Calais. Arras, publication en cours, in-4''.

Hucher(E.). Monuments funéraires, épigraphiques, sigillographiques, etc. de la famille de Bueil. Le Mans, in-4°.

Miniatures.

Parmi les nombreuses reproductions de miniatures en facsimile colorié ou non, il faut signaler :

Bastard (Comte Aug. de). Peintures et ornements des manuscrits clas- sés dans un ordre chronologique pour servir à l'hist. des arts du dessin depuis le IV' s. de l'ère chrétienne jusqu'à la fin du XVI". Paris, 1835 et années sui- vantes, albums coloriés, gr. in-fol.

ViEL Castel (C" Horace de). Statuts de VOrdre du Saint-Esprit au droit désir ou du Nœud, institué à Naples en 13.ï2, par Louis d'Anjou I"dn nom, roi de Jérusalem, de Naples et de Sicile. Paris, 1853, in-fol., édition en facsimile du nis. du XIV» s. conservé au Louvre dans le Musée des Souverains.

RePRODITCTIONS de manuscrits et MINIATURES DE LA BiRLIOTHÈQUE NaTIONAI.E

publiées sous la direction et avec notices de M. H. Omont.

Parmi ces publications, les suivantes sont particulièrement utiles à l'étude du costume.

Le Térence latin 7899; Le Psautier du XIII^ siècle latin 88 46; Vie et his- toire de saint Denystr. 1098; Psautier de saint Louis lat. 10525; Livre des Merveilles de Marco Polo, fr. 2810 ; Josèphe fr. 247 ; et n. a. 21013 ; Grandes chroniques fr. 6465 ; Miracles de Notre-Dame fr. 9198 et 9199; Heures d'Anne de Bretagne lat. 9474 ; Peintures de la Bible de Charles le Chauve lat. 1 et 2 ; Livre de la chasse, de Gaston Phébus fr. 616; Album de portraits, p. p. C. Cou- derc .

Le Rahan Maur du Mont Cassin (xr s.), édition facsimile. Le Livre de Pierre d'Eholi, 1196 (Bibliothèque de Berne), édition photographique dans Scriptores rerum italicarum.

New Paleographical Society. Londres. Très beau recueil périodique de fac- similé.

Société française pour la publication des livres a miniatures. Publications annuelles commencées en 1910 (interruption en 1914). Belles reproductions photographiques.

BiBLioTiiÈorE ROYALE DE BRUXELLES. CoUcction d'éditions photographiques :

Les très belles Miniatures, publ. par Aug. Bâcha (recueil de 57 spécimens). Boman d'Alexandre, fin du xiii" s. Roman de la Rose., xiv s. Jean

BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE XXIX

Mansel, La Fleur des Histoires, xv" s. Chronique de Jacques de Guyse (trad. J. Wauquelin), ms. exécuté en 1446 pour Philippe le Bon.

Suites de miniatures, publiées par J. van den Gheyn et photographiées inté- gralement :

Bréviaires de Philippe le Bon {ms. 9511 et 9026). -- LYstoire de Helayne, 1448 (ms. 9967). Histoire de Charles Martel, miniatures de Loyset Liédet, 1470. Christine de Pisan, Epislre d'Olhea, déesse de Prudence à Hector, prince desTroyens, ms. 9S92, par Jean Miélot, 1461. Chronicques et con- questes de Charlemaine. par Jean le Tavernier d'Audenaerde, 1460. Deux livres d'heures ms. 10767 et 11051) attribués à Jacques Coene. Début du xv s.

Valerius Maxiinus miniatures oflhe school ofJean Fouquet, illustrating Ihe french version by Simon de Hesdin and Nicholas de Gonesse contained in a ms. written about AD. Ul-'i for Philippe de Çomines. Edition en photogra- vures; frontispice colorié. IntrOd. par F. Warner. Londres, 1907.

Le Bréviaire Grimani de la Bibliothèque de Turin, aujourd'hui détruit et fait l'objet d'une belle publication en facsimile par le comte Paul Durrieu, membre de l'Institut.

Les Très riches Heures du duc de Berri, manuscrit de Chantilly, publié par le même, 1 vol. de très belles reproductions photographiques. Pion, 1904, gr. in-4°.

Manuscrits à peintures de l'École de Rouen. Texte par Geo. Ritter avec collaboration de Jean Lafond {Soc. des Bibliophiles normands). Rouen, 1914, in-4''.

Miniatures de la première moitié du xvi" s. reproduites en photogravure.

La Miniature carolingienne, son origine, son développement, par Amédée Boinet. 1 vol. in-4'> et 150 fig. avec un album de 160 pi. en phototypie. L'album seul a paru, le volume du texte sera imprimé après la guerre.

MANUEL D'ARCHEOLOGIE FRANÇAISE

TOME III. LE COSTUME

LIVRE PREMIER

LE VÊTEMENT

CHAPITRE PREMIER

LES TISSUS

Sommaire. I. Généralités. II. Tissus de fil. III. Tissus de coton. IV. Tissus de laine. V. Dessins des tissus. Vl. Tissus de soie et d'or.

§ l". Généralités.

Le terme de drap, aujourd'hui réservé aux lainages, était un terme général équivalant au mot actuel étoffe. Estofîe, au Moyen Age, désignait toutes sortes de matières, aussi bien la pierre, le bois et le métal que le tissu, l^issu était un mot qu'on employait spécialement pour désigner le galon des ceintures.

On a fabriqué ou employé en France au Moyen Age des tissus très variés ' en toile de lin, de chanvre ou de coton, en laine et

t. Le Livre des ifefters d'Etienne Boileau, vers 1260, traite c/es laceurs de fil et de soie (titre XXXIV), des filaresses de soie a grans fusiaus et a petits fusiaiis (titres XXXV et XXXVI), et des crespiniers de fil de soie (t. XXXVII), des ouvrières en tissiiz de soie (t. XXXVIII), des ouvriers de draps de soye et de velyaux (t. XL), des teisserands de quevrechiers de soie (t. XLIV), des toisserans de lange (t. L), des foulons (t. LUI), des tainturiers (t. LIV), des chanciers (t. LV), des tailleurs de robes (t. LVI), des liniers (t. LVII), des marchans de chanvre et del file (t. LVIII), des chavenaciers (t. LIX).

L'outiilafje des lileuses est représenté dans le ms. lat. 919 de la Biblioth. Nationale, fol. 9, 10 v" ; 52 ; 62 ; 99. On peut encore citer : le métier à tis- ser qui figure au xi" s. dans une miniature de Raban Maur du Mont-Cassin {de Gynecaeo), pi. XGVI du facsimile : un vitrail du xv» siècle de l'église de Semur-en-Auxois représentant les drapiers procédant aux diverses opéra- lions de leur métier ; trois miséricordes de stalles de la cath. de Rouen, figurant vers 1460 le lanage et l'épinçage du drap ; des forces de dra- pier de 1500 environ, au musée de Douai ; une miniature rouennaise de Manuel d'Archéologie française. III. 1

2 , I. LES TISSUS

en soie '. La matière première des soieries, des cotonnades et d'une partie des lainages était importée.

§ II. laissas de fil.

Le lil de lin ou de chanvre ne se prêle pas à des combinaisons très variées : depuis une haute antiquité, on a des toiles plus ou moins fines et blanches. Dès l'origine, les vêtements liturgiques ont été de lin blanc et fin.

Les tissus de lil s'appellent /ùi^jre^ ou langes.

Le canevas éia'il une grosse toile peu couverte, faite de chanvre.

Le coulil [consulilis) est, comme son nom l'indique, la forte toile de trame serrée faite le plus souvent de chanvre, et qui, dans le costume, n'est employée que comme doublure ou pour faire des pièces résistantes : vêtements de travail, jambières.

Le cainsil ou chainsil [camisilis] est la toile de lin dont on fai- sait les draps de lit, les fonds de bains et les robes linges, chemises, chainses, braies, calettes. Elle n'a guère jamais changé de nature et d'emploi.

La toile servait souvent de doublure ; parfois aussi de tentures, et pour ces usages, on la teignait quelquefois. En 1310, Mahaut d'Artois achetait de la loile rouge '^ qui devait ressembler à ce qu'on nomme aujourd'hui Andrinople; en 1338, la toil<i vermeille figure aussi à Montauban, dans la boutique des frères Bonis, qui débitent également les toiles verte et jaune orangé (aurno/a).

Les touailles ou essuie-mains du xiv'' et du \v^ siècle ont des bandes bleues à dessins tissés; les draps de lit de l'Hôlel-Dieu de Reims, du xvi^ siècle, ont des dessins piqués au point de chaî- nette, en fil teint à l'indigo; au xv*^ siècle on eut du linge damassé, dont l'invention pourrait remonter à la fin du xiv".

J519 à li)28 montrant un atelier de dévidage et de tissage avec tout son outillage, au fol. 36 du ms. fr. 1537 de la Biblioth. nationale ; enfin, au musée municipal de Leyde, une suite de tableaux de 1578 montrant dans leurs détails la fabrication du fil. de la laine, des toiles et des draps de laine.

1. Il n'entre pas dans le plan de ce chapitre, qui n'est qu'un précis, de don- ner des reproductions des très nombreuses variétés d'étoffes qui y sont énu- mérées. On trouvera ces représentations et des détails plus nombreux dans les ouvrages suivants : Ed. Guichard, Les tisnus anciens reconstitués ù l'aide du costume, etc., Paris, s. d., in-fol., 50 pi. Dupont-Auberville, Uorneinenl des tissus, Paris, 1877, in-4'', pi. M'"" Isabelle Errera, Collection d'anciennes étoffes réunies et décrites, Bruxelles, 1901, in-l", 420 photogravures. R. Cox, Catalogue du Musée des Tissus de la Chambre de commerce de Lyon. Les soieries d'art, Paris, 1914. Clouzot (H.), Le métier de la soie en France, P., 1914.

2. .I.-M. Hichard, Mahaut, comtesse dWrlois, Paris, 1887, in-S".

TISSUS DE COTON 3

Les frères Bonis ' importaient à Montauban, dans le 2*^ quart du XIV® siècle, des toiles de Normandie et d'Autun ; la première se classait parmi les toiles bourgeoises^ demi-grosses et servait aux draps de lit ; la seconde, plus fine, aux vêtements. Ailleurs, c'est la toile de Reims que l'on trouve ; elle s'exportait en quantité et en tous pays.

La toile de lin la plus fine se tisse dans des ateliers souterrains dont l'atmosphère humide permet de tendre les fils plus menus sans qu'ils se rompent. On voit encore dans les villages du Gambrésis de ces ateliers remontant à la fin du Moyen Age. La toile de lin déliée porte le nom de batiste^ qui était celui de son inventeur. On croit qu'il vivait au xiii" siècle, mais les textes qui mentionnent ce tissu sont rares. En 1536 un compte royal ^ mentionne des chemises de bapliste.

On appelait coiivrechefs les tissus légers et transparents que nous nommons mousselines. Ils servaient, en effet, de couvrechefs la nuit aux deux sexes et le jour aux femmes, mais ils avaient aussi bien d'autres usages. Il existait des couvrechefs de soie, d'autres de lin ; la mousseline de lin, employée pour couvrechefs, guimpes, gorgerettes, etc., se nomme linon ou linomple.

§ III. Tissus de coton.

Le coton, importé d'Egypte ou des Indes par les ports d'Asie Mineure, était très employé en Occident, et dès le xii** siècle il était cultivé et travaillé en Italie. On s'en servait à l'état d'ouate, de fil et de tissu ; on l'importait parfois aussi tout tissé, mais les cotonnades durent se fabriquer en France dès le xiii" siècle. Du XII* au xvi®, il est souvent question du tissu appelé auqueton, qui était une toile de coton et donna son nom à un vêtement.

Le coton s'appelait également bomhace, et c'est de cet autre nom que des cotonnades se sont appelées bombasins.

La fustaine était une étoffe de fil et de coton déjà très usitée chez nous au xii" siècle. On l'importait alors d'Orient, mais à la fin du Moyen Age elle se fabriquait dans tous les principaux pays

1. E. P'orestié, Les livres de comptes des Frères Bonis, Paris, 1890, 2 vol. iii-80 {Archives histor. de la Gascogne, fasc. XX), et Le vêlement dans le sud- ouest de la France, Bull, de la Soc. archéol. de Tarn-et-Garonne, 1887, p. 192.

2. Gay, Glossaire.

4 . I. LES TISSUS

d'Europe. On en avait de plaines, croisées, rayées, ouvrées à grain d'orge, moirées et à ramages, les unes servant de doublures, les autres se portant apparentes dans le vêtement ou employées dans l'ameublement. Il y avait enfin des futaines velues, très usitées au xiv"" siècle.

Le mollequin était une sorte de mousseline de coton. Le coton servait aussi à tisser des bonnets ou chapels^ qui n'étaient pas une coiffure élégante. Saint Louis l'avait adoptée, ce qui, dit Join ville ', « moult mal lui séoit pour ce qu'il estoit lors joenne homme ».

La calotte de saint l^dme (-{- 1240), conservée au trésor de Saint- Quiriace de Provins, est un tricot de coton qui paraît avoir été teint en violet.

§ IV. Tissus de laine.

La fabrication des tissus de laine a été de tous temps florissante en France. A l'époque gallo-romaine, les foulons et les tondeurs de draps étaient des corporations très actives, qui nous ont laissé d'intéressants monuments.

Au Moyen Age, cette industrie ne cessa de prospérer, spéciale- ment dans les provinces qui produisaient la laine. Les villes des Pays-Bas acquirent les premières une renommée dans la fabrication des lainages.

Le moine de Saint-Gall nous dit qu'en 885, Charlemagne, vou- lant offrir au roi de Perse les produits les plus précieux de son empire, choisit entre autres présents des draps de Frise blancs, unis ou travaillés, et bleu-saphir. Malheureusement, les documents concernant la draperie sont rares avant la lin du xin" siècle.

A cette époque, les centres de fabrication des draps de laine se trouvent surtout dans les Pays-Bas, la Flandre, le Mainaut et l'Ar- tois-, à Bruges, Gand, Liège, Louvain, Huy, Malines, Bruxelles, Gourtrai, Nivelles, Dixmude, Ypres, Maubeuge, Lille, Orchies, Tournai, Valenciennes, Avesnes, Douai, Vitry, Arras, Béthune, Saint-Omer ; en Picardie, à Saint-Quentin, Cambrai, Amiens, Beau- vais ; en Ponthieu, à Abbeville et Montreuil.; en Champagne,

1. Édit. N. de Wailly, p. 94.

2. Voir Recueil de documentu sur Vindustrie drapière en Flandre, publié par G. Espinas et H. Pirenne, Bruxelles, 1906 et 1909, in-4».

TISSUS DE LAINB 5

Bourg'ogne et Ile-de-France, à Reims, Ghâlons, Saint-Dizier, Sens, Semur, Provins, Laj^ny, Etampes, Paris, Senlis, Pontoise ; en Normandie, à Caen, Rouen, Montivilliers, Louviers, Bernay; dans le Languedoc, à Rodez, Montauban, Saint-Antonin, Villefranche,

On reconnaissait les qualités et les provenances des draps à leurs lisières et aux signets de plomb qu'y appendait à titre de marque de contrôle la corporation des drapiers.

On importait en France, au xiv" siècle, les camelins de Chypre et de Syrie, les tiretaines de Florence, les draps d'Angleterre.

On nommait anversins ou adversins des draps qui, n'étant point laines, avaient une double face. Les blancs draps étaient de cette espèce. Parmi les adversins, un des plus estimés au xm*^ siècle était le camelin^ fabriqué en Orient avec la laine de chameau ; imité dès la même époque à Bruxelles, Ghâlons, Louviers, Metz, Paris, Pon- toise et autres lieux, avec les laines du pays. C'était une étoffe légère, fine et souple, rarement teinte, et dont la couleur variait du blanc au beige clair et au brun plus ou moins foncé. A la fin du Moyen Age on en fit des imitations inférieures.

Le camelot était fait originairement aussi en Asie Mineure avec le poil du chameau. On l'importa en Occident dès avant le xHi'' siècle.

C'était un drap lin et particulièrement lustré, lisse, non croisé, tissé sur le métier à deux marches, et souvent teint. Il en existait deux espèces : l'un, fait de poil de jeune chameau ; l'autre, de fin poil de chèvre d'Arménie ' .

Au xiv" siècle, les laines d'Orient furent travaillées sur place par les Français de Chypre et par des Vénitiens établis en Arménie, mais on exporta aussi les matières premières du camelot, et il fut fabriqué dès la fin du xiv" siècle à Reims ; plus tard à Amiens, l'on mêla de soie la chaîne, et dans les Pays-Bas, l'on y intro- duisit la laine du pays, car les laines d'Orient étaient frappées de droits élevés. En 1564, on fît venir à Bourges des camelotiers de Flandre pour y installer cette fabrication.

C'est évidemment à cette époque que se produisirent les imita- tions inférieures dont notre vocabulaire évoque encore le souvenir pour désigner les marchandises de mauvaise qualité et ceux qui les colportent.

1. C'est avec le poil de chèvre du Thibet que l'on fait actuellement le cache- mire.

D I. LES TISSUS

A partir de la fin du xiv® siècle, on fabriqua aussi des camelots de soie, à dessins.

Uyraigne d'Ypres et de Gand, comparée, pour sa légèreté, à la toile de l'araignée, était un drap de laine particulièrement léger, très estimé aux xni** et xiv*^ siècles.

Vestanforf était un drap de laine solide et de belle qualité, dénommé soit de stamen forte soit de la fabrique anglaise de Stan- ford. Il était recherché au xni*' siècle pour la confection des cottes, et se faisait notamment à Paris.

L'estamet était un lainage léger fait dans l'Italie du nord et à Beauvais.

La serge était analogue au type actuel ; le cariset était une grosse serge flamande tirée au chardon sur les deux faces.

La tiretaine était un petit lainage sur chaîne de fil ou de coton, étoffe de peu de prix.

Les saies d'Arras, de Gaen, d'Allemagne ou d'Irlande étaient un drap estimé.

La carde était une sorte de molleton.

Il existait beaucoup de draps de laine plus commune : la barde, drap de laine revêche ou flanelle ; la bayelte, variété analogue; la bélainge (xv" s.), lainage commun ; le bordai, lainage d'ameuble- ment plutôt que de costume ; le bural^ sorte de ratine ou lainage croisé; le bureau et le cadis, gros draps de laine teinte en couleurs foncées. Beaucoup de draps de laine étaient dénommés d'après leurs couleurs ou d'après leurs dessins.

On tenait en haute estime, au xni" et au xiv" siècle, le vert de Douai et la brunette, analogue à nos mérinos, qui se tissait à Amiens, Douai, Bruxelles ; on avait les bruns de Montauban, les blancs de Douai, de Villefranche et de Rodez, le blanchet de Bruxelles, le gris de Montauban, le grisart de Montivilliers, le cendre d'Ypres, les noirs de Rouen, Montivilliers, Londres, les pers, les violets et les morées de Rouen ; les violets bruns, les san- guines de Bruxelles, les rosets de Montauban, la tanné de Cour- trai, les draps roussets, plonquiés ou plombés, encrés, pers encrés, pourpensés, caignés, gris couleur de dos d'asne ou de nuances plus brillantes, tels que vermeil, garance, cramoisy, roge rose, jaune souciés, fleur de vesce, fleur de peschier, vert gay, vert brun herbeux, vert perdu, vert encré, paonnace, azuré, ynde.

Ces désignations ne sont pas absolues pour toutes les étoffes, car il y eut des blanchets de diverses couleurs et des pers noirs, des

DESSINS DES TISSUS 7

brunettes violettes, des camelins blancs qui ne devaient rien au chameau. Ce fait est surtout remarquable pour Vécarlate.

Vécarlale était un type de drap de laine très estimé qui portait, dit-on, ce nom parce qu'on le teignait au kermès : il est vrai que Ton trouvait couramment de Técarlate noire ou de diverses autres cou- leurs, mais il paraît que celles-là étaient teintes une seconde fois, après l'obligatoire bain de kermès qui les baptisait. Cette explication serait plausible si les comptes et inventaires ne mentionnaient quelquefois l'écarlate blanche. Supposons plutôt que le nom fut donné à un type d'étoffe toujours rouge à l'origine, et qui prit dans la suite diverses couleurs, tout en gardant un vocable qui n'avait plus de raison d'être : tel Pont Neuf. Inversement nous avons la violette blanche et la rose jaune.

§ y. Dessins des (issus.

Suivant la disposition des tissus, on distinguait les draps plains ou unicolores, les marbres ou marbrés, les mêlés, qu'on nommerait aujourd'hui chinés, différents des précédents, et qui pouvaient être de deux couleurs, comme blanc ou bleu et rouge (camp blanc mellé de graine, Arras 1290; bleu clair mêlé de graine, ibid . 1305) ou de trois laines, ou ton sur ton (vert meslé, rouge meslé, etc.).

Le tribolé était une variété analogue ; on avait aussi les diasprés, draps à fleurages dont la vogue se répandit depuis la fin du xiv" siècle ; les draps goûtés étaient des étoffes à pois (drap noir goutté de vermeil 1319, compte de Mahaut d'Artois).

Les groupes de trois pois dessinant un trèfle furent en grande vogue à l'époque carolingienne, et persistèrent jusqu'au xii" siècle. La chasuble dite de saint Regnobert à Bayeux en conserve un exemple, blanc sur bleu.

Les rayés jouissaient d'une grande vogue avant le xv^ siècle. Qui- cherat nous dit que les rayures, au xii" siècle, étaient horizontales et si espacées qu'il n'y en avait parfois qu'une sur un corsage ou sur une jupe.

On voit encore au xiii® siècle de ces draps à rayures horizontales et distantes, par exemple dans le très élégant costume de la Femme de l'Apocalypse, ms. 403 de la Bibliothèque Nationale ^ Son sur-

1. Fol. 33.

8 I. LES TISSUS

cot blanc porte de doubles raies rouges assez espacées. Joinville mentionne un valet revêtu d'une cotte vermeille à doubles raies jaunes '.

Selon leur largeur, les rayures étaient, au xiv^ siècle, qualifiées de /i/s, roies ou basions.

En 1305 et en 1306, on faisait à Saint-Omer des draps à rayures ainsi décrits : « royé de pers à deux bastons, l'un vermeil et l'autre plomei de petit gris brun pers a deux jaunes roies vert roié a deux bastons, l'un de pawenach (vert paon) et l'autre de ver- ra eile ^ ».

On combinait aussi le mêlé et le rayé dans des « dras... dont le campaigne (fond) est niellée de bleu et de blanc a une roiete menue (petite rayure) vermeil » ■'.

La bi/fe, qui semble avoir été une sorte de flanelle molletonnée, devait son nom à ce qu'elle était presque toujours biffée, c'est- à-dire rayée (ce mot ne nous sert plus que pour l'écriture).

Les barracans étaient d'autres tissus rayés. Les échiquetés d'Ai'- ras, les escacats de Rodez et les châssis étaient les noms donnés, au xiv^ siècle, aux draps à carreaux.

§ VI. Tissus de soie et d'or.

Beaucoup de tissus de soie '' du vi^ au xii" siècle nous ont été conservés dans les reliquaires; d'autres, du xn" au xv^, dans des vêtements liturgiques. Ces étoffes, souvent très belles ^j sont de fabrication persane, byzantine **, hispano-mauresque ou arabo- sicilienne. Elles sont généralement tissées à dessins de plusieurs

1. Édit. N. de Wailly, § 408.

2. J.-M. Richard, Mahaiii, p. 168.

3. Ibid., 169.

4. Voir Francisque Michel, Recherches sur le commerce, la fabricAtion et Vu$aç/e des étoffes de soie, d'or et d'argent, et autres tissus précieux en Occi- dent, principalement en France pendant le Moyen Age, Paris, Crapelet, 1852. F. Bourquelot, Les Foires de Champagne, 1" partie, p. 258 et suiv. R. Gox, Les soieries (/'ar<, Paris, Hachette, 1914. Clouzot (H.), op. cil.

5. On en peut citer notamment employées comme suaires ou bourses à reliques à Sens, Autun, Au.xerre, Mozat, Beaume-les-Messieurs, Montpezat ; la Couture du Mans, Coire, Maestricht, Odensee, dans le tumulus de Mamen, étudié par Worsaae ; etc.

De nombreux vêtements liturgiques dont il sera traité au livre IV de ce volume sont également en riches tissus de soie importés.

6. Voir Gh. Diehl, Manuel d'art byzantin, chapitre v.

TISSUS DE SOIE ET D OR

couleurs, répétant rég-ulièrement les mêmes motifs à rinceaux, pal- mettes, animaux et personnages.

Les marchands venaient les exposer clans les foires, les pèlerins les acquéraient pour envelopper précieusement les reliques qu'ils amenaient ; les Croisés les rapportaient de leurs expéditions d'Orient ou dEspagne comme des trophées de victoire. Grégoire de Tours raconte ' qu'il acheta une vieille soierie apportée d'Orient parce qu'on lui avait assuré qu'elle avait servi d'enveloppe à la vraie Croix. Il la découpa en morceaux qu'il distribua dans le but d'opé- rer des miracles.

Les étoffes de soie, jusqu'au xii** siècle, furent toutes importées d'Orient ou de Sicile, les Arabes avaient créé des fabriques de tissus qui continuèrent d'être prospères sous la domination nor- mande. Plus tard, à partir du xiii*' siècle et jusqu'au xvi»^. Gênes, Sienne. Lucques, Venise et l'Espagne imitèrent les modèles d'Orient. Des étoffes tissées en Chine et en Perse furent sou- vent apportées sur les marchés d'Europe. Il en est venu plus encore de Damas, Bagdad et autres villes d'Asie Mineure, ainsi que de Chypre.

C'est sous Justinien que l'industrie de la soie fut importée de Chine à Byzance, en Asie Mineure, et en Chypre; au xiii'' siècle, on fit la soie également en Italie et peut-être en Provence. Lyon ne la fabriqua qu'au xvi^ siècle. Les soieries de l'Extrême- Orient n'ont jamais cessé de s'exporter jusqu'en Europe avec celles de l'Asie Mineure, mais l'Europe savait aussi la mettre en œuvre, et Paris avait au xiii'' siècle ^ des manufactures pros- pères de draps de soie, de veluyaux et de couvrechefs de soie. La guerre de Cent Ans semble avoir porté un coup fatal à [cette industrie. A Givet, on tissait au xiv® siècle des soies d'Orient pour en faire un drap croisé qui s'exportait au loin. On le trOuve à Montauban, ainsi que des soieries d'Angleterre ^. Bourquelot cite un texte de 1250 relatif aux draps de soie d'Allemagne. La com- tesse Mahaut en usa quelquefois à Arras au début du xiv« siècle.

Durant tout le Moyen Age, les plus précieuses étoffes furent importées ' de la Perse, de l'Egypte, de la Syrie ou de Chypre. Les

1. De Gloria Marlyrum, cap. vi.

2. Le Livre des Mesliers, titre XXXVIII, Des ouvriers en tissus de soie; titre XL, Des ouvriers de draps de soye et de veluyaux et de bourserie en lac.

3. Forestié, Les livres des frères Bonis, t. I, lv.

l. Voir W. Heyd, Hist. du commerce du Levant au M. A., Leipzig:, 1885, 2 vol.

10 I. LES TISSUS

intermédiaires de cette importation étaient, avec le royaume de Chypre, les républiques de Gênes et de Venise. On connaît l'oppo- sition que liront de 1363 à 1368 les communes italiennes au roi Pierre l^" de Lusig-nau qui projetait une croisade \ et l'indignation des Vénitiens et des Génois lorsqu'il eut pris Alexandrie '^. Celte campagne, en elîet, ruinait leur commerce.

Les Génois, les Vénitiens, les Siennois et les Lucquois avaient eux-mêmes, depuis le xni^ siècle, des manufactures où, mettant en œuvre la soie du Levant et le fil d'or de Chypre, ils imitaient par- faitement les riches étoffes d'Orient sans en modifier le style ^.

Les étoffes les plus somptueuses étaient des draps d'or et plus souvent d'or et de soie combinés.

On appelait paile ou paliol, de pallium, une précieuse étoffe de soie brochée, dont le centre de fabrication semble avoir été Alexan- drie. On l'importait en grande quantité dès le xii** siècle.

Vosterni éUùi un drap de soie teint en pourpre.

La jubé ou jupe, probablement du mot arabe djobbeh ou djobbah, nom d'étoffe, désigne quelquefois une espèce de vêtement, et d'autres fois, du commencement du xin*^ au xv"^ siècle, une étoffe de soie.

Le siglalon était un brocart des Cyclades, dont la fabrication se répandit dans tout l'Orient.

Les draps de Larest, Arest ou Ache (peut-être à'Accon ou Saint- Jean d'Acre) sont, aux mêmes époques, mentionnés parmi les draps de soie.

Le Damas, très employé dès le xn" siècle, est un tissu originaire de la ville dont il porte le nom, mais qui fut imité en Occident et se fabriquait spécialement à Lucques, à Venise, à Gênes à la lin du Moyen Age. On sait que c'est une étoffe diaprée ton sur ton dont le dessin se détache en satiné sur fond mat, ou inversement.

On appelait tartraire une étoffe de soie faite en Tartarie à l'ori- gine, mais qui ne tarda pas à s'imiter en Occident elle était assez employée dès le début du xiv" siècle. Le canzi était une étoffe de Chine employée chez nous depuis le xin" siècle.

Le mar ramas ou morramas était un drap d'or oriental.

1. Mas Latrie, Bibliolh. de VÉcole des Charles, t. VI, p. 518, clHisl. de Chypre, t. II, x. Documents du règne de Pierre I".

2. Ihid.

3. Voir sur cette fabrication, Slaluli délia Corte dei Mercadanli délia Citlà di Liicca (1468), publiés en 1490 (Bibliothèque Mazarine, 3365).

TISSUS DE SOIE ET D OR H

Le haudequih était un drap d'outremer tirant son nom et son origine première de la ville de Bagdad. Au xin<' siècle, sa fabrica- tion s'était transportée en Chypre et à Palerme ; il avait pour ana- logue le bofu, riche tissu byzantin en usage aux xn^ et xin" siècles.

Le cendal était une étoile de soie souple satinée et légère ana- logue aux foulards et taffetas actuels. Elle se tissait en soie crue; parfois en bourre de soie ; il y en avait de qualités très diverses, de diverses couleurs aussi, mais l'usage le plus fréquent était de teindre le cendal en rouge. Il était usité depuis le ix*" siècle et resta en faveur jusqu'à la fin du Moyen Age. Il était très employé dans les doublures.

Le tiercelin est un cendal renforcé.

Le samit (exametum), d'origine byzantine, n'est pas moins ancien- nement connu. C'est un fort drap de soie épais et solide, une véri- table étoffe de luxe.

Le sedas, extrêmement employé à Montauban au xn*" siècle, était un drap de soie mince et souple fabriqué en Italie.

Le satanin ou satin est resté sensiblement ce qu'il était au Moyen Age.

On fit, dès le xin'' siècle, des camelots de soie ; c'était une belle étoffe, de diverses teintes; un dessin du xv" siècle reproduit par Gay nous montre que le camelot de soie était diapré et sans doute broché, et avait des dessins de style oriental semblables à ceux des brocarts.

Le velours ou reluiau, comme en témoigne Du Gange, était en usage au xii*' siècle. Au xm'', il l'était plus encore; Marguerite de Hainaut avait, en 1298, deux robes de velours, contre huit de lai- nages et six d'autres tissus de soie. Dans les siècles suivants, le velours jouira dune plus grande faveur, et souvent il sera broché. Le velours broché et le brocart, plus tard la hrocatelle, que fabriquaient Lucques, Venise et Gênes, sont des tissus diaprés de riches dessins de style oriental en or ou en satin sur fond de velours ou inversement. Le velours ciselé est dit (/e Gènes ; le velours coupé est dit de Venise. Ils furent en vogue de la lin du xiv" à la fin du xvi" siècle.

Le bouqueranl ou hougran tire son nom de Boukhara en Tarta- rie qui, dans le haut Moyen Age, semble avoir été le centre de fabrication de celte étoffe. Au xiv« siècle, nous savons par Marco Polo qu'elle se fabriquait surtout dans la Grande-Arménie. C'était un tissu d'une finesse et d'une légèreté admirables, tissé à dessins

12 I. LES TISSUS

dans une soie spéciale qu'il faut probablement identifier avec le hyssus antique. Au xiv** siècle, le bougran fut grossièrement irnité en Occident et devint une cotonnade qui n'a avec le bougran véri- table rien de commun que le nom et qui ne ressemblait guère plus à la grosse toile empesée que le même vocable désigne depuis le xvn® siècle.

On faisait en soie, au xii^ siècle, à Paris et ailleurs, une grande quantité de couvrechefs. On a vu plus haut ce qu'il faut entendre par là. Le tissu des couvi'echefs de soie est ce que nous appelons la gaze.

Le crêpe, d'origine orientale, se faisait comme aujourd'hui en soie, en laine ou en coton, tissé sans croisure comme les étamines^ lisse ou crêpé. Il était en usage dès l'époque romane.

CHAPITRE II

LE VÊTEMENT AUX ÉPOQUES MÉROVINGIENNE ET CAROLINGIENNE

Sommaire. I. Le vêtement masculin à l'époque mérovingienne. II. Le vêtement masculin à l'époque carolingienne. III, Le vêtement féminin aux époques mérovingienne et carolingienne.

5; I". Le vêlement masculin à l'époque mérovingienne.

Le costume de Tépoque mérovingienne ne peut guère se res- tituer que par les descriptions et par induction, car les représen- tations de la figure humaine sont, à cette époque, rares ' et sou- vent inintelligibles.

Les Gallo-Romains, même soumis aux Francs, restèrent fiers de leur civilisation supérieure, et les Francs durent bien reconnaître cette supériorité ; en conséquence, les uns gardèrent leur cos- tume ; les autres y firent, à l'occasion, des emprunts.

Les Gallo-Romains du vi^ siècle portaient une tunique de dessous avec ou sans ceinture, fendue ou non, dite subucula, et, par-dessus, une sorte de blouse tombant jusqu'aux genoux ; c'était la dalma- tique ; une variété sans manches s'appelait colobe. Sous ces deux vêtements, ils portaient des braies, culotte ample, d'origine gau- loise, que les Romains avaient adoptée dès le i'"'^ siècle, ou bien les courts caleçons romains appelés feminalia. La toge avait été quelquefois abandonnée des Romains ; ceux de l'Empire d'Orient l'avaient remplacée par la chlamyde (fig. 1), toge fendue et agra- fée sur l'épaule droite. C'était un vêtement plus commode et les Occidentaux l'adoptèrent parfois dès cette époque.

Les Gallo-Romains avaient aussi diverses sortes de manteaux : on appelait pallium un grand manteau ; penula ou lacerna, une longue pèlerine à capuchon, parfois fendue sur le devant ; birra, une penula pourvue de fentes latérales pour le passage des bras.

Les vêtements des personnages de distinction étaient ornés de

1. Voir cependant des costumes du vu» siècle dans le Pentateuque Ash- burnham (A^eio Paleographical Society, pi. 235),

14

II. LE VliTEMENT AUX EPOQUES MEROVINGIENNE ET CAROLINGIENNE

bandes appelées claves et de disques dits calliciiles, exécutés en un tissu plus riche, souvent de pourpre, et en broderie. Les Francs

-

1

portaient une chemise ou une tunique de dessus ajustée, avec manches très courtes ; des braies serrées sur les jambes par des courroies entrecroisées ; des bottines de cuir et un large ceinturon également en cuir, fixé par une grosse boucle. Gomme manteaux, ils portaient la suie {saga) gauloise, petite, en laine à longs poils.

VÊTEMENT MASCUUN A l'ÉPOQUE CAROLINGIENNE 15

bariolée de bandes rouges et vertes, ou bien le grand manteau de pelleterie rheno). La chlamyde ou toge fendue byzantine (fig. 1) était un insigne officiel de dignité, portée par le roi, qui la conser- vera jusqu'à la fin du Moyen Age, et par des hauts personnages. Une ou deux fibules ' attachaient le manteau sur la poitrine, sur les deux épaules, ou sur Tépaule droite (fig. 1). Les mosaïques de Ravenne (fig. 1 et 4) peuvent nous donner une idée des modes que l'aristocratie franque empruntait à l'Empire d'Orient. Clovis tout en continuant à porter les cheveux longs et la moustache, signes de noblesse chez les Francs, se parait, à l'instar des empe- reurs, de la chlamyde et de la tunique courte de pourpre à manches brodées, serrée autour du corps par une double écharpe. Dans ce costume d'apparat, les braies se réduisaient à la dimension de culottes très courtes. Alors aussi apparurent les chausses d'élofTe cousue, ou parfois tissées en rond. Elles furent à l'origine un luxe aristocratique. On conserve à Délémont celles de saint Germain abbé de Moutiers-Grandval -, assassiné vers 670. Elles sont tissées en rond, et portent au bord supérieur un cordon passant dans une coulisse pour former jarretière.

§ H. Vêlement masculin à Vépoque carolingienne.

L'époque carolingienne nous a laissé, outre les descriptions pré- cises d'Einhardt et du Moine de Saint-Gall, de nombreux manus- crits enluminés avec art ; ces documents nous rendent compte du costume, surtout du costume d'apparat. Les étoffes à dessins tissés étaient en grand honneur ; les étoffes à pois particulièrement (fig. •_', 7i. On les disposait par petits groupes souvent de trois en triangle. C'est d'une étoffe de ce type qu'est faite la chasuble dite de Saint Regnobertà Bayeux.

Le Moine de Saint-Gall décrit ainsi le costume ancien des Erancs.

Ils portaient des braies ^ [tibialia vel coxialia) de lin ornées

1. Nous verrons (tome IV) que les fibules vont généralement par paires.

2. Voir E. A. Stuckelberg, Geschichte der Reliquienin der Schweisz, t. I, livre IV, ch. in.

3. I, 1, 34. Pertz, ser. II, p. 747 : « Erant antiquorum ornatus seu paratura Francorum calciamenta (orinsecus aurata, corrigiis tricubitalibus insignita, fasciolae crurales vermiculatae et subtus eas tibialia vel coxialia linea quam- vis eodem colore, tamen opère artificiosissimo variata. Super quae et fascio-

16 II. LE VÊTEMENT AUX EPOQUES MEROVINGIENNE ET CAROLINGIENNE

diversement et avec beaucoup de recherche (rayées sans doute de couleurs variées), des bandes [fasciolae crurales) de couleurs assorties aux braies et brodées [vermi- culalae) qui s'enroulaient sur les jambes ; par-dessus, s'entrecroisaient les courroies lonj^ues de trois coudées qui les serraient sur les jambes et qui attachaient les souliers de cuir, doi'és à l'extérieur : un chanise de lin fin (camisia clizana) sur lequel pas- sait le baudrier tenant l'épée ; et sur le tout un manteau blanc ou bleu rectangulaire, ayant en longueur deux fois sa largeur, tombant devant et derrière jusqu'aux pieds, mais atteignant à peine sur les côtés la hauteur des genoux.

Le costume carolingien (fig. 2 et 3) com- portait des braies et des chausses en toile de lin ou cainsil [cam- silis) , des bottines [hosa, euse), une che- mise [camisia] égale- ment en toile de lin ; un vêtement intermé- diaire, sorte de camisole (theris Ira), une tuni- que ou gonelle * ajustée, faite de cainsil ou de serge [camsilis aul sarc\lis), un justau- corps de fourrure appelé rock ^, une chape ou manteau de pluie (cappa, pluviale), des gants ou moufles [luanti, maffulae).

Les cheveux se portaient courts ; le menton était rasé ; la noblesse se reconnaissait au port de la moustache (fig. 3).

Fig. 2. Sacramentaire de Metz (Bibl. Nat., ms. lat. 1141), seconde moitié du ix" s.

Fig. .3. l" Bible de Charles le Chauve (Bibl. Nat., ms. lat., milieu du ix" s.).

las in crucis modum intrinsecus et extrinsecus ante et rétro lougissimae illae corrigiae tendebantur. Deinde camisia clizana ; post haec balteus spathae colligatus. Ultimum habitas corum erat pallium canum vel saphirinum quadrangulum duplex, sic formatum ut quiim imponeretur humeris, ante et rétro pedes tangeret ; de lateribus vero vix genua contigeret. »

1. Gonne ou gonelle sera le nom de certains surcots jusqu'au xiii" siècle ; jusqu'à nos jours gown désigne en anglais une robe ; gonella en italien une soutane. Geoflroy grise gonelle était comte d'Anjou de 958 à 987.

2. On sait que ce mot, en allemand, signifie actuellement un habit.

I

VÊTEMENT MASCULIN A L EPOQUE CAROLINGIENNE 17

Selon Einhardt', Charleiiiagne revêtait une chemise et des braies en toile de lin ; une tunique à ceinture de soie ; des bandes d'étoffe sur les jambes et des bottines ; il était ceint d'un baudrier rehaussé d'orfèvrerie et portait toujours l'épée, à garde également d'orfèvrerie. En hiver, il ajoutait à ce costume un gilet de four- rure de loutre [liitrinis] ou de rat (murinis pellibus), peut-être plutôt de martre. Il portait la saie, ou, pour la chasse, un manteau rustique en peau de mouton.

Les monuments figurés"^ ajoutent quelques renseignements à ces textes, surtout pour le ix'' siècle.

Les miniatures nous montrent le costume civil des hommes "* (fig.2et 3) composé de braies courtes, le plus souvent cachées par la tunique, et d'une tunique, ornée souvent de claves ; lalaire pour les empereurs, mais pour les autres laïques, s'arrêtant au-dessus du genou, serrée à la taille par un ceinturon, et pourvue de manches ajustées, parfoisavec bandeau poignet. Leurs jambes sont nues ou couvertes de chausses lâches (fîg. 3) ou de longues braies serrées par des courroies '\ On trouve aussi des chausses bouton- nées^, des chaussures^, des brodequins^, des bottes** ou des san-

1. VUa Karoli, XXIIL

« Ad corpus camisiam lineam, et femoralibus lineis induebatur, deindc tunicam quae limbo serico ambiebatur et tibialia ; tiim fasciolis [tibialia cum] crure et pedes calciainentis constriiigebat, et ex pellibus lutrinis et niurinis thorace confecto, humeros ac pectus hyeme muniebat ; sago veneto amictus, et gladio seniper accinctus, cujus capulum ac balteus aut aureum aiit argenteus erat. Aliquoties et gemmato ense utebatur. »

2. Evang. de Saint-Médard de Soissons, Bibl. Nat., lat. 8850; Evang. de Lorsch, Vatic. palat., lat. 50 ; Evang. de Lothaire, Bibl. Nat., lat. 266, portrait de Lothaire; Bible de Grandval (Ecole de Tours), Mus. Brit., additional ms. 105 »6 (milieu du ix° siècle) ; Bible de Charles le Chauve (Saint-Martin de Tours), Bibl. Nat., lat. 1, portrait de l'empereur.

Codex Aiireus de Saint-Emmeran de Munich ; portrait du même.

3. viu" siècle (?) Evang. de Munich, Boinet, La Miniature Carolingienne, pi. I ; ix« siècle, même ouvrage, pi. XXX, XLVII, XLIX, LI, LXV, LXXIX, LXXXVI, LXXXVIII ; CXIII ; CXI V ; CXV ; CXXI, CXXIII, CXXV ; CXXX ; CXLIVàCXCVI; CXLIX.

i. Première bible de Charles le Chauve, Boinet, ouv. cité, pi. LI ; Sacramen- laire de Metz, B. CXXX.

5. Bible de Saint-Paul hors les Murs, B. CXXIIL

6. Seconde moitié du ix" siècle, Bibl. Nat., ms. lat. 5543.

7. IX" siècle, Psautier de Lothaire, Boinet, ouv. cité, pi. LXXIX; Psau<ter de Charles le Chauve, B. CXIV ; Codex aureus de Saint-Emmeran de Batisbonne, B. CXV ; Bible de Saint-Paul hors les Murs, B. CXXI, CXXIII ; Sacramen- laire de Metz, B, CXXXI ; fin du ix* siècle, Psalterium atireum deSaint-Gall, B. CXLV ; Psautier de Corbie, B. CXLIX.

8. viii« siècle (?) Evang. de Munich, Boinet; ouv, cité, pi. IX ; Evang. de Lothaire,

Manuel d'Archéologie française. III. 2

18 II. LE VÊTEMENT AUV ÉPOQUES MEROVINGIENNE ET CAROLINGIENNE

dales. Généralement, celles-ci s'accompagnent de chausses ou de chaussettes (fig. 3), le manteau universellement adopté est la chla- myde ou toge fendue, attachée sur l'épaule droite par une fibule ou par une aiguillette (fig. '2, 3).

Les chausses peuvent couvrir toute la jambe ', mais elles s'ar- rêtent souvent sous le genou, et sont fixées (fig. 2 et 3) par des jar- retières '*; plus souvent encore on porte de simples chaussettes avec les sandales ou les brodequins ^ et leur extrémité est coupée (fig. 3) de façon à laisser voir les orteils "*. Ces chausses peuvent être blanches ou teintes, souvent en rouge ou en jaune ; elles sont atta- chées par des jarretières (fig. 3 et 4) formées de cordons de couleur, nouées sous le genou ^. La tunique forme un pli qui cache la cein- ture. Celle-ci peut avoir une boucle richement ornée et un pendant ou mordant de métal ciselé ^. Le manteau peut être pris dans cette ceinture.

Dans la seconde moitié du ix® siècle nous voyons s'introduire quelques variantes à ce costume : la tunique ou Jdiaud, moins longue, et à manches très courtes, laisse voir les manches ajustées de la chemise ou du chainse. On trouve des jambières boulonnées sur le côté comme les guêtres actuelles '' .

Au x" siècle, les mêmes modes persistent ^, et le manteau peut être attaché sur l'épaule ® ou sur la poitrine^''.

Bibl. Nat., pi. XXX ; Première bible de Charles le Chauve, pi. XLIX ; Psalte- rium aureuin de Saint-Gall, pi. CXLV, CXLVI ; Siicrainenlaire de Drogon, pi. LXXXVI ; LXKXV ni ; Sacramentaire de Metz, pi. CXXXI ; Bible de Saint-Paul hors les Murs, pi. GXXXIV. CXXXV.

1. Au milieu du ix" siècle, Psautier de Lothaire, Boinct, ibid., pi. LXXIX;3'' quart, Bible de Saint-l-*aul hors les Murs, pi. GX.XIII ; fin du ix" siècle, Psal- teriam aureiim de Saint-Gall, pi. CXLV.

2. Ëvangéliairede François II (milieu du ix" siècle), Bibl. Nat., ms. lat. 257 ; IX' siècle, Sacra men ta ire de Drogon, Boinet, ibid., pi. LXXXVI ; Bible de Saint- Paul hors les Murs. pi. C.XXIII ;Sacramentaire de Metz, pi. GXXI ; Psautier de Corbie. pi. CXLIX ; Evangéliaire de. Morienval; Evangèliaire de François II.

3. A la (in du siècle, le Livre des Macchabées de Lcyde montre des chausses serrées par des jarretières et par d'autres cordons aux chevilles.

4. IX' siècle. Première bible de Charles le Chauve, BoinoL, ibid., pi. XLIX ; Evangéliaire de Morienval; Livre d'astronomie et de comput, Bibl. Nat., ms. lat. 55 i3 (seconde moitié du ix' siècle).

5. Bible de Gliarles \e Chauve ; Evangéliaire de l'Yançois II; Evangéliaire d'Hautvillers (Bastard, facsim.,\i. iv, pi. 3).

6. Traité d'astronomie et de comput, Bibl. Nat., ms. lat. 5513 ; Bibl. de Saint-Omer, ms. 56, fol. 231 v" (x" siècle).

7. Bibl. de Saint-Omer, ms. n" 56.

8. Hefner-Alteneck, I, 50 à 52 ; cf. Boinet, ouv. cité, pi. CXLVI (fin du ix' siècle).

9. Saint-Omer, ms. 698, fol.^1 V.

10. Ibid., fol. 31.

LE VETEMENT FEMININ

19

1:5 III. Le Vêtement féminin aux Epoques mérovingienne et carolingienne.

Le costume de.-; femmes au vi" siècle, tel que nous le montrent les mosaïques de Ravenne (fig. 1 et 4), comporte deux tuniques,

Fig. i. Mosaïque Saint-ApoUinaire-le-Neuf à Ravenne. Commencement du VI» s. (Diehl, Art byzantin. Phot. Alinari).

de dessous et de dessus, longues, étroites et sans plis, avec ceinture placée immédiatement sous les seins. Les manches de la tunique de dessus peuvent être larges et ouvertes (fig. 4). Une sorte d'écharpe en forme de large bande, appelée palla, se pose sur les épaules au-dessus de la tunique ; elle forme un cercle et deux pans retombant devant et derrière (fig. 4). Les souliers découverts sont noirs ou rouges. Les jambes s'enveloppaient probablement de chausses en toile cousues.

A cette époque, dans la chaussure comme souvent en d'autres matières et en d'autres temps, les femmes passaient d'un extrême à

20 II. LE VÊTEMENT AUX EPOQUES MEROVINGIENNE ET CAROLINGIENNE

l'autre : frileuses, elles s'enveloppaient volontiers le pied et la jambe de bandelettes [fasciae pédales, f. crurales), mais, coquettes, elles portaient plus que les hommes la sandale hors de la maison.

Un grand manteau carré, souvent orné de callicules, couvre l'épaule gauche (fig. 4) et s'attache sur la droite (fîg. 1) par une fibule K Ou bien l'on porte une chasuble [casula, planeta), manteau sans fente et de coupe circulaire avec encolure vers le centre. La

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Fig. 5. Figures de stuc dans l'oratoire de Sainte-Marie-au-Val à Gividale (Frioul), fondé par la comtesse Giscletrude (762-767).

chasuble se drape sur le bras (fig. 1). Les femmes de condition modeste portaient la chemise, le colobe ou la dalmatique tombant jusqu'aux chevilles, et comme manteau une pèlerine courte (penula) ou une ample chasuble.

A l'époque carolingienne la chasuble se porte beaucoup (fig. 5,6), le manteau fendu également; il s'agrafe souvent sur la poitrine et non sur l'épaule droite : c'est ce qu'on appelle la chape [cappa), soit manteau grossier fait pour préserver de la pluie (pluvialis), soit man- teau de luxe.

La chape peut être fermée (fig. 6) et se pose souvent sur la tête

1. ix« siècle, peintures murales de Munster (Grisons).

LE VETEMENT FEMININ

21

en même temps que sur les épaules (fig. 7, 8). La chape fermée n'est autre chose qu'une chasuble avec capuchon (fig, 6).

Un évangéliaire de Munich qui date vraisemblablement du viii" siècle montre deux types de costumes féminins, l'un populaire et courant, l'autre d'apparat.

Le premier', usité encore au ix*^ siècle ^, ne consiste (fig. 9, 9 his, 9 <er) qu'en une robe ouverte en pointe sur le devant jusqu'à la

Figf. 6. Arithmé- ti()uc de Boëce. Bamberg, Bibl. Roy., H. I.,iv,12, 3" quart du ix' s.

Fi{^. 7. 1" bible de Charles le Chauve (Bibl. Nat., ms. 1), milieu du i.\' s.

Fig. 8. Bible de Saint-Paul hors les Murs à Rome, 3* quart du ix' s.

ceinture et ouverte également sur les côtés, de la hanche aux aisselles. Un prolongement de l'étoffe qui couvre les épaules retombe jusqu'au coude, et les bords de ce pan d'étoffe se rejoignent sur les hanches; cela forme une sorte de demi-manche d'une très grande ampleur. Cette robe était probablement cousue par devant depuis le bas jusqu'à la taille, bien qu'on puisse la supposer seulement croisée et maintenue parla ceinture. De nos jours la première de ces modes est en usage chez les Fellahines, la seconde chez les Japonaises. Cette robe paraît être avec des brodequins le seul vêtement des dames qui la portent : aucune chemise n'apparaît dessous.

Le costume d'apparat donné par le même manuscrit montre une robe fermée à encolure ronde peu dégagée, des manches assez

1. Boinet, ouvr. cité, pi. I, femmes pleurant le massacre des Innocents.

2. Jbid., pi. CLIX. Apocalypse de Valenciennes.

22 II. LE VÊTEMENT AUX EPOQUES MEROVINGIENNE ET CAROLINGIENNE

amples, serrées au coude, un manteau posé sur les épaules et fixé par une fibule à la ceinture ou au bas de la poitrine ; enfin un voile, manteau ou chape, posé sur les cheveux et retombant dans le dos presque jusqu'aux chevilles, comme dans la fig. 7. Un collier de perles est posé sur les épaules; un autre repose sur le bras gauche, et tombe jusque vers les chevilles. Serait-ce déjà des patenôtres ? (cf. fig. 6). Les pieds sont chaussés de brodequins.

Vers le vu® ou vin® siècle, les figures de stuc de la chapelle Sainte-

Fig. 9. Evangéliaire de Mu- nich(Bibl. Roy., ms.lat. 23631), vni' siècle ?

Fig. 9 ter. Coupe restituée.

Fig. 9 bis. Restitution d'après l'I'^vangé- liaire de Munich.

Marie-au-Val à Cividale (Frioul) montrent (fig. 5) d'autres costumes de cérémonie.

La robe (stola) a une encolure très dégagée ; ses manches sont encore quelquefois courtes (fig. 10,1 l)et même évasées (fig. 5,8) pour laisser paraître celles de la chemise, qui sont longues et étroites, serrées et brodées aux poignets. La robe est enrichie de claves et de perles.

Au IX® siècle, on trouve la même disposition de costume * con-

1 . Munster (Grisons), peintures murales, Première bible de Charles le Chauve, Boinet, pi. XLVII ; Codexd'Ollfridde Vissemhourg, ibid., pi. CLX,P.sautier de Louis le Germanique, ibid., pi. ; Bible de Saint-Paul hors les Murs, ibid., CLX-CXXI ; Traité d'astronomie et de comput, Bibl. Nat., ms. lat. 5543.

LE VETEMENT FEMININ

23

curremment avec la robe sans manches ^ ou au contraire à manches plus longues el plus étroites, qui ne laisse pas voir la chemise. Cette dernière mode est plus rare ^. Ces robes s'accompagnent d'une ceinture. L'Apocalypse de Valenciennes nous montre des femmes portant une robe de dessus ouverte du haut en bas par devant (fig. 10, 11) de façon à montrer la robe de dessous, et un vêtement nter médiaire, sorte de grand plastron se terminant sous les genoux

Fig. 10. Apocalypse de Valen- ciennes, IX' s. (Bibl. de la ville, ms. 99).

Fig. 11. Restitu- tion d'après l'Apo- calypse de Valen- ciennes, ix° s.

en un tablier de coupe demi-circulaire (fig. 11), un collier formant deux tours rapprochés du cou et un troisième très grand est pris dans la ceinture^. On trouve aussi la ceinture double"*. Des bandes ornent le bord des manches, l'encolure, et le bas de la robe ; une clave peut réunir ces deux dernières (fig. 8).

Les femmes se couvrent toujours la tête et les épaules d'un grand voile qui tombe presque aussi bas que la robe ^ et qu'ornent sou- vent d'élégants dessins (lig. 7 et 8). Ce voile peut se tourner autour

1. Bibl. Nat., ms. 55 i3.

2. Apocalypse de Valenciennes, Boinet, pi. CLVIII et CLIX.

3. Ibid.

4. Bibl. Nat., ms. 5543.

5. Première bible de Charles le Chauve, Boinet, pi. XLYU; Arithmétique de Boëce, Bamberg, ibid.. pi. LVII ; Bible de Saint-Paul hors les Murs, ibid., pl.CXXI. Peintures de Munster (Grisons).

24 II. LE VÊTEMENT AUX EPOQUES MÉROVINGIENNE ET CAROLINGIENNE

du COU ' et se confond avec la chape ou manteau à capuchon qu'elles portent toujours. Le voile peut avoir aussi les bords cousus par devant depuis le bas jusqu'au col, et se draper sur les bras; il se confond alors (tig'. 5 et 6) avec la chasuble et la chape fermée''^.

Au x" siècle, la statue de Sainte-Foy à Conques apparaît avec une robe assez étroite, dont l'encolure peu dég^agée forme une légère pointe par devant (fîg. 178 his). Les manches ne dépassent guère le coude, et sont très évasées; celles de la chemise, au con- traire, sont extrêmement étroites et couvrent le poignet. De très larges orfrois brodés, rehaussés d'orfèvrerie, bordent l'encolure, l'ouverture des manches et le bas de la robe ^.

Une particularité fréquente du ix'' au xii*' siècle est la mode des étoffes à dessins : rosaces, trèfles, quatrefeuilles et pois isolés ou groupés par trois (fig. 7). Les tissus de fantaisie devaient ressembler à ceux des cravates d'hommes des xix® et xx^ siècles.

1. Codex d'Ottfrid de Vissembourg, Boinet, pi. CLX.

2. Arithmétique de Boëce, Bamberg, Boinet, pi. LVII ; Apocalypses de Trêves et de Cambrai, ibid., CLIII.

3. Bibl. Nat., lat. 5513, Traité d'astronomie et de compiit.

CHAPITRE III

LE VÊTEMENT A L'ÉPOQUE ROMANE

Sommaire. l. Le vêtement de la fin du au milieu du xii" siècle. II. Le vêtement au milieu et dans la seconde moitié du xii' siècle.

sj I•-^ Le vêtement de la fin du siècle au milieu du XII^ siècle.

Dans le costume comme dans l'architecture, la mode du xi*" siècle a commencé dès le x^, et ne prendra fin que dans le deuxième quart du xii".

Malheureusement, les monuments figurés de cette période sont fort grossiers en Occident. Elle nous a toutefois laissé de bons manuscrits enluminés \ quelques sculptures intelligibles, et un trésor de renseignements dans la suite de broderies dite Tapisserie de Bayeux. Tapisserie doit s'entendre ici au sens de tenture, car'cette tenture est une broderie, exécutée en Angleterre entre 1088 et 1092, comme l'a prouvé le regretté M. Travers ^. C'est une oeuvre d'un dessin très net et très expressif, plutôt sommaire qu'incorrect, mais souvent conventionnel. Enfin, la sculpture, dès le '2* quart environ du xu* siècle, est suffisamment affranchie et maîtresse de ses moyens pour rendre fidèlement les objets que les artistes ont sous les yeux. Les chapiteaux de Vézelay, de Clermont et autres en sont la preuve.

Le costume du xi*' et du début du xn® siècle diffère peu de celui de l'époque carolingienne. Dès le x^ siècle jusqu'au commencement du xiu®, le costume des hommes et des femmes comprend deux pièces principales : le chainse ou la chemise, généralement de lin, et le hliaud, sorte de blouse à taille qui recouvre le chainse et peut

1. Entre autres, Bibl. Nat., ms. de Saint-Sever. Comment, de Beatus sur VApocalypse, lat. 8878. Bibl. du Mont-Cassin ; Raban Maur. Manuscrit de Salzbourg, facsim. Hefner-Alteneck, 1,35.

2. Congrès archéol. Caen 1908, vol. I, p. 180. Voir à la fin de cet article (p. 186) la bibliographie du sujet.

26

m. LE VETEMENT A L EPOQUE ROMANE

se faire en divers tissus. Un bliaud de damas blanc galonné d'or (fig, 12) conservé au musée bavarois de Munich est attribué à l'em- pereur Henri mort en 1024; d'autres bliauds impériaux font partie du Trésor de 'Vienne.

Les hommes seuls portent sous le chainse des braies ' de toile

Fi^. 12. Le bliaud de Munich.

attachées par une ceinture appelée le hraiel (fig. 14) auquel peuvent pendre une bourse et des clefs. Au braiel pendent également des jarretelles pour relever le bas des braies (même fig.). Le braiel était fixé aux braies par une suite de pattes formant coulisses (fig. 13), on Ten ôtait pour laver les braies.

Les deux sexes portent en outre une ceinture extérieure, des chausses, des souliers, un manteau ; sur la tête, les hommes com- mencent à porter diverses coifîures, et les femmes ont souvent

1. Les braies étant la seule pièce du vctenientqui soit spéciale aux hommes symbolisent dans le langage proverbial le rôle du mai-i, comme la quenouille symbolise celui de la femme. C'est ce que nous montre au xm' siècle le fabliau allégorique de .Sire llain, à qui dame Anieuse son épouse dispute les braies, symbole de l'autorité dans le ménage.

LE VKTEMENT DE LA FIN DU AU MILIEU DU Xir SIECLE

27

un voile (fig. 19). Les braies, le chainse et le bliaud des hommes, jusque vers 1 14(), s'arrêtent un peu au-dessus du genou (fig. 15, 16).

Les braies sont très amples (fig. 14) '. Les hommes de basse con- dition sen passaient parfois '.

Les chausses sont en lin, en soie ou en drap; elles sont cousues.

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Pi^^ 13. Portail de Saint-Gilles vers 1180.

La Tapisserie de Bayeux les montre de couleurs, unies ou rayées de bandes horizontales de diverses nuances.

Le chainse a des manches étroites au poignet.

Le bliaud (lig. l'ij a souvent alors (fig. 15, 16) des manches presque aussi étroites ' ; quelquefois elles sont, au contraire, courtes (fig. l'2) et évasées, laissant voir celles du chainse ^. Le bliaud a

1. Horlu.t Deliciarutn.

2. Voir dans la Tapisserie de Bayeux les soldats et matelots qui entrent dans l'eau. Peut-être cependant les avaient-ils retirées en même temps que leurs chausses et leurs souliers.

3. Fin du x' siècle, Livre des Macctuihéea de Leyde. Vers 1090, Tapisserie de Bayeux.

4. Nous avons vu l'apparition exceptionnelle de cette mode dès la fin du IX* siècle. On la retrouve, exceptionnelle encore, sur les chapiteaux de Vézelay.

28

III, LE VETEMENT A L EPOQUE ROMANE

une large encolure ornée de galons comme les manches et le bas du vêtement. Il est serré à la taille, puis s'élargit et s'évase de façon à former une courte jupe (fîg. 15). Il n'est pas sans analogie avec nos redingotes, car il est souvent fendu de même devant et derrière, pour permettre de chevaucher (fig. 16), mais pour monter à cheval, on sanglait peut-être ces deux pans autour des cuisses comme ceux de la. broigne, de façon à former une sorte de culotte ' (voir au livre IV, chapitre de l'équipement militaire).

Le manteau perpétue la coupe de la chlamyde et du palliiim '^.

Fig. 1 S. Lutteurs. Trumeau de l'ancien portail de Souillac : milieu du xii° s.

Celui des hommes s'agrafe le plus souvent sur l'épaule droite (fig. 16)'', plus rarement sur la poitrine (fig. 15)"*. Il est formé d'une pièce d'étoffe rectangulaire. Quicherat affirme qu'il s'attachait sur la gauche. Cette disposition incommode n'est guère figurée que dans des gravures qui ont été inversées, dans Montfaucon par exemple. Si quelquefois elle ne provient pas d'une erreur du des- sinateur, il est possible encore qu'elle ait été spéciale aux gau- chers.

La chape se répand au xii" siècle; elle sert de manteau de voyage

1. Tapisserie de Bayeux.

2. Ibid.

3. Agrafes, collection Bcurdeley, ï\'"3l, 38, 40.

4. Tapisserie de Bayeux ; spécialement les figures d'Harold.

LE VKTEMENT AU MILIEU ET DANS LA SECONDE MOITIE DU XU*^ SIECLE 29

et préserve de la pluie. Elle se ferme généralement à Tencolure; quelquefois on y pratique des fentes pour le passage des bras, et quelquefois même on y ajoute des manches.

La chape est généralement pourvue d'un capuchon ou chaperon^ et le nom de chaperon commence à désigner un petit manteau à capuchon, diminutif de la chape.

Il va sans dire que le costume des hommes de basse condition était très simple ' ; les paysans, les ouvriers, les moines portaient

Fig. 15. Tapis- serie de Bayeux.

Fig. 16. Tapisserie de Bayeux.

le chainse, le sayon, sorte de tunique, ou la coule, sorte de blouse à capuchon ; des grègues ou des braies, et généralement des chausses, de gros souliers ou des sabots [charholes).

§ II. Le vêtement au milieu et dans la seconde moitié du XII'' siècle.

Orderic Vital nous apprend -, non sans indignation, que vers 1140 il se fit une révolution dans les modes : on porta des chaus- ^ sures à grandes pointes appelées pigaches; les robes et manteaux devinrent traînants; les manches s'élargirent et s'allongèrent au point de couvrir les mains; les cheveux se portèrent longs et frisés au fer, ainsi que la barbe. Grâce à de nombreux monuments de pein-

1. Voirie costume d'un charretier de 1180 d'après un nis. d'Alex. Neckam, De nominihiis iistensiliutn, édition Thomas Wright, p. 109.

2. T. IV, 1. VIII, p. 283.

30

- m. l.E VÊTEMENT A L EPOQUE ROMANE

- 1

/ ^^

Fig. 17. Fig.lS bis. Vi^.ïS.

Statues du grand portail de Chartres (milieu du xii" s.) et restitution.

LE VÊTEMENT AU MILIEU ET DANs' LA SECONDE MOITIE DU XII** SIECLE 31

ture et de sculpture d'un dessin précis, et souvent correct \ nous pourrons, à partir de cette époque, nous rendre plus facilement et plus complètement compte des transformations du costume et de ses détails.

Une révolution se produisit, en effet, vers 1140, et la mode des vêtements long-s pour les deux sexes semble être venue alors d'Orient, par l'intermédiaire des Normands de Sicile. Quant à l'évasemenl des manches, nous avons vu qu'il était préparé depuis plus d'un siècle, et quant aux pigaches, nous verrons que ce fut une autre importation d'Orient.

Le costume des trois derniers quarts du xu'' siècle est élégant et très recherché.

Les braies de toile, toujours flottantes (fig. 14), descendant jusqu'aux chevilles, n'ont pas subi de modification '^.

Le chainse de toile garde les manches étroi- tes; les poignets et l'encolure sont brodés. Le chainse des hommes tombe jusqu'à la che- ville comme celui des femmes.

Le bliaud se fait plus souvent en laine et en soie et tombe également jusqu'aux chevilles (fîg. 17, 18) ; il a une encolure plus dégagée que

celle du chainse, de façon à montrer la bro- Fig. 19. Florence.

derie ou le galon de cette dernière. Pour Biblioth. Lauren- montrer de même les poignets du chainse, les manches du bliaud sont courtes et s'éva- sent très largement (fig. 17, 18). Sa taille est toujours serrée; ses pans sont amples et forment une jupe à plis. L'encolure est ornée de galons et d'orfrois ; souvent aussi le bord des manches, et quelque- fois le bord inférieur du vêtement (fig. 12).

Des bliauds du xii'^ siècle nous ont été conservés dans le Trésor impérial de Vienne ; certains bliauds se laçaient sur le côté ^ ou sur

tienne, xxv. Cod. 3, fol. 145.

1. On peut citer parmi beaucoup d'autres exemples, le Térence de la Bibl. Bodléienne dOxford publ. par la New Paleographical Society, 1905, pi. 63; le ms. 389 de la Bibl. de Douai ; les statues des portails de Chartres, Etampes, Le Mans, Bourges, Saint-Loup de Naud (Seine-et-Marne), Corbeil (transpor- tées à Saint-Denis). *

2. Trumeau de l'ancien portail de Souillac, lutteurs. Hortns deliciariim, manu- scrit enluminé par l'abbesse Herrade deLandsperg, Bibl. de Strasbourg; détruit en 1870, fig. dans Gay, Glossaire, p. 109.

3. /îomaa de /?0H (écrit vers 1170), vers 7055 ,c{. Huon de Bordeaux, vers 6121.

32

m. I.E VÊTEMENT A l'ÉPOQUE ROMANE

les reins. D'autres n'ont qu'une encolure larj^^e accompagnée d'une fente latérale pour permettre de passer facilement la tête par l'en-

Vig. 20.

Kig. 21. Grand portail de Chartres,

Fig. 22.

colure du [bliaud quand on endossait ce vêtement ; cette fente assez courte était pratiquée sur un côté de l'encolure. Elle se fer-

LE VÊTEMENT AU MILIEU ET DANS LA SECONDE MOITIÉ DU XII* SIECLE 33

mait par des agrafes ou par des boutons. En l'ouvrant, on élargis- sait Tencolure. La fig. 12 montre cette disposition dans le bliaud de Munich. Elle ne s'y comprend pas aisément, la restauration, subie par ce vêtement l'ayant quelque peu déformée. Les figures 32 et 32 bis montrent ce qu'elle était à l'origine.

Les hommes portent toujours le grand manteau agrafé (fig. 17, 18) ou lacé sur l'épaule droite ^fig. 255, 256).

Les femmes n'ont pas de braies, mais portent les chausses, le';

Fig. 22 bis.

Fig. 21 bis.

Dames du milieu du xii' s. d'après les statues du grand portail de Chartres.

chainse et le bliaud, tombant tous deux jusque sur les pieds, le chainse dépassant quelquefois légèrement le bliaud.

Celui-ci peut avoir des manches larges et évasées plus souvent que le bliaud masculin. Elfgifva sur la tapisserie de Bayeux, Judith sur un chapiteau du Vézelay suivent cette mode qui doit être aris- tocratique, car la servante de Judith n'a que des manches étroites.

Les manteaux ont les formes déjà usitées à l'époque carolin- gienne : le voile se pose sur la tête (fig. 19, 22) et il est d'un grand usage, car les femmes ne sont admises à l'église que la tête cou- Manuel i>' Archéologie française. III. 3

34 m. LE VÊTEMENT A l/ÉPOQUE ROMANE

verte. Elles portent encore la chasuble ', et souvent la chape ou

Fig. 23. Fig. 23 his.

Statue du portail de Saint- Loup-de-Naud (Seine-et-Marne) et restitution.

manteau de pluie (fig. 6, 40). La chape diffère de la chasuble en ce qu'elle est munie d'un chaperon ou capuchon ^. Souvent, comme

1. Elfgyfva sur la Tapisserie de Bayeux.

2. Les Saintes Femmes au tombeau, chapiteau de Mozat (Puy-de-Dôme). Manuel d'Archéol. franc. , l. \, fig. 1S9. Judith et sa suivante, chapiteau de Vézelay.

LE VÊTEMENT AU MILIEU ET DANS LA SECONDE MOITIE DU Xn« SIECLE 35

à l'époque précédente, une seule pièce d'étoffe, ouverte du haut en bas, découpe très simple, couvre la tête et les épaules (fig. j9,

^''S- 24. Fig. 25.

Détails de statues du grand portail de Chartrps.

et tient par une seule agrafe ou fibule {fermail) fixée en haut de la poitrine ; on peut orner ce voile d'un galon ou d'une broderie sur le bord ^ .

Dans la seconde partie du xn^ siècle, depuis 1140 environ, le 1. Sur le chapiteau de Vczelay, le manteau de Judith a seul le bord perlé.

36

III. LE VETEMENT A L EPOQUE ROMANE

costume des femmes devient extrêmement original et fort gracieux, du moins pour les pei'sonnes bien faites, qu'il met en valeur, car c'est avec insistance que ce costume suit les formes du corps, et les souligne (fîg. 20 à 25 his).

]je chainse et le bliaud retombent sur les pieds chaussés de sou- liers de cuir légèrement en pointe ; des jarretières fixent les

chausses bien tirées. Les poignets du chainse sont brodés ainsi que l'encolure dégagée du bliaud (fig. 23 et his). Le bliaud se fait en étoflTe fine et très élastique, il est extrêmement ajusté, il moule le torse, y compris les hanches et le ventre tout entier. A partir des hanches et de? aines, il forme une jupe tombante à petits plis très nombreux. Cette jupe est faite d'une autre pièce d'étoffe. Les manches sont ajustées jusqu'aux coudes ; là, elles prennent brus- quement une largeur telle qu'elles forment de grands pans qui tombent soit jusqu'aux genoux, Fig. 2b bis. Restitution, d'après soit jusqu'aux chevilles et dont les

Chartrtf"' "^^ ^'^""^ ^""^''^ "^^ extrémités sont même quelquefois

nouées ^ pour ne pas traîner sur le sol (fig. 21, 21 his). Ces retombées de manches sont quelquefois plissées comme la jupe du bliaud (fig. 20). Sur le torse et sur l'a- vant-bras, le bliaud est souvent gaufré (fig. 20, 21 , 23 et bis ; 25 et his), soit qu'il se compose d'un tricot formant un dessin « en nid d'abeilles », soit que le dessin s'obtienne au fer chaud ou par pres- sion entre des moules de buis. Quelquefois, les plis décrivent des courbes qui suivent les formes du corps. Quelquefois, les gaufrures n'existent que sur une partie du vêtement (fig. 20-22 et his). Sur ce bliaud se passait une très longue ceinture ; c'était (fig. 21, 22 et bis) une cordelière de soie, de laine ou de lin, ou une tresse de lanières de cuir [lorins ou courroies) ciselées et tailladées, d'un travail curieux et compliqué. Cette ceinture faitdeux foi s le tour du corps,

1. Portail royal de Chartres.

LE VÊTEMENT AU MILIEU ET DANS LA SECONDE MOITIÉ DU XII*^ SIÈCLE 37

d'abord à la taille, elle se noue une première fois sur les reins ; de elle passe sur les hanches et dans le pli des aines pour venir se nouer une seconde fois par devant * , en laissant retomber entre les jambes deux bouts égaux qui s'arrêtent vers la cheville.

Flntre le chainse et le bliaud pouvait se placer un doublet de toile, sorte de court corsage avec ou sans manches, quelquefois fourré, ou un peliçon, corsage sans manches, fait d'une fourrure entre deux étoffes. Ils rendaient les mêmes services que le corset actuel, con- curremment avec le gipon, vêtement de coupe analogue, fait de toile gaufrée, lacé sur le côté, et qui se mettait au-dessus du bliaud.

La guimpe ou guimple était une pièce de tissu léger dont les femmes s'encadraient le visage en le laissant retomber sur la poi- trine de façon à cacher plus ou moins le cou (fig, 24). Cet accessoire est surtout porté par les religieuses, veuves et femmes âgées ^.

Le manteau, de même forme et de même dimension que celui des hommes, s'attachait quelquefois de même sur l'épaule droite ^ (fig.- 25, 25 his)^ mais plus souvent sur la poitrine. En ce cas, il peut être retenu soit par une agrafe ou fibule, soit par un bouton double semblable à nos boutons de manchettes (fig. 267), soit par une cordelière passée dans des œillères (fig. 21, 21 bis) et que l'on peut lâcher ou serrer (lig. 41) plus ou moins selon que l'on veut plus ou moins ouvrir le manteau, ainsi qu'on le verra au livre suivant.

1. La double ceinture des paysannes portugaises peut être une persistance de cette mode.

2. Portail royal de Chartres. Cf. rec. Gaignières, 230, effîgie funéraire de Denise d'Echauffoiir, abbesse de la Trinité de Caen.

.3. Portail royal de Chartres.

CHAPITRE IV

LE VKTEMENT AU XIII» SIÈCLE ET AU COMMENCEMENT DU XIV» SIÈCLE.

Sommaire. I. Généralités. II. Vêtement masculin. Robes linges ; chausses ; vêtements de dessous. III. Cotte, corset et surcot. IV. Variétés du vêtement de dessus ; manteaux. V. Vêtements [popu- laires. — VI. Les manches. VII. Fichets et fausses bourses. VIII. Vêtements partis et vêtements armoriés. IX. Le costume et le main- tien des femmes. X. Robes linges et vêtements de dessous. XI. Cotte et surcot. Manclies. XII. Variétés du vêtement de dessus. XIII. Lois somptuaires.

§ I. Généralités.

.^u XIII® siècle, Tari du vêtement comme les autres arts trouve la beauté clans la simplicité. Par sa suprême élégance celte période égale l'antiquité grecque. Le costume des deux sexes continue d'être presque semblable. Le bliaud roman passa de mode : vers 1230, il disparaît des sceaux, mais vers 1200, le roman de VEs- coufle cite encore comme un vêtement élégant un bliaud de Syrie '. Nous le voyons mentionné bien plus tard: vers 1280, dans le Roman iV Aliscans ^ ; en 1316, dans Godefroy de Paris, on trouve encore ce nom pour désigner le costume de Philippe le Bel 3, mais il est hors de doute qu'ici le vieux mot s'applique à la mode nouvelle, et l'on peut se demander s'il n'en est pas de même dans le registre les frères Bonis de Montauban "* ont mentionné deux fois, en 1338, la vente de hlizauts, l'un pour homme, l'autre pour femme. Le mot provençal hiaiido, en français hloiize, au xvin" siècle, et aujourd'hui blouse, ou en Normandie Mande, témoigne que le bliaud est parvenu jusqu'à nous comme vêtement populaire"' : il est l'origine de notre blouse, qui en garde à peu près les formes, et représente le dernier état d'une tradition continue.

1. Vers 32S3.

2. Vers 2567.

3. Vers "07S.

4. Ed. Forestié, Les Livres des frères Bonis, Introd., p. i.xiii.

5. Bibl. Nat., ms. fr, 8551, fol. 33.

VÊTEMENT MASCULIN. ROBES LINGES 39

Quant au chainse, il continue, lui aussi, d'être mentionné, n)ais sans grande fréquence, et surtout comme vêtement d'enfant. Il est nettement distinct de la chemise, et se porte au-dessus.

On appelait robes linges tout ce que nous appelons articles de lingerie, et robe ce que nous appelons ' un complet, c'est-à-dire l'ensemble assorti des pièces d'un costume. Chacune de ces pièces s'appelait un (jarnemenl ; ainsi l'on disait, par exemple : « une robe de trois garnements, cote, surcot et chape. »

l'in italien, le mot roba s'est étendu jusqu'à désigner l'ensemble de tous les objets mobiliers : chose, article, affaires, marchandise ; en français, il s'est au contraire restreint. Déjà au xni® siècle, « robe » est parfois synonyme de cotte ou de garde-corps.

D'une façon générale et pour les deux sexes, entre 1180 et 1340, les vêtements sont la chemise, la cotte, le surcot ou un vêtement simi- laire, le manteau, la ceinture, les chausses et un bonnet, chapeau ou couvrechef, des souliers pointus, sans exagération, mais dont la pointe s'accentuera au xiv^ siècle ; enfin, très souvent des gants.

!^ II. Vêlement masculin. Robes linges. Chausses. Vêtements de dessous.

En se levant, on passait d'abord les braies et la chemise (fig. 26) que l'on avait roulée et placée en se couchant sous l'oreiller. Elle était quelquefois en soie ; généralement en toile fine ou cainsil ou bien en toile bourgeoise. Jamais elle n'était serrée dans le braier, mais retombait par-dessus les braies^. La chemise des hommes était courte, comme les camisoles actuelles ; elle était fendue dans le bas devant et derrière, comme les bliauds et les chainses de l'é- poque romane, sans doute pour pouvoir mieux se serrer autour de la taille sous la ceinture du vêtement de dessus. Quelques textes * nous initient à une habitude populaire qui consistait à nouer de l'argent dans les pans de la chemise, comme on fait aujourd'hui du coin d'un mouchoir. Les chemises de luxe étaient brodées ; chemises

1. Forestié, ouvr. cité, p. lxxvii [fiinbria.).

2. Bibl. Nat., roman de Lancelot, ms. fr. 3i2, fol. 42 ; cf. ms. fr. 938 (exécuté en 1279), fol. 105 v°.

3. Jean de Brie, Le bon berger, cliap. viii, p. 170. Cf. le fabliau Du Preslre et (les II Ribauz, fabliau LXII, rec. Montaiglon. Un des nœuds contient à lui seul 14 pièces de monnaie, et il y en a 10 autres d'après ce récit, poussé évidemment à la charge.

40 ^ IV. LE VÊTEMENT AU XIIl" SIÈCLE

de baptême ou de noce. On trouve au xiv® siècle des chemises gar- nies de dentelle ou d'un travail analogue * .

Les braies se faisaient en toile ou en cuir ''^. Les braies de cuir étaient en deux pièces. Celles de mouton ne valaient rien, celles de truie étaient estimées ; les meilleures avaient la pièce de dessus en cerf ; celle de dessous en cheval ^. Les braies de cuir pouvaient être très courtes, comme nos caleçons de bain, mais les braies de toile étaient restées amples et longues "*. On emprisonnait le bas des braies sous le haut des chausses •'. La jambe des braies, appelée tuiel ou tijuel ^, peut atteindra le bas du mollet' ou la cheville ^; un larron qui a dérobé des braies très longues déclare qu'elles lui viennent jusqu'à l'orteil^. Ces jambes peuvent avoir exactement la forme du pantalon actuel ^'^ ou bien être plissées à menus plis *' ou encore affecter la forme d'une culotte bouffante et se rétrécir en bas^2.

Les braies de toile avaient des passepoils ou parfihires en soie de couleur'"'. Les braies sont serrées à la taille par le braiel, braieul ou braier de fil, de coton ^'' ou de cuir*^ auquel s'attachent des jarre- telles qui servent à relever le bas des braies (fig. 26) pour donner plus d'aisance aux mouvements'^.

Au braiel s'attachaient divers objets (fig. 14), tels que les clefs,

1. Foreslié, ouvr. cité, p. i.xxvii (fimbria).

2. Jean de Garlande, 1225. Etienne Boileau, Le Livre des Mestiers, 1260.

3. Ibid.

4. Figures de lutteurs, par exemple : Bibl. Nat., ms. fr. 844, f" 4S, Album de Vilard de Honnecourt, pi. XXVII, Maison du Parvis N.-D. à Chartres ; cathé- drale de Gênes, angle sud-ouest de la façade ; stalles de Poitiers ; stalles de Ghillon provenant de Lausanne.

5. Figures de l'Orgueil désarçonné : Album de Vilard de Honnecourt et porche sud de la cathédrale de Chartres.

6. Sire Hain et Dame Anieuse, rec. Montaiglon, fabliau VI ; De Barat et de Haimet, th. CXVII.

7. B.-rel. façade de N.-D. de Paris, fig. 26.

8. Hortus deliciarum, v. 1180 ; xiii" siècle. Miniature du Roman de Lancelot, B. N., fr. .342, fol. 42.

9. De Barat et de Haimet, rec. Montaiglon, fabliau XCVII.

10. B. N., ms. fr. 342, fol. 42. Cathédrale d'Amiens, soubassement du grand portail. Faucheur de blé.

11. Le Dit de la Nonnelle, fabliaux, rec. Montaiglon, append. III.

12. Hortus deliciarum. Façade de N.-D. de Paris; B.N., ms.fr. 938, fol. 105 v°.

13. Et. Boileau, Livre des Mestiers, titre XXXIX. Des braaliers de fil.

14. 1238, Forestié, ouvr. cité, p. i-xx.

15. Le Livre des Mestiers, Le Dit de la Nonnette.

16. Cathédrales d'Amiens et de Paris, Façades.

VETEMENT MASCULIN. ROBES LINGES

41

la bourse^. Les clercs y suspendaient leur écritoire^. Au xiv'' siècle le braiel peut devenir une très élégante ceinture. Les chausses pou- vaient s'attacher par des jarretières, ou, comme on Ta vu, par les jarretelles fixées au braiel et servant aussi à remonter le bas des braies. Le plus souvent sans doute elles portaient une coulisse,

Fig. 28. FifT. 27.

Façade de N.-D. de Paris, vers 1230.

Fig. 26.

comme celle des braies, et un cordon, disposition que nous avons rencontrée dès le vii^ siècle.

Les chausses étaient en étoffe de fil, de laine ou de soie, cousues, de si bonne coupe et d'étofTe si souple qu'elles moulaient parfaite- ment la jambe : tous les monuments figurés sont d'accord pour nous montrer des chausses absolument ajustées, et ne faisant pas de plis à l'inverse de celles que montrent encore au xii" siècle les statues du grand portail de Chartres. Les chausses étaient généralement en drap uni^; cependant, on trouve des chausses de drap mêlé et

1. lîibl. Nat., ms. fr. 844, fol. 49.

2. Des Braies au Cordelier, rec. Monlaiglon, fabliau LXXXVIII.

3. Forestié, ouvr. cité, p. \.xx {Causas); cf. J. M. Richard, Mahaul.

42 ^ IV. LE VÊTEMENT AU XIII* SIECLE

de drap gaufré ' et quelques autres à dessins^. Les couleurs étaient diverses : les comptes des frères Bonis ^ montrent qu'à Montau- ban, au xiv" siècle, on en portait de drap mêlé, de vert d'Ypres, de camelin blanc, de blanquet, de brunette noire, de brun, de drap rosé, de bleu, de bleu pers. A la même époque, la comtesse d'Ar- tois et son fils portent quelquefois des chausses blanches ; presque toujours des chausses de pers ou de pers-encré '*. En 1309, elle donne à une mariée des chausses de cendal ardent '.

Vers 1300, commença la mode des vêtements partis, et dès lors, on porte souvent deux chausses de couleurs ditférentes.

Il existait des chausses semelées avec lesquelles on pouvait «sorLir sans souliers (fîg. 27 ; 28).

Les personnages de distinction commandaient leurs chausses à leur tailleur, mais beaucoup d'autres les achetaient toutes^ faites, et leur fabrication occupait la corporation des chauciers ® ou chaus- setiers, spécialement dans les villes qui les fabriquaient pour l'ex- portation '^, surtout en Flandre.

On mettait sur la chemise, quelquefois au xn" et au xiii'' siècle, et presque toujours au xiv*', le doublet (prov. cloble), vêtement de dessous à l'usage des deux sexes. Il se faisait d'une double toile de lin ou de coton piquée et ouatée, et pour que les acheteurs ne fassent pas trompés, un statut des tailleurs de robes de Paris, promulgué en 1323, les astreignit à faufiler sur le collet un échantillon de tous les garnements intérieurs^. Le doublet n'avait généralement pas de manches et n'avait guère plus de 75 centi- mètres de long; c'était un équivalent des camisoles actuelles '•'.

1. « Drap gaugat », Foreslié, jfat'd.

2. Chausses de soie ronces, c"6st-à-dire ornées de cercles, mentionnées au xiii« siècle, dans le romande Flamenca. Langlois, La Société française au XII I' siècle, 110.

3. Forestié, ouvr. cité, p. t.xx.

i. De 1310 à 1323. Voir .1. Richard, Mahaul, comtesse dWrhois, p. 163, 172, 173,174, 176, 178, 179, 183, 188, 190, 192, 193, 224. .'). Forestié, ouvr. cité p. lxx.

6. Le Livre des Mesliers, titre LV.

7. « Bonnes chauces de Bruges » (Les II hordeors ribauz, rcc. Montaiglon, fabliau I).

8. Gay, Glossaire, p. 514. En 1352, le compte royal d'Estienne de La Fon- taine, p. 9i, 96, cité par Gay, Glossaire, mentionne des « doublés a vestir, fais de fine toile de Reins, poins a cotons entre deux toilles ».

9. En 1338, quelques-uns, plus amples, sont mentionnés au registre des frères Bonis sous la rubrique : n pasa gran forma ». Forestié, ouvr. cite,

p. LXXVI.

COTTE, CORSET ET SURCOT 43

Ce vêtement se répandit assez au xiv® siècle, pour justifier la créa- tion de la corporation des doubletiers à Paris \ où, du reste, ils fabriquaient pour l'exportation. En 1338, à Montauban, Bonis ven- dait des doublets de lin de Paris et c'est de Paris qu'il rapporta à une voisine 23 doublets à la fois. Ils étaient rouges ^ ; mais plus sou- vent ce vêtement était blanc.

Le doublet de coton se nommait futaine, du nom de l'étoffe qui servait à la confection^. Il y avait aussi des doublets garnis de four- rure. Au xiv« siècle, le doublet devient parfois un vêtement de des- sus, on en fait alors beaucoup en satin '.

La jiibe ou le gipon était un vêtement fait le plus souvent de futaine blanche, noire ou de couleur, ouaté et piqué. Il est dou- teux que ce soit, comme on l'a dit, un vêtement de dessus. Dans les comptes des frères Bonis, la jubé est nettement distincte du double •"'.

Une variété analogue de vêtement, est la cotte gamhoisée, c'est-à- dire rembourrée, dont il est question en 1311, dans une ordonnance des Métiers de Paris et que le Pèlerinage Je la Vie humaine appelle ganiheison. Les figures de ce poème montrent une cotte rembourrée fendue sur la poitrine et avec demi-manches ".

]^e pelisson continua sans doute d'être un vêtement de dessous. Cependant, on le faisait aussi comme vêtement de dessus, en riches étoffes de soie et luxueuses fourrures ; en 1310, ceux de Robert d'Artois, garnis de cendal vert et vermeil, avaient des boutons d'argent '' .

§ III. Cotte, corset et surcot.

La cotte ou cotele (tunica) se faisait le plus souvent en lainage. On estimait les cottes d'estanfort ; saint Louis portait la cotte de camelot. Les couleurs étaient très variées : bleu, rouge, vert, etc.

Ce vêtement était une sorte de blouse ajustée sur le lorse, un peu plus ample à partir des hanches, et descendant jusque vers le genou. Les manches étaient étroites du coude au poignet. Au com-

1. Le Livre des Mesliers, p. 414, note.

2. Forestié, ouvr. cité, p. lx.wi.

3. Ibid.

4. Voir Gay, Glossaire.

5. Forestié, ouvr. cité.

6. Biblioth. de Douai, ms. 768, fol. 29.

7. J. M. Richard, ouvr. cité, p. 175.

COTTE, CORSET ET StlRCOT 45

mencement du xiii^ siècle, la cotte descend généralement à mi-mol- lets ; à lafin, elle s'allonge souvent jusqu'à la cheville.

On a.ppe\a'\l soiiqaenie unecotte à buste très ajusté. Sur la cotte, on endossait le surcot ou sercotel [superlunicalis]^ vêtement de même coupe et de même longueur (fig. 27, 28, 30).

Vers 1220, apparaît une mode que saint Louis suivit : c'est celle du surcot sans manches (fîg. 31), laissant voir celles de la cotte ', de couleurs dilïerentes ^ ; il y eut aussi des surcots à demi-manches. Gomme la manche du surcot était extrêmement ajustée du coude au poignet, on n'eût pu y passer les mains si les poignets n'avaient été munis d'une fente boutonnée, allant souvent jusqu'au coude. Les boulons ou noiaiix étaient très petits et ronds. Cette mode s'appliquait à la cotte quand le surcot n'avait pas de manches longues. C'est l'origine d'une disposition de vêtement qui n'a point encore cessé d'être en usage. Le surcot se faisait de diverses étoffes, généralement plus riches que celles de la cotte et telles qu'écarlate noire, camelin ou autres draps d'outremer, cendal, samit, diaspre doré •*. Saint Louis se contentait de la tiretaine. Vers la fin du xiii^ siècle, le surcot est devenu un vêtement que l'on ôte volontiers dans l'intérieur sauf pour les repas. Joinville parle d'un « surcot à man- ger "* » et le roman du Châtelain de Couci'' nous montre le maître de maison se faisant apporter son surcot au moment du dîner ; il l'en- dosse pour se mettre à table. L'encolure du surcot était ronde et assez dégagée. Pour permettre d'y passer la tête, elle était pourvue d'une fente, assez courte, que l'on appelait amigaut . Quelquefois on continua de la pratiquer, comme au xu" siècle, sur un côté de l'enco- lure, en la fermant de boutons. C'est ce que montre encore dans la seconde moitié du xin^ siècle la statue funéraire de Philippe, frère de saint Louis (iig. 32). La fente latérale de son encolure (fîg. 32 hi.s) est fermée de quatre boutons. Plus souvent l'amigaut descend verticalement de l'encolure même sur le milieu de la poitrine. Il se

1 . Nous le trouvons sculpté vers cette date sur le soubassement du grand portail de la cathédrale d'Amiens; en 1248, il est porté par l'effigie funéraire de Jean, fils de saint Louis, à Saint-Denis (Guilhermy, /nscr., II, 156) ; en 1238, par Adam de Villebéon, tombée l'abbaye du Gard, Gaignières 769; en 1265, par Thomas de Roumain à Toussaints de Chàlons-sur-Marne, ibid., 402, etc.

2. En 12 i7, dans une fête donnée à Saumur, saint Louis portait un surcot et un manteau vermeils sur unecotte inde (vert bleu).

3. Roman de Galeran.

4. Édit. N. de Wailly, § 137. Quicherat y voit à tort une faute de tran- scription pour « surcot à manches ».

5. Ch. V. Langlois, La Société française au XIII* siècle, d'après dix romans d'aventure, p. 193, note.

46 . IV. LE VÊTEMENT AU XIII^ SIÈCLE

fermait le plus souvent au moyen d'un fermait (voir t. IV) qui prenait à la fois l'amig-aut du surcot de la cotte et de la chemise ; d'autres fois, il se boutonnait.

On appelait également amigaut une sorte de col ou de mou-

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rig. 32. Tombeau de Philippe, frère de saint Louis, à Saint-Denis (provenant de Royaumont), seconde moitié du xiw siècle.

choir de linge qui garnissait cette ouverture et qui était analogue à Tamict du prêtre^. Des textes du xiv" siècle prouvent qu'il s'em- pesait alors à l'amidon ^.

1. Exemples à la fin du xiii* et du xiv" siècle dans les manuscrits, Bibl. Nat.,fr. 854, fol. 12 v°, 49, 108 v»; 12473, fol. 75 V.

2. Gay, Glossaire.

VARIETES DU VETEMENT PB DESSUS, MANTEAUX

47

Depuis 1300 environ, on laissa quelquefois cette fente ouverte, et ses rebords intentionnellement allong^és furent rabattus de façon à former des revers (Kg. 154j, origine de ceux du costume actuel '.

Le surcot était de longueur variable : il pouvait s'arrêter peu au-dessous du genou (fîg. 27, 28; 34) ou descendre (fig. 31, 33, 38) presque jusqu'à la cheville. On le fendait depuis le bas jus- qu'à Tenfourchure devant et derrière, pour faciliter les mouvements du cavalier et de l'ouvrier. Les deux coins de la fente de devant pouvaient se relever et se pi-endre dans la ceinture ^ (fig. 27 ; 30). Depuis 1225 environ, le surcot, qui tend à s'allonger, peut se relever au-dessus de la ceinture et former une retombée qui la cache. Le surcot pouvait être oiné de broderies, d'orfrois, de pas- sementeries.

§ IV. Variétés du vêtement île dessus. Manteaux.

Le surcot est de type presque uniforme dans la première moitié du xin® siècle. Dans la seconde, d'assez nom- breuses variantes s'introduisent dans le vête- ment de dessus.

I^es Assises de Jérusalem nous apprennent que vers 1250, dans les colonies françaises de Chypre et de Syrie, on portait la cotte en été ; en hiver la rohe. En 1312, c'est un garde-corps que l'on fit au jeune Robert d'Artois « pour veslir les matins pour la froi- dure •* ».

Un texte de l'année précédente nous apprend que le garde-corps et le corset, dont il est souvent question dans les comptes d'Artois, sont identiques : il s'agit, en effet, de la con- fection d'un vêtement et de sa fourrure : l'étoffe est achetée ^< pour faire un gardecors » et l'on ajoute « une pane de menu vair audit corset ' ». I^e corset est signalé depuis 1239 par Gay, et Joinville le portait ''.

Fif,'. 32 bis. Phi- lippe, frère de saint Louis.

1. 2' moitié du xui' siècle, Bibl. Nal., ms. fr. 854, fol. 147 V.

2. Les travaux des mois vers 1225 à la cathédrale d'Amiens et à N.-D. de Paris ; cf. Dalle funéraire de 1294 à Baubigny (Guilhermy, Inscr., t. III, p. 136).

3. J.-M. Richard, Mahaut, p. 177.

4. Ibid., p. 176.

5. Édit. N. de Wailly, § 409.

48 IV. LE VÊTEMENT AU XIIl^ SIÈCLE

C'est évidemment une variété du surcot. Toutes les robes de Marguerite de Ilainaut ' et de Mahaut d'Artois en 1298 et au com- mencement du xiv** siècle comprennent cotte, surcot et garde- corps; quant au mot robe^ appliqué à une seule pièce de vêtement, on le trouve non seulement dans les Assises de Jérusalem, mais aussi assez souvent au commencement du xiv" siècle, à Montauban dans les registres des frères Bonis. De tout ceci on peut inférer que (jarde-corps, robe ou corset s'entend une sorte de surcot qui rem- plaçait le surcot ordinaire ou s'y superposait en temps froid. Il était, du reste, quelquefois rembourré d'ouate ^. Il se faisait en belle étoffe, souvent de soie.

On peut l'assimiler à un vêtement fréquemment représenté à l'époque qui nous occupe ^, sorte de surcot aisé et flottant, sans ceinture, souvent court et souvent pourvu de fentes latérales dans le bas, avec des manches courtes et larges (fîg. 32, 33) ou sans manches, analogue d'aspect à la dalmatique. Il pouvait être lacé * et avoir un capuchon •',

Une variété analogue de vêtement de dessus, inaugurée à la fin du XIII® siècle, jouit de la plus grande faveur au xiv*' : c'est la colardie [lunica audax). Celle des hommes est une sorte de surcot ajusté sur le buste et formant une jupe ample et longue, souvent pourvue de fentes latérales, boutonnées (fîg. 33), comme l'amigaut. Les manches, courtes et amples, se portent souvent déboutonnées ou dé- passées et flottantes (fîg. 32 à 34], comme on le verra plus loin.

hdi garnache {^ro\. guanag), portée dès le xiii® siècle, très usitée au XIV®, était une sorte de manteau à fentes latérales et relevé sur les bras, comme une chasuble, ou quelquefois pourvu de manches. Il pouvait être en laine ou en soie, doublé et bordé de pelleterie, ou simplement en toile verte ou vermeille ou encore en futaine blanche, avec garnitures de cendal ou de demi-soie comme les gre- naches d'été qui se faisaient à Montauban au commencement du XIV® siècle. Nous y trouvons aussi alors la simple garnache de lin. Il y est fait aussi déjà mention du jaque [gacque) qui remplacera plus tard le surcot (voir p. 79).

1. Kdit. N. de Wailly, pièce justificative n" 1 et chapitre xiv ; Bibl. Nat., ms. fr. 12i73, fol. 94.

2. 1338, Montauban; Forestié, ouv. cité, p. lxxxj, Guaracors.

3. Gaignières, Tombeaux, 145, abbaye de Barbeaux, 1234 ; Evrard Poliet, 182, 183, Abbaye de Beaulieu, 1285 et 1292, 548; Robert, comte de Dreux, 1281 ; Guilhermy, Inscr., III, p. 136, Baubigny.

4. Forestié, ouvr. cité, p. lxxxi.

5. Ibid.

VARIETES DU VETEMENT DE DESSUS. MANTEAUX

49

Ces garnaches d'été pouvaient être de diverses couleurs.

A Montauban, vers le milieu du xiv'' siècle ', les mots rauba, giionn, guonela, robe, gonne, gonnelle, désignent des vêtements de dessus longs mais distincts des pi'écédents. On risquerait de s'égai-er en cherchant à préciser leurs formes.

Le surcot, la cotardie, le corset ou gardecorps, la robe ou la gonne se font en diverses étoffes, doublées de tissus pour Tété et de

Fig. 33. Façade de la cathédrale de Strasbourj;. Vers 1300.

Fig. 3«. Richard Cœur de Lion sous un dégui- sement, en 1196. D'a- près deux dessins de Pierre d'Eboli (Parli- cula, .\xxiv).

pelleteries pour Thiver. Vers l'iOO, le surcot de Guillaume de DôIe est doublé de cendal vermeil ; celui de Galeran est fourré d'hermine ^, et le fabliau (ÏAuherée en mentionne fourrés de vair ou de menus écureuils. En 1247, à la fête donnée dans les halles de Saumur, saint Louis avait revêtu un surcot de samit vermeil fourré d'her- mine comme son mantel. On a vu qu'ordinairement il portait un surcot de tiretaine.

Dans les comptes de Mahaut d'Artois apparaissent, de 1320 à J327, divers lainages pour surcots : meslé, marbré, rayé, écarlate, vert, bleu ; tiretaine ^.

Dans les registres des frères Bonis à Montauban, quelques années

1. E. Forestié, Livres des frères Bonis, p. lxxvi, lxx.m.

2. Ch. V. Langlois, ouvr. cité.

3. J.-M. Richard, Mahaut.

Manuel d'Archéologie française.

III.

50

IV. LE VKTEMENT A L EPOQUE ROMANE

plus tard, nous trouvons le meslé, le burel, le lustré, la futaine, et des couleurs variées.

Les textes rassemblés par Gay ' montrent des colardies de drap de Frise (1335) sans fourrure et avec collet (1393), une cotardie de drap pour la nuit, sorte de robe de chambre (13'20), une cotardie de chasseur (1309) mêlée de couleurs vert et bois; des cotardies de charretier en camelin (1317) et en drap rayé (1334).

La housse était un court pardessus à larges manches, fendu sur

35.

FiK. M).

iMK'. 37.

Trois troubadours de la fin du xiii" s. Bibl. Nat., ms. fr. 884, fol. 85; 12473, fol. 15; 108, 111 V.

les côtés et assez analogue à la dalmatique (fîg. 35). Elle paraît être l'origine du tabart que portaient les hérauts d'armes à la fin du Moyen Age. Saint Louis portait une housse de soie ^.

Au commencement du xn'*-' siècle, il est assez souvent question de la housse dans les comptes d'Artois, tandis qu'elle n'apparaît point dans ceux de Montauban.

Ijehargau était une variété de housse. Joinville lit présent, à quarante chevaliers, de cottes et de hargaus de drap vert ^.

La cloche était un vêtement de dessus très ample, que les cheva- liers portaient pour voyager et qui semble devoir être classé dans la catégorie des manteaux. La cloche était fendue devant et der- rière, quelquefois peut-être sur les côtés. Deux textes de 1310 '

1. Glossaire, coite hardie.

2. Édil. N. deWailly, §309.

3. Édit. N. de Wailly, § 567.

4. J.-M. Richard, Mahaul, p. 174.

VARIÉTÉS DU VÊTEMENT DE DESSUS. MANTEAUX 51

montrent qu'elle pouvait avoir un chaperon. On peut supposer que c'était une variété de la chape.

La chape (pluvialis), dite aussi parfois dans le Midi balandras, continua de se porter et de servir surtout pour le voyage et contre la pluie. Elle avait un capuchon ou chaperon qui de plus en plus fréquemment s'en détachait pour former une pèlerine à capuchon ditec^a/jero/i* (fig. 35 ; 47 à 53). En 1202, Philippe-Auguste s'était fait faire une chape de pluie à capuchon fourré. Les lainages imper- méables, camelin, écarlate et autres servaient généralement à sa confection. Certaines chapes avaient des manches.

Le manlel {palliurn) ressemble beaucoup à la chape; il est plus ample encore et se compose d'une grande pièce d'étoffe coupée en rond, avec, au centre, une encolure circulaire et une fente de l'en- colure au bord. L'usage de l'agrafer sur l'épaule droite comme la chlamyde antique se perpétue aux xin*^ et xiv® siècles, surtout dans le Midi 2.

Il se fixait sur l'épaule par un fermail, par une aiguillette, ou par des boutons (fig. au livre III, chap. i). On le rendit parfois plus commode en y pratiquant à mi-hauteur une fente pour le bras gauche. C'est une mode qui semble particulière au Midi ' (fig. 36, 37).

C'est à cause de sa coupe circulaire que le manteau était quelque- fois dit à fond de cuve, parce qu'elle le faisait ressembler aux toiles dont on garnissait l'intérieur des baignoires de bois pour protéger les baigneurs contre les échardes.

La chance manie était un manteau réputé élégant au xiii^ siècle, peut-être ce que nous appelons la mante. Mais le manteau le plus usité au xni" et au commencement du xiv*' siècle, et qui apparaît quelquefois dès la fin du xni" dans le costume féminin, est le mantel ou la chape, simplement posé sur les deux épaules et retenu par une bride, cordelière ou attache qui passe sur la poitrine, à la dif- férence de la chape qui se fermait par un mors ou par un fermail. Cette cordelière s'accroche généralement au fermail du surcot (fig. 43), de façon à ce qu'elle ne puisse céder au poids du manteau et venir heurter le cou en laissant le manteau glisser des épaules. Du reste, c'était un geste habituel que de retenir d'un doigt la corde-

1. Voir ci-après, livre III, chap. i, § IV.

2. Sceau de la ville de Nîmes, en 1226.

3. Bibl. Nat., ms. fr. 854, fol. 15, 26 v, 39, 91 v°, 95 v°, 98 v», 123 ; ms. fr. 12173, fol. 15,82.

52 IV. LE VÉTEMEXT A l'ÉPDQUE ROMANE

lière du manteau (fig-. 42, 180). Cette cordelière était quelquefois double et g-énéralement elle passait dans des œillets. Elle était rete- nue par deux houppes ou glands; elle formait ainsi tirettes, et ce dispositif permettait de rapprocher sur la poitrine les bords du man- teau; on le fi.x^ait alors en nouant les bouts de la cordelière [tig. 41). Les manteaux étaient presque toujours fourrés de pelleterie. Le mantel ordinaire de saint Louis * était de cendal noir; pour une fête, il en revêtit un de samit vermeil fourré d'hermine.

Le mantel pourvu d'un capuchon s'appelait huque.

Des textes littéraires nous apprennent qu'avant de se présenter à un personnage de distinction on ôtaitson manteau ^ et cela n'a rien qui doive nous étonner : la bienséance veut encore qu'un homme le retire en visite.

Diverses statues, spécialement à la cathédrale de Reims, dans la seconde moitié du xni" siècle, portent la toge romaine, mais comme elles figurent des personnages d'autrefois et s'inspirent de modèles antiques, il est plus que probable que leurs auteurs n'ont pas copié un costume de leur propre temps.

§ V. Vêtements populaires.

Les costumes des gens du peuple pouvaient être plus ou moins simplifiés : le ménestrel Jouglet porte chemise, braies, cotele et surcot ^, mais le paysan dépeint dans le fabliau de Boivin de Pro- vins ^ pousse la simplification à l'extrême : il se contente d'une cotte de bure grise, d'une coiffe de bourras, de gros souliers et d'une grande bourse, et sa barbe n'est pas rasée depuis un mois.

Selon le fabliau de VOastillemenl au vilain'^, cq\\x\-c\ doit pos- séder :

1. Joinville. Édit. N. de Wailly, p. 35,93, 507, 508.

2. Voir Guillaame de Dôle, Langlois, I, pp. 68 et 87, et VEscoufle, ibid., p. 122.

3. De Jouglet, rec.Monlaiglon, fb. XGVIII.

4. Ihid., fb. GXVI. Vestus se fu d'un burel gris,

Cote et surcot et chape ensemble,

Qui fut tout d'un, si coni moi semble.

Et si ot coilTe de borras

Ses sollers ne sont mie a las

Ainz sont de vache dur et fort. . .

I mois et plus estoit remese

Sa barbe qu'elle ne fu rese

Une borse grant acheta.

5. Ibid., fb. XLIII.

LES MANCHES 53

Sollers et estivaux Et chauces et housiaux Cotele et sorcotel Chaperon et chapel Corroie * et coutelière Et borse et aumosniere Et moufles bien cuiries.

Les bergers duxiii*' siècle ^ portent un surcot à capuchon, par- fois ouvert sur les côtés •', fies chausses, des estivaux, une panetière en bandoulière et une houlette. A part ces deux accessoires, les autres travailleurs de la campagne ont même costume *.

Un voyageur, vers 1207 ', prend cotte et cottereau de bure et de drap de Flandre foncé, chape à aige (contre la pluie) ; besaces et outres à provisions sont troussées à l'arçon de sa selle ; dans ses sacs, il emporte, outre les objets de toilette, quelques meubles ; ses draps de lit, sa coupe, etc. Un chasseur *• revêtira chemise, cotte, un court peliçonnet gris, une gonelle verte, ou un surcot d'écarlate ; une ceinture de cuir pendent son couteau et son fusil ; un cor d'ivoire en bandoulière; des mitaines aux mains; aux jambes, sur ses chausses de soie, de fortes heuses; enfin, sur les épaules, un manlel fourré de vair et de gris.

§ VI. Les manches.

Comme les chaperons ou capuchons, les manches furent parfois indépendantes du reste du vêtement.

On avait abandonné, vers 1180 ou 1200, les vastes manches de bliauds qui balayaient le sol, et l'on passa à une exagération oppo- sée. Les manches, assez amples de l'épaule au coude, devinrent excessivement ajustées du coude au poignet. Impossible d'y passer les mains si elles n'eussent été boutonnées, mais divers monuments figurés, pourtant exécutés avec soin et correction, montrent des

1 . C'est sa ceinture, à laquelle sont pendues la gaine du couteau et l'aumô- nière. Voir des costumes de laboureurs de 1279 dans le ms. Bibl. Nat. fr. 938, fol. 83 V»,

2. Crypte de N.-D. de Chartres, sculptures du jubé.

3. Bibl. de Saint-Omer, ms. 94, fol. 18 v°.

4. Les travaux des mois, portail de Rampillon (S.-et-M.).

5. Roman de VEscoiifle, Langlois, ouvr. cité, 105 à 107, 111.

6. P.irlonopeus, II, v. 5061.

54 IV. LE VÊTEMENT A l/ÉPOQUE ROMANE

manches sans boutons et parfaitement collantes. La littérature four- nit l'explication de cette étrangeté ; vers 1200, en effet, le roman de Guillaume de Dôle décrit le tableau d'une très noble compagnie qui va s'ébattre au bois le matin :

« Toz deschaus, manches descousues »,

et plus loin on y dépeint les pucelles s'bccupant à recoudre les manches avec le fil qu'elles ont emporté dans leurs aumônières. Plus loin encore, en décrivant les préparatifs d'un tournoi, l'au- teur note qu'on apporte du fil pour coudre les manches des che- valiers ^.

Donc, quelque étrange que soit cette mode, nous ne pouvons la révoquer en doute : lorsqu'on s'était vêtu, on se faisait coudre les manches qu'il fallait ensuite découdre pour se dévêtir.

Les « manches ridées as las », dont il est question dans le Chas- lelain de Couci, dans la seconde moitié du xni" siècle, doivent être des manches lacées.

L'usage de porter des manches décousues ou déboutonnées dans le négligé du matin s'étendit progressivement à la tenue habillée, et dès la fin du xni^ siècle, on voit porter des manches ouvertes ^ ; ces manches n'étant plus qu'un ornement, on jugea qu'on leur donnait plus de grâce en les allongeant, ce qu'on fit au point de les laisser tomber jusqu'aux chevilles ^ comme les manches du xn^ siècle. Au cours du xiv'' siècle, ces pans qui tombent du coude deviendront des bandes étroites qu'on nomme coudières^ (fig. 49; 53).

On trouve quelquefois, dès la seconde moitié du xni^ siècle, une sorte de compromis entre le surcot ou corset avec ou sans manches. C'est un vêtement, généralement la cotardie (fig. 32, 32 bis, 33), dont les manches ne tiennent aux emmanchures que par une courte couture sur l'épaule. On peut donc passer ces manches ou les dépas- ser et les laisser tomber et flotter en arrière comme une sorte d'ai- lerons, ainsi que le montrent des miniatures du psautier de saint Louis, la statue de son frère Philippe à Saint-Denis, provenant.de Royaumont, et la statue du Tentateur à Strasbourg, tandis que le Tentateur de Bâle a passé les bras dans des manches identiques,

1. Langlois, ouvr. cité, pp. 63, 64, 79.

2. 1313, N.-D. de la Roche, tombe de Roj^er de Lévis, Guilliermy, Inscr., m, p. 384; abbaye d'Ardennes, Jean de Gourceul,' Gaignières, n" 114.

3. Bibl. Nat., ms. fr. 854, fol. 111 ; portrait de Deudes de Prades.- i. Bibl. Nat., ms. lat. 10525. Facsimile, pi. XI, L.

FICHETS ET FAUSSES BOURSES . 55

fixées seulement aux épaules et laissant voir la cotte sans l'emman- chure.

On imagina aussi, dès avant l'iOO, de fendre les manches sur le pli intérieur du coude * de façon à y passer le bras quand on voulait ne porter que la demi-manche (fig. 341). Cette mode per- sistera jusqu'au xvi*^ siècle. Il semble qu'à partir de 1250 environ, l'on ait beaucoup tenu à pouvoir mettre et ôter les manches à volonté. Nous venons de voir trois systèmes employés à cette fin, et il est certain qu'il y en eut un quatrième, consistant à lacer ou à épingler aux emmanchures des manches mobiles. Dans la première moitié du xiv^ siècle, à Montauban, dans les livres de comptes des frères Bonis, nous voyons qu'une grande quantité de paires de manches se vendaient isolément ^. Nous avons remar- qué que saint Louis et ses contemporains portaient volontiers un surcot sans manches sur une cotte de couleur différente dont les manches tranchaient sur le surcot. Le même effet pouvait s'ob- tenir avec des manches mobiles. Il est très probable que le même surcot pouvait parfois se porter avec ou sans manches et qu'on en avait dès la fin du xiii® siècle, comme nous avons des poignets et faux cols mobiles. Nous retrouverons plus encore dans le cos- tume féminin ces paires de manches de rechange.

Les ailettes ou épaulettes apparaissent dès le commencement du xiv^ siècle : ce sont de petits volants qui retombent sur l'épaule et le haut du bras ; on en voit quatre s.uperposés dans l'effigie funé- raire de Robert de Lévis en 1313 à Notre-Dame de la Roche ■'.

§ VII. Fichels et fausses bourses.

La cotardie et les autres vêtements sans ceinture avaient ceci d'incommode que les bourses et autres objets qu'il était utile de porter se pendaient à la ceinture, et qu'ils la recouvraient. Pour obvier à cet inconvénient, on pratiqua, depuis les dernières années du xui* siècle, sur le côté du vêtement de dessus, un peu au- dessous de la ceinture, deux fentes ourlées portant le nom de

1. Vers 1196. Manuscrit de Pierre d'Eboli à Berne, Richard Cœur de Lion fait prisonnier [particula xxxiv) ; commencement du xiv" siècle, Pierre dou Fraine à Saint-Menge de Châlons; Gaijjnières, 400, 1313, N.-D. de la Roche, Roger'de Lévis, Guilhermy, Inscr.,lU, 284. Cf. ci-dessus, p. 49 et ci-après, p. 98.

2. Forestié, Livres des frères Bonis.

3. Guilhermy, Inscr-. t. III, p. 384.

56 IV. LE VÊTEMENT A l'ÉPOQUE ROMANE

fichet [chmiculum)^ par Ton passait les mains pour atteindre ces objets ou simplement pour les tenir au chaud. On fît aussi dès le commencement du xiv® siècle ce que l'on appela de fausses bourses : c'est la poche actuelle, un petit sac cousu au re- vers du fichet; Robert d'Artois en portait déjà en 1309 '.Ces ouver- tures étaient bordées d'un parement très apparent (fig. 46).

Cette mode s'observe surtout dans le costume des femmes, car peu après son invention, celui des hommes se transforma.

§ VIII. Vêlements partis et armoriés.

Parmi les bizarreries qui apparaissent dans le costume des deux sexes aux environs de 1300, il faut signaler les vêtements partis, qui resteront en vogue depuis lors jusqu'à la fin du Moyen Age.

Cette mode pittoresque consistait à exécuter tout le côté droit d'une robe dans une couleur de drap, et tout le côté gauche dans une autre; les chausses étaient également de deux couleurs diffé- rentes ; les chaperons aussi étaient partis "^ . Les archives d'Arras ont gardé mention des costumes partis exécutés de 1314 à 1328 pour le jeune Robert d'Artois ou pour sa mesnie. On y trouve les indications suivantes sur leur disposition :

Camelin blanc et drap rayé;

Jaune etpers à filet vermeil ;

Escarlate à deux fils de soucié et fleur de peschier;

Rayé et jaune souci ;

Rayé et pers.

Peu après, nous pouvons constater à Montauban la grande vogue des robes parties -K II était alors de mode de piquer les vête" ments d'un fil dont la couleur tranchait sur celle de l'étoffe.

A partir du milieu du xii" siècle, les armoiries sont d'usage cou- rant dans la noblesse ; on en orne non seulement la bannière et les armes, mais le mobilier et même le costume. Depuis 1230 environ apparaissent les robes d'armoiries, qui sont toiit entières aux cou- leurs du blason du seigneur ou de la dame qui les porte, et ornées des pièces de ce blason en application ou en broderie. En 1323, Marguerite de Quincy, sur son sceau ■*, est revêtue d'un surcot

1. J.-M. Richard, iWa/iauf, p. 164.

2. J.-M. Richard, p. 182, 179, 188, 194 et pièce justificative n" 3.

3. Livres des frères Bonis ; Forestié, ouvr. cité.

4. Voir Demay, Le Costume (Vaprès les sceaux, p. 96, fig. 38.

LE COSTUME ET LE MAINTIEN DES FEMMES 57

brodé de macles, et peu après, Mahaut, comtesse de Boulogne et d'Auvergne, sur un vitrail de Chartres, porte un surcot sans manches, bleu, semé de fleurs de lis d'or sans nombre ; à hauteur des épaules, des bandes d'étoff'e rouge appliquées dessinent le lambel de gueules en chef. Si Técu est parti ou écartelé, le surcot sera de deux ou quatre pièces d'étofTes diverses. Cette mode se prolongera jusqu'à la fin du Moyen Age.

§ IX. Le costume et le maintien des femmes.

Moins recherché, moins compliqué que celui de la seconde moitié du XII* siècle, le costume féminin du xiii® siècle et du début du XIV® est loin d'être moins élégant.

Il n'est pas aussi ajusté, mais, sans les souligner avec la même insistance, il laisse agréablement deviner les formes, comme le costume antique. On demande de l'élégance dans ces formes et de la grâce dans les mouvements; on admire les tailles minces \ les mains efiilées, les petits pieds et la démarche onduleuse ^.

Toutefois, les moralistes, depuis les bords de la Loire jusqu'en

1. Marie de France, vers 1250, vante les

« Gresles formes et bien delgies »

(Barbazan, fabliau IV, p. 75), et dit de ses héroïnes :

« Oncques n'eut veu si bêles : Vestues furent richement Et laciées estreitcment... »

{Ibid., Lai de I.anval.) Cette esthétique persistera : en 1371, le chevalier de la Tour Landry parle (chapitre vi'"'"' et suivants) de coquettes et de galoises qui se couvrent insuf- fisamment d'une « cote delTourée... pour avoir plus bel corps et plus gresle ».

2. Roman de la Rose, edit. Méon, t. III, p. 248.

Les cspaules, les costés mueve Si noblement que l'on ne trueve Nule de plus biaus movement, Et marche jolietement De ses biaus solerés petis

Et de sa robe li traîne

Si la lieve en costé ou devant

Si cum pour prendre ung poi de vent

Que chascun qui passe la voie La bêle forme du pié voie.

58 IV. LE VÊTEMENT A l'ÉPOQUE BOMANE

Chypre et du milieu du xni" jusqu'à la fin du xiv' siècle, Philippe de Novare ' et Geoffroy de la Tour Landry ^ sont d'accord pour ordonner aux jeunes filles bien élevées de tenir les yeux à demi baissés et surtout de ne jamais tourner la tête de çà et de comme le faisaient beaucoup d'autres. Mais non contentes de « vertiller de la teste comme belettes », elles trouvaient gracieux de hancher per- pétuellement, au point que le déhanchement, mis à la mode depuis 1240 environ, devient universel vers 1300 et constitue un élément pour dater les figures.

Toute l'iconographie de la période gothique prouve qu'à cette époque l'ampleur du buste n'était pas une beauté, et, par un retour au goût antique, les poitrines tombantes dont l'époque caro- lingienne et l'époque rorîiane prenaient aisément leur parti ^ devinrent l'objet d'une juste réprobation.

Les femmes affligées de cette infirmité revinrent donc à la mode romaine du bandeau.

§ X. Rohes linges et vêtements de dessous.

Par-dessus la chemise, elles se faisaient serrer sous le buste une bande de toile ou de couvrechef, c'est-à-dire du linon qui servait à faire les voiles de tête. Cette bande était épinglée, nouée ou faufilée par les soins de la chambrière ''.

Le doublet était semblable ou analogue à celui des hommes.

C'est de même entre la chemise et la cotte que se plaçait le peli- çon ou la pelisse'^, vêtement doublé, fourré de pelleterie, le plus

1. Les IV tems d'âge d'orne, %% 27 et 28.

2. Le Livre du Chevalier de la Tour, chap. xi.

3. Si l'on considère les nombreuses figures d'Eve ou de la sirène dans les manuscrits carolingiens et romans et sur les chapiteaux du xii" siècle, les jugements derniers sur les vitraux et tympans, il semble que les artistes sculp- teurs aient représenté indifféremment et sans nulle préférence des poitrines jeunes ou fatiguées.

4. Roman de la Rose, vers 13927 ss.

Et s'ele a trop lordes mameles Preingne cuevrechief ou toèles Dont sur le pis se face estraindi-e Et tout entor ses costés ceindre Puis atacher, coudre ou noer Lors, si puet alerjoer.

5. (De Vescuiriuel, rec. Montaiglon, fb. GXXI).

Puis li lieve la cotte perse La chemise et le peliçon.

ROBES LINGES ET VÊTEMENTS DE DESSOUS 59

souvent sans manches, et plus court que la cotte, mais assez long toutefois. On tenait à Télég-ance du peliçon, qui se laissait voir dans l'intimité '.

On le faisait d'écureuil, mais préférablemeiit de fourrures blanches : le blanc peliçon était tenu en estime. 11 pouvait être d'agneau ^, le peliçon de vair ou d'hermine ^ était le plus estimé. Dans le Roman de Galeran, la nourrice porte une pelisse grise ''.

La chemise ' se faisait en toile fine ou en soie ; elle était beau- coup plus longue que celle des hommes '^, quelquefois plissée "^ et même richement brodée ^. Son encolure était modérément dégagée et munie d'un amigaut ; ses manches « estroit cousues en bras » *, sa jupe ample '". Un cordon passé dans une coulisse pouvait serrer la taille ** et servir à relever' le bas de la chemise, de façon que la partie supérieure retombât en pli sur ce cordon '-. Les poignets et l'encolure pouvaient être brodés d'or et de soie '•*.

La chemise avait une taille, et quelquefois, depuis 1230 environ jusqu'au cours du xiv" siècle, probablement pour mieux épouser la cambrure du corps, certaines chemise» de femmes eurent sur les flancs des fentes lacées qui correspondaient à des fentes de la cotte

1. Dans le Roman de l'Escoiifle (Langlois, ouvr. cité, 120, 123), Aelis, eu déshabillé, se montre « en un freis vair pliçon » et une alerte nocturne amène des damoiselles, l'une en chemise, l'autre en peliçon.

2. Du prestre qui ot mère par force, rec. Montaig^Ion, fl». GXX\' :

Une bêle amie ot le prestre Que il vestoit et bien et bel Bone cote ot et bon mantel Sot .11. peliçons bons et biaus L'un d'escuireus, l'autre d'aignaus.

3. L'Escoufle, V. ci-dessus note 1 . Cf. Testament d'Anniel li Fierier, Tournai, V. 1200 (plichon vair). Dehaisnes, Hist. de VArt de la Flandre, V Artois et le Hainaiit.

4. Langlois, ouvr. cité, p. 8.

5. Chemise, camisia, chainse ont au xiii" siècle un sens assez mal fixé et ne désignent pas toujours le premier vêtement porté sur la peau.

6. Le Lai de V Ombre, p. 54. Le chainse d'une femme y est décrit comme traînant de près d'une toise.

7. Roman de Dolopathos (v. 1224), vers 3876, chemise « déliée, blanche et ridée ». Guillaume de Dole{v. 1200), Langlois, ouvr. cité, 63.

S. En 1298, les consuls de Narbonne interdirenfles chemises brodées, sauf pour les jeunes mariées. Quicherat, Costume, p. 187. 9. Dolopathos, v. 3873-74. JO. Ibid.

11. Bibl. Nat., ms. fr. 938, 1272, fol, 105 V. Cf. statue de la « folle femme » (xiv s.) à la cathédrale de Bâle.

12. Même flg. de manuscrit.

13. Les Miracles de Saint Eloi (vers 1260), p. 31.

60 IV. LE VÊTEMENT A l'ÉPOQUE ROMANE

eL du surcot. Elles portaient le même nom que les ouvertures plus petites et plus basses du surcot; on les appelait le fichel de la cotte ou de la chemise, et en latin c/unicu/um. '.

Déjà vers 1230, Marie de France, dans le Lai de Lanval ^, dit :

Elle est vestue a itel guise De cainse blanc et de camise Ke tout li costé 11 paroient Qui de deux pars lacié estoient.

Un texte cité par Quicherat ^ achève de nous éclairer sur celte mode immodeste et réfrigérante :

Une antre laisse tout de gré Sa char apparoir au costé.

Le ling-e était passé au safran ', ce qui lui donnait à la fois un parfum aromatique et la teinte que nous nommons « crème » ; on la préférait alors aux bleus qui jouent le même rôle de teinture discrète dans nos lessives actuelles.

Les femmes ne portaient point de braies, cet usage était si géné- ral que la littérature envisage, dès le xni" siècle, les braies comme un attribut spécial de l'homme : c'est sur cette idée que repose le fabliau célèbre de Sire Hain el de dame Anieuse, et toutefois une historiette grivoise que le chevalier de la Tour Landry raconte à ses filles, et deux vers du Roman de Renard montrent qu'elles pouvaient parfois porter des braies qui étaient fermées **, Jean de (îarlande parle, il est vrai, du braiel des femmes, mais ce braiel ne devait être ni d'usage permanent, ni destiné à porter de véri- tables braies.

>:$ XL Colle el surcol. Manches.

Sur ces vêlements intimes, les femmes revêtaient (lig. 38 ; 42 à 46) la cotle ou la sorqnanie^ le surcol ou robe, ou quelque autre

1. Lexiques cités par Du Gange: Cluniculnm, ficliet de cote à bouter les mains (Bibl. roy., ms. 7684). Et cluniculum etiam dicitur foramen quod fit in camisiis feminarum circa inguina, vel genei'aliter quod fit in pannis earuni circa latus. (Ugulio, a quo liausit Joannes de Janua.)

2. P. 2 '.4.

•i. Costume, p. 185.

4. << Guimpe bien safranée », La Saineresse, rec. Montaiglon, fb. XXV.

5. Voir Pierre Dufay, Un chapitre inédit de l'histoire du costume, le pan- talon féminin, Paris, Carrington, 1906, in-12.

COTTE ET SURCOT. MANCHES 61

variété de vêtement de dessus, et la chape (fig. 40,41) ou le manlel (Hk. 38, 42, 43).

Une ceinture avec ses accessoires suspendus, une coiffure d'étoffe, surmontée, pour le voyage, d'un chapeau de feutre, et des gants complétaient ce costume.

La cotte avait à peu près la même coupe que celle des hommes.

Fig. 38. Deuillants sur le tombeau présumé de la comtesse Aelis à Joigny.

mais elle était beaucoup plus longue ; l'encolure, assez dégagée, était fendue d'un amigaut, boutonné, fermé par un fermail ou lacé et laissant voir la chemise. Le buste, la jupe et le haut des manches étaient amples dans la cotte; lasorqiianie, d'origine méri- dionale, s'en distinguait par un buste ajusté. Sur l'avant-bras, dans l'une comme dans l'autre, les manches étroites ne pouvaient laisser passer la main que grâce à une fente fermée de petits bou- tons, d'un lacet ou d'une couture qu'il fallait refaire à chaque chan-

62

IV. LE VETEMENT A L EPOQUE ROMANE

gement de toilette, comme dans le costume masculin'. Evidem- ment, moins encore que dans celui-ci, les manches ne pouvaient durer à un tel service, et une « robe » comportait des manches de rechange.

Quelquefois, du reste, une dame ne se contentait pas de découdre sa manche sur Pavant-bras, elle la détachait du surcot et la don- nait en souvenir d'elle à son chevalier servant. Celui-ci portait soit

Fig. 39. D'après une miniature de 1279. Bibl. Nat., ms. ïv. 938, fol. 20 V.

Fig. 40. Façade de la cathédrale d'A- miens, vers 1225.

au bras, soit sur le heaume, ou comme bannière cet objet qui pou- vait lui rappeler tant de choses.

Les dames, de qui chaque action s'est toujours justifiée par tant de bonnes raisons, en avaient donc quelques-unes de plus que les hommes pour renouveler leurs manches, et, plus encore qu'eux, elles considérèrent jusqu'à la fin du Moyen Age les manches comme indépendantes du costume 2. Du reste avec la mode du surcot sans manches (fig. 44) les manches seules de la cotte apparaissaient, tranchant sur la couleur du surcot, et elles purent recevoir une décoration spéciale ^.

1. Voir ci-dessus, p. 53 à 56.

2. Au XVI' siècle encore, une héi'uïne de l'Arétin, sévèrement mais juste- ment qualifiée dans le titre du livre, se donne pour une paire de manches. Et si cela n'est plus l'usage aujourd'hui, il nous reste les locutions proverbiales « C'est une autre paire de manches » ou « Une belle paire de manches ».

3. En 1421, la duchesse de Bourgogne fit brodera Gand des manches (Dela- borde, Ducs de B., n' iOOO) et non un costume complet, pour Guillemette Ma- righier.

COTTE ET SURCOT. MANCHES

63

I>a facilité avec laquelle elles les détachaient prouvei'ait à elle seule l'existence de manches simplement épinglées à Temmanchure si nous n'avions pour le xv*' siècle le témoignage du triptyque de Roger de la Pastureau Musée du Louvre. Madeleine y apparaît en corset bleu avec manches de brocart rouge et or, qui sont simple- ment attachées à l'épaule par une épingle très visible. La chemise s'aperçoit sous ce raccord sommaire. 'Ce n'est pas une mode nou-

Fig. il. Façade de la cathédrale de Reims, vers 1260.

velle, car les livres de commerce des frères Bonis à Monlauban montrent que dès la première moitié du xiv*^ siècle, beaucoup de paires de manches se vendaient isolément.

Il existait, dès 1230 environ, des cottes pourvues de fichets ou fentes latérales.

Lii cotte se faisait en diverses étoffes et couleurs : draps de laine tins, tels que vert de Douai, draps de soie tels que samit vermeil, velours, etc.

Le surcot, que l'on pouvait ne pas mettre dans l'intérieur, avait la même coupe que la cotte et pouvait avoir les mêmes manches, mais dans le dernier quart du xni^ et la première moitié du xiv®

64 IV. LE VKTEMENT A l'ÉPOQUE ROMANE

siècle, on trouve, comme dans le costume masculin, la manche fendue, que Ton peut laisser retomber en passant le bras par la fente^ (fig. 34,68), et la manche ouverte dont la longueur s'exagère au xiv^ siècle. Sous le règne de saint Louis, les femmes, comme les hommes, adoptèrent souvent le surcot sans manches - (fig. 39, 44) qui avait l'avantage de laisser voir les manches de la cotte faites d'une autre étoffe également belle mais différente^.

Dans la seconde moitié du xiii*" siècle apparaissent donc des sur- cots sans manches, ouverts sur les côtés; quelquefois, comme le montre un manuscrit exécuté en 1279, les fentes latérales s'étendent de Faisselle au bas du vêtement, et sont fermées d'une suite de petits boutons (fig. 39) qui s'arrêtent à hauteur du mollet, absolument comme dans les jupes fendues imaginées en 1910; quelquefois la fente est sans boutons, et ne descend que jusqu'à la hanche. Ce modèle aura une longue persistance.

Le surcot pouvait être orné d'orfrois et de broderies, parfois très luxueuses ''.

8 XIL Variétés du vêtement de dessus.

Les femmes ont porté, comme les hommes, la robe, la gonne'\ la gonelle et le garde-corps^ succédanés du surcot très en faveur à l'époque de saint Louis. La fig. 46, qui date de 1307, nous montre

1. Bibl. Nat., ms. fr. 938, fol. 20 v; cf. Bibl. Roy. de Bruxelles, ms. 11040, fol. 7 y», 12T4, tombe de Marie de Bourbon à Saint-Etienne de Dreux, Gai- gnières, n" 583 (1302) ; Emnieline de Montmort à Barbeaux, tfetd., 158 (1330) ; Jeanne Malet à Beaulieu, près Rouen, ibid., 180.

2. Elles le portent plus souvent que les hommes dans les miniatures du ms. Bibl. Nat., fr. 846 (fol. 1, 21 v»; 32 V, 53 v", 56, 80 v», 85 v°, 89 v% 94 ; 127; 132 v°, 140; exceptions, fol. 57 et 89 V).

3. Au surplus, les femmes n'ont jamais été frileuses des bras, et il est cer- tain qu'il devait être fort incommode de porter l'une sur l'autre les trois manches ajustées de la chemise, de la cotte et du surcot, bien que ces manches fussent larges de l'épaule au coude, à la différence de certaines manches mo- dernes ajustées de l'épaule au poignet, et qui paralysent singulièrement les mouvements.

4. Dans le roman de Galeran, vers 1200, est décrite une robe de clair samit vermeil brodée de fleurs d'or, et dans Guillaume de Dùle, toute l'histoire de la guerre de Troie figurée à l'aiguille par la mère de l'héroïne. (Voir Langlois, I, p. 6, 29, 89).

5. Voir ci-dessus, p. 49. Gonne, dans l'argot actuel de Lyon, signifie une fille, tant est vrai le proverbe : « c'est la robe qui fait la femme ».

VARIÉTÉS DU VÊTEMENT DE DESSUS 65

un de ces garde-corps à larges manches, doublé de fourrure et fendu à gauche depuis la hanche jusqu'en bas.

Ces habits de dessus, comme ceux de dessous, avaient une fente pectorale ou amigaut, fermée soit par le fermail qui retenait aussi la cordelière du mantel (fig. 43, 44), soit par des boutons. Ils sont au nombre de six dans certaines miniatures * ; dans d'autres, on voit la fente boutonnée descendre jusqu'à la ceinture - et en géné- ral, sans être aussi longue, la fente l'était cependant plus que dans le costume masculin. Cette dimension plus grande était pour les nourrices une nécessité à moins que le surcot fût sans manches et à grandes emmanchures ^. En ce cas, il n'y avait pas d'amigaut, mais le fermail se portait '', quand même (fig. 39, 44), pour retenir le mantel, pour fermer l'amigaut de la cotte de dessous, et surtout peut-être par simple coquetterie.

Jusque vers la fin du xiii" siècle, parfois au delà, la ceinture est toujours portée sur le surcot et visible (fig. 38, 42, 43, 45), mais à cette époque la cotardie sans ceinture (fig. 44) devient de mode. A partir de 1300, cette mode est universellement adoptée, et la ceinture se porte sur la cotte, cachée par le vêtement de dessus. Comme elle était généralement riche et élégante, le surcot ouvert, qui la laissait voir, fut préféré, et ses fentes s'élargirent progressivement.

Comme la jupe du surcot était longue, quelquefois à traîne, et retombant sur les pieds (fig. 38, 40, 42 à 46), les femmes ont com- mencé dès le xin*' siècle à avoir une main perpétuellement occupée à relever cette jupe (fig. 42) pour ne pas s'y prendre les pieds en marchant, et le Roman de la Rose "^ recommande ce geste comme gracieux. Souvent, elles serraient leretroussissousle coude (fig. 44), mais elles avaient aussi la ressource de se servir de leur ceinture

1. Bibl. Nat., ms. fr. 854, fol. 33 v°.

2. Ibid., fol. 125 (na Gasteloza) et 141 ; ms. fr. 12473, fol. 110 v°, 126 V.

3. Et avoit trait une mamelle Par l'amigaut de sa gonelle.

[Pèlerinage de la vie humaine, 1335, cité par Gay, Gloss.) C'était au besoin une cachette comme le corset actuel :

bouta sa main

Par un amigaut en son sain Et une boëte atainte en a Dont mes lettres hors sacha [Ibid.). Voir une nourrice en surcot ouvert, sculptée vers 1250, au tympan du por- tail Saint-Etienne, à Notre-Dame de Paris.

4. Bibl. Nat., ms. fr. 938, fol. 20 v% 1279.

5. Voir ci-dessus, p. 57, note 2.

Mamiel d'Archéologie française. III. 5

66

IV. LE VETEMENT AU Xll" SIECLE

pour relever le devant de la robe, soit que le surcot fût remonté depuis la taille et retombât en cachant la ceinture, soit qu'un pan

de la jupe fût pincé sous la même ceinture. C'est ce que fait, par pure coquetterie, dès son lever, la dame dont nous parle le fabliau dn Boucher (V Abbeville ', et c'est à cause de cet emploi que la ceinture s'appelle cein- ture troussoire. Il semble bien aussi qu'un objet spécial, agrafe, pince ou n(Eud coulant, pendait à ceftaines ceintures de femmes et que ce soit ce que les textes entendent par trous- soire tout court. Le nom de cet acces- soire s'est même étendu au groupe de petits objets qui pendaient à la ceinture, et nous appelons encore trousse aujourd'hui un groupe d'us- tensiles portatifs. Ces objets étaient plus nombreux à la ceinture des femmes, qui n'avaient généralement pas de braiel.

Les femmes portent, comme les hommes, le grand mantel à corde- lière, dont le lacs plus ou moins lâche (fig. 38, 42, 43) ou serré (lîg. 41) passe sur la poitrine et peut traverser l'an- neau du fermail : quelquefois même il descend se prendre dans la cein- ture ■^. Ces manteaux pouvaient être de i-iches vêtements dapparat, comme ceux dont il est question dans Guil- laume au Faucon^, d'or étoile, fourré

Fig. 52. Tympan du grand portail de Bourges, fin du

XIII' s.

1. Rec. Montaiglon, fb. LXXXIV :

Et la dame lors[_se leva Qui moult est jolie et mignote Si se vest d'une verde cote Moult bien faudce, a'plois rampans La dame ot escorcié ses pans A sa çainture par orgueil.

2. Bibl. Nat., ms. fr. 844, fol. 126 v°.

3. Rec. Montaiglon, /b.iXXXV.

- T! 3

68

IV. LE VÊTEMENT AU XIIl" SIECLE

d'hermine, avec collet de zibelin noir et chenu ; ou dans Dolopa- thos \ de drap de Frise à couleurs variées, fourré d'hermine, avec attaches et tassiaux ornés de fleurs et d'oiseaux. Ces dames revê- taient aussi des chapes de voyage, vêtements pratiques destinés à garantir de la pluie et du froid, et les plus pauvres en possédaient : le fabliau de Jouglet'^ met en scène une pauvresse qui possède deux manteaux de fourrure, l'un de taisson (blaireau), l'autre de chat. On trouve aussi la chape à capuchon (fig. 33, 34) qui pouvait avoir des fentes pour passer les bras ^. Enfin, on faisait toujours des chapes

Fig. 47 .

Couples carolant, xiv siècle. Bibl. roy. de Bruxelles, ms. 11187.

à manches, et en 1330, les comptes de Mahaut d'Artois témoignent de l'ampleur que ces manches pouvaient atteindre, car, pour les fourrer, on n'employa pas moins de 180 ventres d'écureuils^*.

Le Roman de la Rose recommande à la femme coquette d'ouvrir les bras en tenant les bords de son manteau, de façon à montrer à la fois sa jolie taille, sa robe tissée d'argent doré à menues perles, sa belle aumônière, et la doublure ou fourrure du mantel : qu'avec ce vêtement elle fasse sa roue, comme le paon avec sa queue ; elle

1. Vers 3872 et suiv.

2. Rec. Montaiglon, fb. XCVIII :

A pris la vieille un sien mantel De .II. qu'elle ot le plus bel : L'un de laissons, l'autre de chat, A son col le pent par le las.

3. Bibl. Nat., nis. fr. 846, fol. 80 V.

4. Voir J. -M. Richard, Ma/iau<, p. 171.

LOIS SOMPTUAIRES 69

attirera Tattention des flâneurs *. Dans les voies étroites elle devait même ainsi les forcer de s'arrêter.

La houce, la g-arnache, la chape, ^ont communes aux deux sexes. La chape était toujours munie d'un capuchon très ample, et, en général, entièrement fermée : vers 1225, la Vierge du zodiaque de la cathédrale d'Amiens porte ce manteau (fig. 40).

La mode créait bien des variantes dont il nous est impossible aujourd'hui de restituer les particularités. Qu'était-ce, par exemple, que le mantel coqu ou coquihus que Mahaut d'Artois se fit faire en 1317, pour voyager ^, ou le manlel (T Alemant qu'elle portait en 1312 3?

On a déjà signalé les fausses bourses et les fichets à bouter mains qui permettent d'atteindre Taumônière ou simplement de mettre les mains au chaud entre la cotte et le surcot. Ces acces- soires (fig. 47) apparaissent, surtout dans le costume féminin, vers 1300, et sont la conséquence de l'adoption de la cotardie et autres vêtements de dessus sans ceinture.

Nous trouvons à cette époque des fichets formés d'une très longue fente dans la jupe"*.

§ XIIL Lois somptuaires .

Les excès du luxe dans le costume et la parure' commencèrent à préoccuper les magistrats dès la seconde moitié du xiu" siècle. Les consuls de Montauban promulguèrent en 1274 une très sévère ordonnance somptuaire qui fut renouvelée en 1291, et qui, comme toutes les lois du même genre, semble avoir été sans effet.

11 y était interdit de porter dans la rue des vêtements d'hermine, de vair, de gris, de pourpre, de soie, sauf le cendal comme dou- blure ; des garnitures d'orfrois, de perles, d'or, d'argent si ce n'est de dix boutons au plus, dont chacun ne devait pas dépasser la valeur de deux sols tournois. Le fermail même était prohibé.

1. Vers 24162 : A deus mains doit le mantel prendre

Les bras eslargir et estendre Soit par bêle voie ou par boë Et li soviengne de la roë Que li paons fait de sa queiie Face ausinc du mantel la seiie Si que la penne vair au grise On tel cum ele l'aura mise El tout le cors en apert monstre A ceus qu'el voit muser encontre.

2. J.-M. Richard, Mahaut, p. 182.

3. Ihid., p. 178.

4. Bibl. Nat., ms.fr. 12473, fol. 110.

CHAPITRE V

LE VÊTEMENT AU MILIEU ET A LA FIN DU XIV' SIÈCLE

Sommaire. I. Généralités. II. Costume masculin. III. Vêtements de dessous, chausses et robes-linges. IV. Vêtements de dessus. V. Enco- lures. — VI. Manches, festons et tripes. VII. Manteaux. VIII. Ensemble du costume. IX. Vêtements populaires. X. Costume fémi- nin. — XI. Vêtements de dessous. XII. Vêtements de dessus. XIII. Lois somptuaires.

§ 1*"". Généralités.

La fin du règne de Philippe VI de Valois marque une impor- tante évolution de la mode. Au xn" siècle, nous avions vu déjà s'exercer l'influence de quelques centres d'élégance et de quelques personnages, mais la mode du xin" siècle était revenue à une sim- plicité, à une uniformité et à une impersonnalité relatives, comme celle de l'Antiquité. Charles V, comme saint Louis, ne s'occupera de diriger la mode que pour lui imprimer un caractère de modéra- tion et de gravité, mais son père, ses frères, ses fils, Edouard III d'Angleterre, Pierre P"^ de Chypre et d'autres grands personnages furent des élégants outranciers, de qui le goût n'égala pas toujours le faste. On peut en dire autant de la reine Isabeau, grande inven- trice de modes. S'il n'est pas prouvé qu'elle en ait importé de son pays, elle semble s'être contentée d'avoir le goût tudesque. Sa belle- sœur Valentine Visconti fit appel à l'occasion aux arts de l'Italie.

Chacun de ces personnages exerça une influence sur la mode ; ils renchérirent entre eux d'élégance et de curiosité. De résulte dans les costumes et la parure un luxe, une complication et une variété inconnus jusqu'alors.

Le luxe et surtout le goût subiront des éclipses, mais désormais et jusqu'à nous, la mode ne cessera plus d'être compliquée et chan- geante et d'obéir à l'inspiration de personnalités diverses.

Selon une ordonnance royale de 1350, les « robes de la commune et ancienne guise » comportaient les robes-linges, la cotte, le sur- cot, le chaperon, la cloche, la housse sangle, la housse longue à chaperon ; on fourrait d'étoffe ou de pelleterie les surcots, housses, cloches et chaperons.

COSTUME MASCULIN

71

Mais vers 1340, la mode avait changé d'une façon radicale ; les folies de la cour du roi Jean et de celle de Charles VI, le faste de celles de Charles V et de ses frères favorisèrent le luxe et l'excentri- cité des habits; jamais l'un et l'autre ne furent poussés aussi loin.

A partir de cette date, le costume des deux sexes se différencie nettement. On peut observer aussi une influence de l'équipement mili- taire sur le costume civil en ces temps de guerre permanente. Elle se reconnaît à l'adoption du pour- point, des maheutres, des ailettes imitées des garde-bras ; des collets montés à l'image du colletin, et au port d'une dague à la ceinture.

Les vêtements étaient d'une grande richesse et extrêmement soignés. On continuait à exécuter des robes de plusieurs garnements qui ne se por- taient pas tous ensemble, mais au choix, selon la température et le degré de cérémonie. Par exemple, une robe comprenait deux manteaux, trois chaperons, sangles ou doubles, c'est-à-dire avec ou sans doublure, deux surcots, ouverts ou clos, c'est-à-dire avec manches ou sans manches et fendu sur les côtés.

Fig. 48. Bibl. Nat.,ms. fr. 823, fol. 126.

§ n.

Costume masculin.

L'ancienne tenue persiste bien au delà de 1350, spécialement comme costume de cérémonie ^ Charles ^' [Rg. 52) la conservait, jugeant la nouvelle trop fantaisiste. Charles VI, au contraire, l'adopta. Le trait saillant de la mode nouvelle qui apparaît vers 1340 fut, pour les hommes, l'adoption subite de vêtements extrêmement courts, non plus flottants, mais ajustés, et qui, par conséquent, durent être fendus du haut en bas ou tout au moins de l'encolure à la taille, et boutonnés ou lacés.

Les élégants adoptèrent ces innovations avec un enthousiasme

1. C'est généralement la tenue de cérémonie que reproduisent les effigies funéraires et les sceaux. Elle est archaïque dans tous les temps.

72 V. LE VÊTEMENT AU MILIEU ET A LA FIN DU XIV^ SIECLE

que ne partagèrent pas les personnages graves. Il y eut dès lors deux tenues simultanément en usage, la rohe longue et la robe courte (fig. 47 à 52). Ce schisme dure encore, puisque les ecclésias- tiques ont gardé jusqu'à nos jours la première, conservée aussi par les professeurs et les hommes de loi, mais seulement dans l'exercice de leurs fonctions.

§ III. Vêtements de dessous, chausses et robes-linges.

Les gens de robe longue usèrent parfois encore de braies flot- tantes ' ; pour les autres, elles furent raccourcies ^ dans toute la mesure du possible (fig. 54), tandis que les chausses, inversement, s'allongeaient pour les rejoindre. Elles s'allongèrent tant que, finale- ment, elles se rejoignirent et formèrent une seule pièce de vêtement, passant sous les braies, qui, ainsi réduites, et devenues parfois inu- tiles, ne furent plus envisagées que comme un accessoire des chausses et prirent le nom de haut de chausses.

Dès lors, les chausses proprement dites commencèrent à s'appe- ler i>as de chausses, et c'est pourquoi on en est venu à les appeler bas tout court.

Le braiel n'a pas changé de forme, mais peut devenir un objet élégant; en 1304, 1338, nous voyons déjà mentionner des braiels à boucles et garnitures d'argent; en 1350, le roi Jean porte des braiels de « cuir d'ivoire ».

La chemise suit les proportions de la robe et ne change pas de forme (fig. 54). On a vu que certaines furent, au xiv** siècle, d'une rare élégance.

Quant aux chausses, leur disposition est aussi variable. Une miniature de la fin du xiv^ siècle ^ nous montre des chausses noires montant jusqu'en haut des cuisses ; elles passent sur les braies comme dans le dessin de Vilard de Ilonnecourt, et sont fixées au braiel par des cordons qui s'attachent sur les reins ; mais dès le milieu du XIV" siècle, on fit des paires de chausses d'une seule pièce, qui s'attachèrent au braiel puis au pourpoint par des cordons à aiguil- lettes.

Le doublet reste très usité ■*.

1. Bibl. Nat., ms. fr. 853, fol. 27 et 73.

2. Bibl. Nat., ms.fr. 290, fol. 272.

3. Bibl. Nat., ms. fr. 2092, fol. 71. i. Voir ci-dessus, p. 42, 43.

VETEMENTS DE DESSOUS, CHAUSSES ET ROBES-LINGES

73

Le hlanchel est une variété du doublet ; c'est une blouse ou cami- sole blanche plus ou moins longue, fourrée, pourvue de manches et de collet : en 1352, le roi Jean fait exécuter un blanchet en blanc de Saint-Quentin, fourré de blancs lièvres de Norvège ^ ; un texte de 1389 parle d'un blanchet sanglé fourré de gris ^ .

Sur la chemise, on revêtait un pourpoint (fig. 54, 55) boutonné

Fig. i9. Bibl. Nat., ms. fr. 858, fol. 33.

Fig. 50.— Fr.853, fol. 200 V».

Fig. 51. Fr. 853.

par devant, ou un gipon (prov. juopo, jupo, jopa.) lacé sur le côté, ou bien encore une cote gamhoisée ou gambeson.

Ces divers noms désignent des variétés peu différentes d'un vête- ment de dessous (voir p. 43).

On avait pris l'habitude de porter sous les armures des auqiie- tons et gamhesons, c'est-à-dire des justaucorps rembourrés qui empêchaient la cotte de mailles de meurtrir les chairs et concou- raient avec elle à amortir les coups. Il semble que la jupe et le pour- point, vêtements points, c'est-à-dire piqués, et gamhoisés, c'est-à- dire rembourrés d'étoupes (qanihois, étoupe de chanvre), aient été l'application au costume civil de ce vêtement militaire. Ils se rem- bourraient d'ouate. Les registres des frères Bonis nous apprennent que l'on avait l'habitude de piquer à carreaux [cairelar] les jubés '.

Cette garniture avait surtout pour objet de modifier les formes du corps selon le goût régnant. Grâce à elle et à une coupe savante,

1. Gay, Glossaire.

2. Ibid.

3. E. Forestié, ouvr. cité, p. lxxxhi.

74

LE VETEMENT AU MILIEU ET A LA FIN DU XIV" SIECLE

le vêtement ne faisait pas un pli ; il dessinait une poitrine bombée, et une fine taille (fig. 49, 52, 55); les manches, élroitementajustées, étaient toujours boutonnées sur Tavant-bras {Cig. 54, 55). Le pour- point (lig. 45) s'arrêtait immédiatement au-dessous des hanches, et se fixait aux chausses au moyen d'aig-uillettes. Les braies cachaient le raccord.

Le livre des frères Bonis mentionne la façon de divers gipons : il

Fig. 52. Jehan Vaudetar offrant son livre à Charles V. Bible du Muséum Meermano-Weestrenianuin, à La Haye.

y entrait, outre le coton abondant, de la toile blanche ou parfois verte, de la futaine de Givet blanche, noire ou de couleurs, des gar- nitures de sedas, et de rubans de soie ; des coutures de fils diverse- ment teints.

§ IV. Vêtements de dessus.

On a déjà dit que l'avènement du pourpoint et du jaque ne sup- prima pas les anciens types de vêtements. La cotte, le surcot, la gonelle, le corset, le gardecorps, lacotardie et la garnache continuent donc de figurer dans les comptes et dans les inventaires.

VETEMENTS DE DESSUS

75

Ces vêtements traditionnels se sont perpétués d'une part dans la tenue de cérémonie ; de l'autre, dans le costume populaire : ces deux catégories de vêtements conservent, en eflet, à toutes les époques des types archaïques.

La colle, sur laquelle se met la ceinture, se porte sans surcot dans la maison, et l'on fait des cottes, comme autrefois des surcots, sans

Fig 53. Simonet Dubois, 1354. Abbaye de Bon- port. Rec. Gaignières, Tombeaux.

Fig. 54. Détail de la fresque de la fontaine de Jouvence au château de Manta près Turin, lin du XIV" siècle.

manches : c'est peut-être ce que Ton désigne parfois par l'expres- sion de cotes senglés '.

Le bon berger décrit par Jean de Brie, porte la cotte ; d'autres cottes sont des vêtements seigneuriaux et de parade, infiniment somptueux; comme celle que Louis II d'Anjou engagea en 1368, pour 42.000 écus d'or ^, et celle qui figure en 1380 dans l'inventaire après décès de Charles V^. La première était en drap d'écarlate rosé, entièrement brodée de cœurs, de rosaces, de feuillages, le tout rehaussé de perles et de pierreries.

1. J. Goulain. Glossaire de 1374, cité dans celui de Gay.

2. Voir Delaborde, Inventaire de Louis d'Anjou ; Glossaire ; Quicherat, Costume.

3. 3442.

76

V. LE VETEMENT AU MILIEU ET A LA FIN DU XIV^ SIÈCLE

La cotte de Charles V était en satin vermeil, doublée de cendal ren- forcé de même nuance. Au collet, aux manches, et au bord infé- rieur s'appliquait une bisette en fil d'argent tiré et doré, figu- rait en alternance l'initiale K couronnée et la fleur de lis. A la poi- trine et aux manches étaient des ouvertures lacées avec œillères et ferrets d'or. En 1389, l'inventaire de Richard Picque, cité par Gay^ mentionne deux cottes de gris fourrées de croupes de gris, avec cha- perons assortis, une cotte de sanguine fourrée de croupes, une cotte

Fig. 55 Fig. 55 bis.

« Le pourpoint de Charles de Blois », 1364.

de brunette fourrée de rats, une cotte de drap de saignet el une d'écarlate vermeille.

Le surcot se porte avec manches boutonnées ou sans manches, sa coupe n'a guère changé, mais il se porte désormais sans ceinture : on la met sur la cotte, et l'usage persiste d'ôter souvent le surcot dans l'intérieur. On a vu que l'amigautdu surcot était quelquefois replié de façon à former deux revers triangulaires (fig. 154) comme ceux d'aujourd'hui. Vers le milieu du xiv'' siècle cette mode se géné- ralise, mais les revers s'allongent et forment deux pattes terminées en demi-cercles (fig. 5t2, 56).

La cotardie est toujours en faveur ' ; elle est ample, sans ceinture, et de coupes assez variées : elle porte devant ^ ou

1 . Eu 1347, une cotardie d'étudiant est faite de drap azur ou mauve tacheté, fourrée d'agneau noir. En 1367, à Douai (voir p. 78, note 1), celle d'un marchand est de drap lleur de vesce fourrée d'agneau ; en 1393, Gay signale une cotardie sans fourrure et avec collet.

2. 1398, Jean Le Breton bourgeois de Paris. Gaignières, Tombeaux, 367.

VETEMENTS DE DESSUS

77

sur les côtés ^ des fentes boutonnées ; son collet et ses manches peuvent être boutonnés également, mais ces dernières se laissent le plus souvent ouvertes et tombantes^, et sous Charles VI, ce dispo- sitif sera remplacé par des demi-manches munies de longues cou- dières (fig. 47, 49, 53). On porte toujours les manches fendues

Fig. 56. Personnage en houppelande, 1373. Tombeau du cardinal de la Grange, Musée Calvet à Avignon.

sur le pli intérieur du coude de façon à permettre de les dépasser et de les laisser tomber en arrière, mais cette mode sera plus fréquente encore au xv^ siècle. La robe peut rester longue ou, comme les autres vêtements, se raccourcir^, à partir de 1340 environ. Le cor-

1. Cathédrale de Bâle ; portail, figure du Tentateur.

2. 1366, abbaye de Josaphat, tombe de Jean le Civil dit Cantin. Gaigni^res, pi. 792 ; 1377, Jacobins de Châlons, Girard le Sayn, ibid., 433 ; 13H8, Saint- Bénigne de Dijon, Ladislas de Pologne ; 1397, Eu, Philippe d'Artois, Gai- gnières, 634.

3. Souvenirs delà Flandre Wallonne, t. IV, p. 63. Douai, 1367, Inventaire

78 V. LE VÊTEMENT AU MILIEU ET A LA FIN DU XIV^ SIECLE

set, raccourci également, ressemble à une dalmatique ou à un

Fig. 57. Bureau de la Rivière. Cathédrale d'Amiens, 1373-75.

Fig. 58. Charles VI Dauphin. Cathédrale d'Amiens, 1373-75.

Fig. 59. Isabeau de Ba- vière. Salle du Palais de Poitiers, vers 1390.

tabart; il ne couvre pas le tiers des braies; il a des fentes latérales et des manches larges. Ces trois vêtements sont souvent fourrés ^.

de Alliaume d'Aubrechicourt : une courte robe de soie azurée, trois courts corsets de drap fourre. En 1338, le compte du connétable d'Eu (Gay, Glossaire, colle hardie) mentionne des corsets très richement brodés à figures.

t. Voir Gaignicres, 160, tombe de Pierre Le Maire de Fresnay, abbaye de Barbeaux, avant 1353 ; Bibl. roy. de Bruxelles, ms. n" 11187. Chypre* tombes dans l'église des Augustins de Nicosie.

VETEMENTS DE DESSUS

79

Un curieux vêtement qui s'est conservé jusqu'à nos jours sous la désignation de « pourpoint de Charles de Blois » (fig-. 55 ^), est accepté comme tel par Léchaudé d'Anisy et par Quichei*at, mais pourrait aussi bien être un jaque, vêtement de dessus. Quoi qu'il en soit, la tradition qui l'attribue au duc de Bretagne assassiné en 1364 est très vraisemblable. Il est en drap de soie de fabrication sicilienne ou lucquoise, broché d'un dessin (fig. 55 his) à aigles et lions héraldiques inscrits dans des octogones. Il est rembourré d'ouate ; il porte à sa fente antérieure 38 boutonnières bordées de soie verte, et 20 sous l'avant-bras de chaque manche. Les boutons ont disparu ; ils étaient probablement en argent.

Le vêtement qui se portait par- dessus le pourpoint était entièrement |j conforme à ce type, ajusté, dessinant une taille fine et une poitrine bom- bée, et s'arrêtant en général un peu au-dessus du genou.

Cet habit qui, à partir de 1340 environ, commence à remplacer le

surcot et autres vêtements d'ancienne guise, se nomme jaqiie^ jaquet ou jaquette (fig. 48, 52 à 54).

Vers 1370 apparaît un vêtement dont la vogue fut grande et rapide : la houppelande (fig. 52, 56, 60). C'est une ample robe ana- logue à la housse, mais ouverte par devant de haut en bas, fendue latéralement depuis le bas jusqu'aux hanches, et pourvue de très amples manches, évasées, souvent longues et tailladées (fig. 65) ; elle a un collet ou carcaille qui monte s'épanouir sous le menton. Depuis 1380 environ la houppelande peut recevoir une ceinture, placée haut et qui détermine des fronces sur le buste et sur la jupe (fig. 65, 65 bis). Elle peut être fourrée. La houppelande est d'abord

Bibi. Nat., ms. fr. 219, fol. 76 V».

1. Voir rarticle de Léchaudé d'Anisy dans les Mém. de la Soc. des Anti- quaires de Normandie, II" série, t. II (1841), p. 426. L'objet était alors à vendre. Il est authentiqué par une cédule de parchemin qui y est cousue. Le particu- lier qui le possédait en 1841 l'avait acquis d'un soldat qui l'avait pillé dans un château. Le dessin très médiocre qui accompagne la notice est l'œuvre d'un enfant. C'est d'après ce document que sont faites les iîg. 55, 55 bis.

80

LE VKTEMENT AU MILIEU ET A LA FIN DU XlV SIECLE

très longue, mais bientôt on fait aussi, pour le bal, pour chevaucher, chasser et guerroyer des houppelandes qui laissent les jambes libres et s'arrêtent même au-dessus du genou, sans que leurs manches fussent diminuées (fig. 60, 63, 64).

La houppelande de drap, de soie ou de velours, fut souvent un vêtement d'appa- rat, orné de broderies à dessins variés de perles et de pierreries. Sa vogue se pro- longea durant le xv" siècle.

La huque, dont la mode commence sous Charles VI, est alors une casaque courte sans manches et sans ceinture, qui restait ouverte par devant du haut en bas. Elle n'a aucun rapport avec l'ancien manteau du même nom.

La mode des costumes partis (fig. 63) devient de plus en plus générale sous Charles V et Charles VI, ainsi que celle des costumes armoriés (voir au livre IV).

La transformation du vêtement mascu- lin obligea à porter de nouveau la ceinture sur le vêtement de dessus, mais il fut de mode, dans les 2^ et 3*^ quarts du xiv** siècle, de la placer beaucoup au-dessous de la taille (fig. 48, 52, 53) quel- quefois tout près du bord inférieur du jaque. Pour la maintenir à cette place arbitraire, il fut nécessaire de recourir à des passants cousus au vêtement. Sous Charles VI, on fit quelquefois, au contraire, monter très haut la ceinture. On trouve aussi, surtout dans le costume militaire, deux ceintures superposées. Tune à la place normale, l'autre plus bas

Fij?. 61. Effigie tom- bale d'Isabeau le Chan- delier, vers 1360. Rec Gaisrnières, 74.

Fig. 62.— Bibl.Nat.. ms. lat. 219, fol. 208 v°.

§ V. Encolures.

Les vêtements longs et flottants n'avaient pas besoin d'être fendus de haut en bas : ils conservaient un amigaut court, avec les revers décrits plus haut (fig. 52, 56).

ENCOLURES

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Sous Charles V, les encolures restent plus ou moins dégagées (fîg. 52 ; 58). Cependant, à partir de 1370 environ (fig. 56, 60) appa-

^'^'' ''■f^hMo'tL^"" "^^ ^pk" à table Miniature de ses Très Riches Heures (Bibliothèque de Chantilly). Premières années du xx- siècle.

raissent des collets montant jusque sous le menton. Parfois et cette mode devient générale sous Charles VI, ils se resserrent' se boutonnent étroitement autour du cou, et se terminent par un léger evasement sous le menton, la mâchoire et la nuque (fîg. 60) Cette mode, connue sous le nom de carcaille, procède du collelin Manuel d'Archéologie française. III. g

82

V. LE VÊTEMENT AU MIMEU El' A LA FIN DU XIV'' SIECLE

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MANCHES

83

de l'équipement militaire, elle sera très répandue vers J400 et ne prendra lin qu'au cours du xv*" siècle.

Î5 VI. Manches.

Les manches de la cotte ou du pourpoint sont toujours serrées et boutonnées sur l'avant-bras. Celles du jaque ont souvent la même disposition et peuvent sélargir vers l'épaule de façon à dessiner une manche à gigot encore peu accentuée, qui s'exagérera

Fig. 67. Effigie tombale de Nicole cleChambly,tl419, à Chaalis, d'après Gaignières.

Fig. 68. Effigie tombale de Marie de Saux, f 1426, à Châlons-sur-Marne, d'après Gaignières.

Fig. 69. Restitution d'a- près l'effigie tombale de Jeanne de Montaigu, ■\ 1426, à La Bussière (Côte- d'Or).

au xv" siècle. Dans la seconde moitié du xiv" siècle et dans le premier quart du xv" on trouve aussi des manches dont le poignet

R prolonge et s'évase de façon à couvrir la moitié de la main : s évasements s'appellent moufles {i\g. 52). Certains vêtements de dessus continuent d'avoir des manches ^s courtes et très amples (fig. 50, 52, 56).

Les manches fendues et les manches ouvertes depuis le coude, qui ne se boutonnent plus jamais, s'allongent démesurément

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V. LE VÊTEMENT AU MILIEU ET A LA FIN DU XIV" SIECLE

(fig. 58). Le pan flottant se rétrécit souvent, pour former un appen- dice qui ne mérite plus le nom de manche ouverte; on l'appelle coiidière ^ (fig. 47, 49, 53). Bientôt vers le milieu du xiv^ siècle, les coudières apparaissent tellement comme une pièce adventice quelles ne font plus corps avec la manche : celle-ci s'arrête au

Fig. 70. Dames du début du xv siècle en houppelandes et écharpes. Restitution d'après les 7Vès Riches Heures de Jean de Berri*.

coude et on y coud un parement d'étoffe ou de pelleterie d'une autre couleur. A ce parement on coud à son tour une longue bande étroite qui tombe jusque peu au-dessus des chevilles. C'est la cou- dière telle qu'on la portera jusqu'à la fin du règne de Charles VI (fig. 47).

1. Voir Biblioth.roy. de Bruxelles, ms. 4783 et 1187 (fig. 47) ; Biblioth. Nat., ms. fr. 2810, vers 1400, et peu après les Tr. R. Heures du duc de Berri.

2. Deux portent des chapels de verdure pour la fête du Mai.

MANTEAUX 85

Vers la fin du règne de Charles V apparaît un nouveau type de manches, que Ton nomma bombarde^ en l'honneur d'une pièce d'artillerie qui était alors une autre nouveauté. Ces manches (fig. 64, 65; voir aussi sergents d'armes accompagnant le roi, livre IV, ch. v) qui se portèrent jusqu'à la fin du règne suivant, étaient étroites de l'épaule au coude, puis évasées, démesurément larges et amples sur l'avant-bras certains (fig. 70) se drapaient et pouvaient souvent couvrir la main. Christine de Pisan parle des « manches à bombardes qui vont jusques aux pieds » '.

On commence à voir fréquemment vers 1370 des épaulettes, ailes ou ailettes (fig. 58) formées de bandes d'étoffe superposées à recouvrement imitant les plates ou écailles dacier des garde-bras des armures; on les appelait ailes ou ailettes comme les pièces d'armure que l'on abandonnait alors.

Bords tailladés. Festons et tripes. Une autre particularité de la mode de la seconde moitié du xiv" et du commencement du xv" siècle consista à festonner tous les bords de vêtements, à les taillader et même à les déchiqueter (fig. 63 à 65).

Des pans d'étoffe ou des bords de vêtement cisaillés de multiples déchiquetures constituaient un décor de costume que l'on distinguait du nom expressif de tripes.

§ VII. Manteaux.

Dans la seconde moitié du xiv" siècle, les types des manteaux sont assez nombreux. Le mantel à cordelière ^ devient beaucoup plus rare ; en revanche, les manteaux ouverts sur le côté droit (fig. 57) qui n'avaient jamais cessé d'être en usage, jouissent d'un regain de faveur. Le livre des frères Bonis ne renseigne pas sur la coupe des mantels ou mantes, mais témoigne quils étaient très amples et souvent faits ou doublés des plus beaux draps de soie ou de laine.

Le pelisson est un manteau de fourrures qui, de vêtement de dessous, est devenu un vêtement de dessus.

Le caban est un manteau à larges manches et à capuchon ouvert par devant ^ et quelquefois serré par une ceinture. 11 était

1. Le monument des sergents d'armes fondateurs de Sainte-Catherine, au Val des F]coliers, exécuté vers 1376, est conservé aujoui-d'hui à Saint-Denis (Guilhermy, Inscr. de la Fr., t. I, p. 589).

2. Ou à chaînette, voir fig. 309.

3. 1388, tombe gravée de Wladislas roi de Pologne à S. -Bénigne de Dijon.

86 V. LE VÊTEMENT AU MILIEU ET A LA FIN DU XIV^ SIECLE

doublé OU fourré. Les textes réunis par Gay mentionnent de 1347 à 1590 des cabans d'étoffes diverses, drap, velours, écarlate dou- blée de satin jaune-camelot.

La chape, qui resta en grande faveur, était également pourvue de manches et de capuchon et pouvait recevoir une ceinture \ Elle n'était jamais garnie d'orfrois. Elle tombera en désuétude après le XIV® siècle.

Charles V portait aussi la chasuble en drap de Marramas^.

Le manteau fendu et attaché sur l'épaule droite peut être lacé 3 (voir livre II, ch. i, calette et livre III, aiguilleltes) ou bou- tonné ^ (fig. 57 et 268).

On trouve aussi un surtout à capuchon et à manches fendues, avec doublure de fourrure ^, Ce manteau peut avoir des épau- lettes 6.

L'aumusse et le chaperon peuvent être un manteau en même temps qu'une coiffure ^.

§ VIII. Ensemble du costume.

La chronique de Saint-Denis ^, en 1370, juge sévèrement la « deshonnesteté de vesteure et de divers habis... : robes si courtes qu'il en leur venoient qu'aux nasches ^, et quant il se baissoient. . . . monstroient leurs braies et ce qui estoit dedens à ceux qui estoient derrière eux ; et si estoient si estroites qu'il leur falloit aide à eux vestir, et au despoillier, sembloit que l'en les escorchoit. . . les autres avoient robes fronciées sur les rains comme femmes .. chaperons destranchiés manuement tout entour, et si avoient une chance d'un drap et l'autre d'autre ; et si leur venoient leurs cornettes et leurs manches près de terre... ».

1. Roman de la Rose, vers 1180.

2. Inventaire de Charles V, 1.380, n°.i804.

3. 1343, Raoul de Molinchart aux Jacobins de Châlons, Gaignières, 1344; Jean le Saige à Saint-Élieune de Dreux, ibid., 589.

4. 1381, Philippe Le Ondeur. Sainte-Chapelle de Paris, Guillerniy, Inscr., t. 1, pi. I.

5. 1313, Noire-Dame de la Roche. Roger de Lévis-Mirepoix, Guilhermy, Inscr., III, 384 ; 1366, abbaye de Josaphat, Jean Le Civil, Gaignières, n" 192.

6. 1388, Sainl-Bcnigne de Dijon, tombe de Wladislas roi de Pologne. 7 Voir ci-après, livre II, ch. i.

8. T. V, p. 463.

9. Lai. nates.

ENSEMBLE DU COSTUME

87

Et le chevalier de la Tour Landry, en enseignant à ses filles les principes de la vertu et du bon ton, cile la desci'iption qu'un pré-

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Fig. 72. Paysans et paysannes du début du xv siècle, d'après les Très Riches Heures du duc Jean de Barri, à Chantilly.

dicateur faisait des modes nouvelles : « Les femmes coiffées à cornes... faisoient les cornes aux hommes cours vestue qui nions-

88 V. LE VÊTEMENT AU MILIEU ET A LA FIN DU XIV" SIÈCLE

troient leurs culz et leurs brayes, el ce qui leur boce par devant, c'est leur vergoigne '. »

On verra quelle était l'extravagance des chaperons et des chaus- sures.

Enfin, pour comble d'excentricité, la mode était de plus en plus, on l'a vu, aux costumes par/ts, de deux couleurs par moitié (fig. 63).

Il ne faut donc pas s'étonner outre mesure que des gens graves se soient scandalisés, soient restés attachés plus ou moins à la vieille mode des vêtements longs et nous aient laissé des protesta- tions telles que celles qu'on a lues.

'Vers 1360, la Clef d'Amour décrit la tenue que doit avoir un élégant : il porte la barbe rasée et les ongles courts ; des chausses bien étirées à la lanière (jarretière ou jarretelle) et ne faisant nul pli ; de souliers ajustés, une chemise très dégagée de l'encolure, un corset ou une cotte sans un pli, avec un fermaillet à l'encolure, une ceinture de cuir ou de soie à laquelle pendent à ,des lacs de soie, à droite la bourse, la gibecière et les couteaux. Sur la tête, il porte le chaperon ; pour chevaucher, il revêt une housse ou un mantelet, un surceint, et l'épée qui y pend, un capel, des heuses et des éperons.

Pour aller à la rencontre de Charles IV, en 1378, Charles V, monté sur son cheval richement ensellé aux armes de France, avait revêtu unecotardie d'écarlate vermeille, un mantel à fond de cuve fourré, et un chapel à bec à la guise ancienne, orné de broderies et de perles '^.

Charles VI se fit faire, en 1387, deux « robes » ^ : la première, de quatre « garnements >>, comprenait : housse, un surcot clos, un surcot ouvert, une cotte simple et trois chaperons, double, sangle et à fourrer.

Il est probable que le surcot ouvert et le chaperon sangle étaient pour l'été ; le surcot clos, le chaperon double ou le chaperon à four- rer pour les temps froids.

Sa robe d'escarlatte vermeille avait six garnements : une housse à ailes ou ailettes, vêtement qu'il porte déjà enfant, en 1373, à la cathédrale d'Amiens (fig. 58), un surcot clos, un surcot ouvert,

1. Chapitre xlvii», D'un saint preudhomme evesque qui prescha sur les cointises.

2. Chron. de S'-Denis, t. VI, p. 369.

3. Douet d'Arcq, Comptes de l'Argenterie, art. 39.

VÊTEMENTS POPULAIRES 89

une garnache, un manteau à parer et un chaperon. Le tout était fourré de menu vair. Sur ses chaperons il portait des chapels de bièvre.

En 1392, Froissart ^ lui vit porter « un noir jaque de velours et un single chaperon de vermeille écarlate, et un chapelet de blancs et de grosses perles ».

Quatre ans plus tard, Juvenal des Ursins '^ le dépeint vêtu d'un simple habit fourré de martres, descendant jusqu'aux genoux (c'é- tait encore un jaque) et coiffé d'un chaperon dont la longue cor- nette était troussée autour de sa tête en forme de chapeau.

Un étudiant de Sorbonne, Guillaume du Vernoit, mourut subi- tement en 1347, sur la route de Nevers, à Paris ; voici comment il était vêtu d'après l'inventaire de ses effets et bagages ^.

Il portait sous des houseaux des chausses de couleur fleur de vesce, couleur violacée dont sera teinte aussi, vingt ans plus tard, la cotardie d'un marchand de Douai, Alliaume d'Aubrechicourt *. Les braies, serrées par un braier, et la chemise étaient de toile ; au-des- sus de ces robes-linges, il s'était chaudement vêtu pour chevaucher par le froid de novembre, et portait un blanohet fourré d'agneau blanc, une cotte couleur fleur de pêcher, une cotardie de « marbre » tavelé (tacheté), fourrée d'agneau noir et serrée d'un ceinturon de cuir rouge à rosettes d'argent, enlin un manteau du drap mêlé appelé marbre.

§ IX. Vêtements populaires.

Dans les vêlements ouvriers, le tablier avait fait son apparition^ ; on l'appelait garde-robe. Le paysan se passe volontiers de chausses pour ne porter que des chaussons *,

En 1379, le berger, décrit par Jean de Brie, porte des braies et une

chemise de canevas ou toile forte, la chemise fendue par devant

forme deux amples pointes « en pennoncel aigu », dans lesquelles

■il noue son argent; le braiel de tissu a deux doigts de large et deux

1. T. III, p. 160.

2. p. 395.

3. Publié par Lecoy de la Marche, Mém. de la Soc. des Antiquaires de iFr., 1889.

4. La Flandre Wallonne, t. IV, p. 63.

5. Bibl.Nat., ms. lat. 919, fol. 11 v°.

6. Saint-Omer, nis. 270, fol. 3 (calendrier, janvier).

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V. LE VETEMENT AU MILIEU ET A LA FIN DU XIV" SIECLE

boucles rondes de fer. La cotte de blanchet ou de gris camelin est sans manches et doublée par devant depuis les épaules jusqu'à la ceinture ; elle est assez large pour qu'il y puisse entrer « à plain », et n'a donc besoin ni de boutonnières ni de lacet. Ses pans forment deux pointes devant et derrière. Au-dessus, il revêt un surplis de fort treillis à manches et à quatre boutons ou noyaux; ce vêtement protège contre la pluie et sert à l'occasion pour envelopper un agneau. Une ceinture de cordes lui serre la taille.

Parmi les vêtements populaires figurent encore le coteron, sorte de bourgeron sans manches porté sous la cotte ; le colohe ou colo- bian, large cotte également sans manches.

§ X. Costume féminin.

L'élégance féminine revêtit dans la seconde moitié du xiv^ siècle un style très nouveau, et l'histoire commença de noter les noms de ses inspiratrices. La plus incontestée fut, dans cette période, Isabeau de Bavière ^ : nul doute que son goût personnel ait été pour beaucoup dans la création des modes qui eurent cours sous Charles VL

La donnée d'ensemble des ajustements fé- minins reste assez simple jusqu'à la fin du Moyen Age, mais une recherche excessive règne dans les coiffures et dans tous les détails accessoires dont s'agrémente le costume.

La taille cambrée, le hanchement, la dé- marche onduleuse sont toujours en faveur : une chanson composée vers 1365, dans la colo- nie française de Chypre, dépeint ainsi l'arrivée à la Cour de la belle amie du roi Pierre I*"", douée, comme lui, d'une suprême élégance : « elle monte un escalier, se balance et se plie^ ». Le type idéal se précise et s'exagère : les femmes » cousues en leurs robes trop estraintes », comme dit le chevalier delà Tour Landry, doivent avoir la poitrine ferme, placée très haut, petite et

1. Christine de Pisan, V'te de Charles V, p. 231.

2. La chanson d'Arodafnousa a été inspirée à l'indignalion populaire par les ruaulés qu'exerça, en 136 4, la reine Kléonorc d'Araj^çon contre la dame de

Choulou, sa rivale. La traduction par Gidel a été publiée en appendice à celle de la chronique de Chypre de Léonce Mâcheras, par Miller et Sathas, Biblioth. de VÉc. des langues orientales, J882.

Fig. 73. Jaque de Charles le Téméraire, au Musée de Berne.

VÊTEMENTS DE DESSOUS 91

d'une rondeur parfaite, le col, les bras et les mains allongés ; la taille fine, les hanches très larges et le ventre proéminent ', la jambe fu- selée, le pied petit; petits également la bouche et le menton ; les yeux très allongés avec paupière inférieure remontée, les sourcils fins, arqués, régularisés ^; le front haut, découvert, épilé ; la cheve- lure blonde est toujours indispensable, dût-on l'obtenir par de savants artifices ^. Le commerce des postiches redevient florissant * et les dames de qui les poitrines'' et les flancs^ n'ont pas l'ampleur désirable inaugurent l'usage de coussinets d'ouate fixés à la che- mise.

ij XI. Vêlements de dessous.

Les chausses étaient serrées- sous le genou par des jarretières, sur lesquelles se rabattait le bord supérieur de la chausse'.

Les femmes continuaient à ne point porter habituellement de braies. Le chevalier de la Tour Landry met en scène au chapitre LXH de son livre, deux femmes qui en portèrent, mais c'est pour mystifier le mari de l'une d'elles ; le conte prouve bien que ce n'était pas l'usage (non de mystifier les maris, mais de porter des braies). Toutefois, on a vu qu'elles portaient parfois des braiers *.

Sur la chemise, les dames pouvaient porter un bandeau, puis une futaine ^ et un blanchet '". Par-dessus, elles endossaient la cotte ou le corset à manches larges et courtes, avec un long amigaut

1. « On ne cognoist souvent les vuidesdes enceintes », dit le res<anien< de Jehande Meung (édit. Méon, p. 63).

2. Le livre du chevalier de la Tour, chap. lu, p. 109 ; chap. mii, p. 172 :

Mes belles filles ne rapetissiez vos sourcilz

Voir au tome IV, chapitre des soins de la toilette.

3. Voir au t. IV, Toilette.

4. Ihid.

5. Quicherat, Costume, p. 238.

6. Testament de Jehan de Meung, édit. Méon, p. 63.

Toutes sunt par rains lées (larges)